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ECOVISION : L’entreprise dans sa dimension humaine

entrepriseQu’elle produise des biens ou rende des services, l’entreprise a fondamentalement pour objectif la rentabilisation des investissements réalisés par ses propriétaires pour son existence et son développement, et incidemment le mieux-être des employés de tous niveaux qui s’activent pour qu’il en soit ainsi. Cette quête de performance et de croissance est des plus éprouvantes en conjoncture de crise, quand l’environnement économique est particulièrement défavorable.

Cependant, il n’y a pas que les adversités extérieures qui freinent l’expansion d’une entreprise. Sa gestion interne peut également lui être lourdement dommageable, quand elle n’obéit pas aux règles qu’aucune entité économique ne saurait contourner sans tomber dans le ruisseau. Il y a notamment les procédures. Quand elles n’existent pas où sont foulées au pied, lorsque les agents n’en font qu’à leur tête, pensant bien faire dans l’intérêt de l’entreprise, mais très souvent à leur avantage personnel, l’entreprise risque d’avoir tout faux.

Mais les procédures, aussi indispensables et incontournables soient elles, ne sont pas la panacée. Elles peuvent même être handicapantes lorsqu’elles pèsent sur les rouages de l’entreprise jusqu’en en gripper le fonctionnement. Quand elles prennent le dessus sur les hommes et les femmes dont elles sont censées simplifier, fluidifier et surtout assurer la traçabilité et sécuriser les actes qu’ils posent, les procédures créent plus de problèmes qu’elles n’aident à en résoudre. Face à des situations inédites, elles limitent la créativité, l’esprit d’innovation et la capacité de réponses rapides des ressources humaines dont elles enserrent les énergies.

La compétence d’un management se juge, certes, sur les résultats qu’il réalise à la tête de son entreprise, en termes d’augmentation de sa production, de ses ventes et profits. Mais ses performances sont, dans une mesure principale, sous-tendues par la qualité de ses ressources humaines, de la manière dont elles sont gérées, utilisées et valorisées. C’est dans le quotidien des rapports que le dirigeant entretient avec les responsables de ses directions et services et des relations de travail existant dans ces compartiments et entre eux de façon transversale que se joue de plus en plus le devenir de l’entreprise.

Le grand défi pour le dirigeant d’entreprise est donc de mobiliser à bon escient ses ressources humaines, et surtout de les remobiliser quand la flamme n’y est plus. C’est un challenge impossible sans le bris d’un certain nombre de verrous. Parmi ceux-ci figurent, en très bonne place, les avantages acquis sans contrepartie, le clientélisme, le défaut de reconnaissance et surtout le manque de projets.

Une entreprise étant un lieu de production de biens et de services, mais aussi de partage d’une partie des revenus induits, il est normal que les salariés se voient attribuer un certain nombre d’avantages matériels et financiers, à la mesure de leur position et contribution dans les résultats obtenus. Mais ces bonus peuvent être source de frustrations et peser négativement sur la dynamique de l’entreprise quand ils sont inégalement et inéquitablement répartis, et que ceux qui en bénéficient le plus ne sont paradoxalement pas des foudres de guerre au travail. Le pire, c’est quand l’on s’oppose à leur remise en cause au moment où une entreprise en difficulté doit impérativement réajuster ses charges. Comme l’écrit Jacques-Antoine Malarewics, dans un ouvrage fort didactique, « Gérer les conflits au travail – la médiation systémique en entreprise » : « un avantage peut toujours sembler être acquis alors que – malheureusement ou heureusement – les contextes changent et évoluent, ce qui peut les rendre caducs. Ces avantages sont facilement dépassés car ils ne peuvent être compris que si l’on tient compte de l’environnement dans lequel ils ont été négociés et obtenus ».

Le clientélisme consiste en l’entretien entre un dirigeant et certains cadres et employés de relations complices fondées sur la protection et l’octroi de faveurs en échange de services particuliers. Il est source de graves conflits au détriment de l’entreprise, du fait des sourdes antagonismes qu’il crée entre le cercle fermé des privilégiés qui obéissent à leurs intérêts personnels et tous les autres qui, sans occulter les leurs, considèrent que c’est l’intérêt général qui doit primer et qu’il doit y avoir plus de transparence, de justice et d’équité, sans quoi l’entreprise va péricliter. Généralement, c’est un changement de direction qui permet de briser ce verrou. Mais il faut se garder de reproduire le système, autrement.

En plus d’un salaire dignement acquis, la reconnaissance du mérite du travailleur doit être de mise. La non satisfaction de ce besoin, qui n’est pas une simple question d’amour propre, mais de distinction pour une participation de qualité à l’œuvre collective, est une autre source de frustration et de crise. Le dirigeant doit savoir identifier les éléments de saine reconnaissance qui conviennent le mieux, notamment pour attirer ou s’assurer le maintien dans l’entreprise de cadres et d’employés de valeur.

Les projets sont une manière de poser positivement les problèmes de développement de l’entreprise. Même s’ils n’aboutissent pas tous nécessairement, ils ont le mérite de redonner confiance en eux-mêmes à ceux qu’ils mobilisent pour le travail, de fédérer un maximum d’énergies vers des objectifs précis, de maintenir et de renforcer la cohésion du groupe dans la quête de solutions aux difficultés de la société. Et si les procédures et pratiques sont assainies, ils concourent à la mise en place de cercles vertueux à même d’inscrire tous les segments de l’entreprise dans une dynamique de réussite et de progrès.

Source: le Soleil

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Syscoha et Comptabilité publique : liaison ou transfert ?

syscoaA l’heure actuelle, le débat n’est plus, pour ou contre la financiarisation de l’Economie mondiale, mais plutôt sa régulation. Et, dans cette perspective, les lignes de démarcation des règles d’organisation et de fonctionnement qui régissaient le secteur privé et celles qui régentaient la sphère publique étaient nettes et claires dans un passé récent.

Aujourd’hui, force est de constater que la traditionnelle frontière de la dualité Administration publique/Secteur privé, Droit public/Droit privé est, davantage, plus de nature (organisation) que de degré (fonctionnement). Tant il est vrai que les principes, les règles et les outils de management du secteur privé qui ont permis aux entreprises de fructifier ce liquide nutritif (argent) sont monnaie courante dans les Administrations publiques et leurs démembrements. De part et d’autre, les objectifs sont les mêmes : rentabilité financière pour l’entreprise contre efficacité économique pour l’Etat et ses satellites. La comptabilité publique de l’Etat n’est pas en reste. Avec des voies différentes : atteinte des intérêts particuliers par les entreprises et poursuite de l’intérêt général pour l’Etat. A ce titre le Syscoha et la Comptabilité publique de l’Etat sont à plus d’un titre illustratifs.

Avant 1999, cette dernière était, en partie, unique. Depuis la directive communautaire n°5/98/CM/ Uemoa du 22 décembre 1998, le Plan comptable de l’Etat (du Sénégal comme des autres 7 pays membres de l’espace Uemoa) qui est une comptabilité de droit constaté, s’est largement inspiré du Système comptable ouest-africain (Syscoha) qui est une comptabilité de droit liquidé (commercial), pour ce qui est de la nomenclature des comptes. Tout en prenant en compte la spécificité de la nature juridique de l’Etat, comme la classe 0 qui est Hors comptabilité générale avec le résultat des lois et règlements. La classe 3 qui est stock pour le Syscoha devient un compte de liaison dans la comptabilité publique. La classe 8, Hors activité ordinaire « Hao » au Syscoha devient un compte pour les Mouvements de valeurs inactives.

La classe 9 qui est un compte de comptabilité analytique aussi bien dans le Syscoha que dans la Comptabilité publique de l’Etat retrace, pour celle-ci, l’exécution de la loi des finances communément appelée budget, en recettes et en dépenses.

Une directive de l’Uemoa supprime la classe 9 et recommande aux Etats membres la production des états financiers (Compte de gestion, Bilan et Annexes). En lieu et place, auparavant, de la production du Compte de gestion, de la Balance et des documents annexés. La nouveauté est donc la production de Bilan. Une série de contraintes peut donc se poser pour l’applicabilité effective de la mesure.D’abord, quel organe pour certifier les états financiers produits par les Etats ? Une cour des comptes ? Une agence de notation financière ? Une institution financière communautaire ? Les cabinets d’audit ? En attendant, jetons un coup d’œil sur le compte de classe 9.

Depuis 1999, les comptables supérieurs (exclusivement) exécutaient le budget de l’Etat à partir de la classe 9. En fin d’année, comme l’exécution du budget dans son ensemble donne naissance à des rentrées de fonds (recettes) et des sorties de fonds (dépenses) qu’on appelle dans le jargon, mouvement de fonds, les comptables supérieurs (Trésoriers payeurs régionaux dans les régions, Trésorier général au plan national) passaient, en fin d’année, des (ré) écritures dans les comptes de la classe 1 (Dettes), 2 (Immobilisations), 6 (Charges), 7 (Produits) pour solder (vider) le compte de la classe 9. C’est ce qu’on appelle, dans le milieu de la comptabilité publique, la réflexion.

Seulement, cette opération de régularisation n’a jamais été faite par les comptables supérieurs au Sénégal, en raison de son caractère lourd, périlleux, fastidieux et très complexe. Est-ce la raison pour laquelle l’Uemoa l’a supprimé ? Certainement.

Avec la suppression de la classe 9 dans la comptabilité publique des Etats membres de l’Uemoa, les comptables supérieurs vont passer directement les écritures dans les comptes de patrimoine respectifs (1, 2, 6,7).

Toujours dans le cadre des réformes, la comptabilité publique va faire des dotations pour les amortissements et les provisions avant de produire en fin d’exercice budgétaire, des états financiers avec un compte de gestion, un bilan et des annexes. Comme cela se fait dans le privé. Une révolution.

Pour ce qui est de la dotation, un problème majeur ne devrait pas se poser, car l’Etat dispose d’une base de données pour déterminer ses recettes fiscales et taxes et assimilés dus et, partant, provisionner ses créances douteuses. Pour les amortissements, il ne devrait pas aussi y avoir de problème, parce que l’Etat a en main son patrimoine mobilier et immobilier.

Donc, pour le compte de gestion (qui est le pendant du compte de résultat pour le privé, car l’Etat n’a pas pour vocation de faire des bénéfices, contrairement aux entreprises privées), c’est dans le changement, dans la continuité. Pour les documents annexes aussi, la tradition se fera respecter.

Par contre, les contraintes d’applicabilité effective de cette nouvelle directive de l’Uemoa qui n’est pas encore intégrée dans le dispositif légal national, car les Etats ont encore 7 ans pour l’intégrer dans leur dispositif légal, se situeront au niveau du Bilan.

Ainsi, si le bilan a pour objet, à un instant déterminé, de présenter de manière exhaustive, le patrimoine (ensemble des biens et des dettes) d’une entreprise, par quel calcul, l’Etat du Sénégal donnera-t-il une valeur financière à ses actifs comme la mer, les parcs nationaux, ses forêts, ses domaines publics (maritimes, aériens, terrestres) ? Tout un exercice.

Dans les années à venir, on appréciera les Etats (Finances publiques) de la même manière qu’on apprécie aujourd’hui les entreprises, c’est-à-dire de par leurs états financiers passés à la loupe des ratios de l’Analyse financière. A des variables près.

L’autre conséquence de cette révolution-évolution dans la Comptabilité publique de l’Etat est que les bailleurs de fonds et partenaires au développement viennent de remporter le dernier acte de leur guerre pour imposer les politiques de Bonne gouvernance économique. Après avoir remporté la première bataille, qui a consisté à faire migrer la comptabilité publique de l’Etat qui était une comptabilité en partie unique (les bailleurs n’avaient vu que du feu avec cette comptabilité) vers une comptabilité de la partie double (Syscoha). D’abord.

Ensuite, tout ce que les bailleurs de fonds et autres partenaires au développement n’ont pas pu faire faire aux Etats de l’Uemoa, en vertu des règles sacro saintes des relations internationales (souveraineté, non ingérence), ils viennent de le réussir en se déplaçant de terrain. Comme le marché financier sous-régional n’a jamais été aussi sollicité ces 5 dernières années, en raison de vastes grands travaux et infrastructures initiés çà et là dans l’espace Uemoa, ceux qu’on appelle bailleurs de fonds et/ou partenaires au développement, dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale, ont enfilé leur deuxième habit pour s’asseoir ce marché. Celui des investisseurs. Et attendre.

Car, il faut bien le comprendre, les relations entre les pays africains et les institutions financières internationales et autres partenaires au développement sont comme les relations entre les enfants et le canari. Tôt ou tard, ils (les Etats) viendront s’abreuver. Il fait chaud au Sud du Sahara et l’eau (l’argent) se fait rare. N’est-ce pas ?

Le constat, les Finances publiques des Etats membres de l’Uemoa sont quadrillées sur le marché financier, en amont par la Bceao qui les garantit de par sa signature ; et les agences de notation (rating) qui les notent. En aval, les états financiers (compte de gestion, le Bilan et les Annexes) que ces Etats devront certifier de la bonne tenue de l’argent du contribuable, qui rembourse les emprunts publics en dernier ressort ?

Dans la même veine, quand un comptable supérieur (Trésorier percepteur régional de Tambacounda par exemple) effectue une opération comptable pour le compte de son homologue de Thiès, le mouvement des écritures comptables se fait suivant une procédure appelée « Transfert » ou relation horizontale. Par contre, quand un comptable subordonné effectue des opérations comptables pour son supérieur hiérarchique, le mouvement des écritures comptables se fait suivant la procédure dite « Liaison » ou relation verticale.

Ce mécanisme transposé en l’espèce, on peut se demander : le Syscoha entretient-t-il avec la comptabilité publique de l’Etat, des relations horizontales (Transfert) ou des relations verticales (Liaison) ? En tout cas, d’un point de vue juridique, ceux qui ont toujours défendu l’idée selon laquelle l’Etat devrait être davantage défini et senti par son Service public (Diguit) semblent avoir raison sur ceux qui ont toujours vu et entretenu l’Etat dans sa mission de puissance publique et prérogatives exorbitantes de droit public (Haurio). L’arrêt Blanco du 8 Février 1873, Tribunal du conflit, resurgit.

Source: le Soleil

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ECOVISION : L’Ape, une arlésienne…

calebassePlusieurs fois remise à d’autres rendez-vous dont le dernier en date remonte au mois d’octobre dernier, la signature de l’Accord de partenariat économique entre l’Union européenne et les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest commence à ressembler à une arlésienne. L’on ne cesse d’en parler, mais nul n’est sûr de son avènement. Certes, ce n’est pas que personne ne veut de ce projet visant à instaurer une zone de libre échange entre l’Ue et la Cedeao, la Mauritanie incluse. Le problème est de s’accorder sur toutes les conditions requises pour sa mise en œuvre.

Faisant bande à part, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont déjà franchi le Rubicon, en signant des accords intérimaires, le 7 et le 13 décembre 2007 respectivement. Dans les dix années suivant l’entrée en vigueur de ces Apei, la Côte d’Ivoire admettra en franchise douanière totale 69,80% de ses importations européennes et le Ghana 62,24%. Au bout de quinze ans, ces ratios seront portés à 80,80% et 80,48%. Ces deux pays n’ont malheureusement pas un seul produit qui pourrait supporter la concurrence européenne sur leur propre marché. Ils ont, en fait, été contraints de parapher le protocole, sans quoi, en tant que non-Pma, ils ne pourraient plus bénéficier des préférences accordées en Europe aux produits Acp.

En réalité, même s’ils ne font pas partie des Pays les moins avancés, ces deux pays auraient pu continuer à exporter sur le marché européen des produits exemptés de droits de douanes, si tout simplement l’Ue acceptait de leur appliquer le régime « Tout sauf les armes ». C’est sous cette clause que les Pma de la région, en l’occurrence le Bénin, le Burkina Faso, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo continuent d’exporter sur l’Europe depuis le 1er janvier 2008. Il en est de même de du Cap-Vert qui est toujours sur la liste des non-Pma. Le refus au Nigéria de la dérogation faite à Praia ainsi que la pression sur la Côte d’Ivoire et le Ghana, avec le résultat que l’on sait, peuvent être interprétés comme une volonté manifeste de saper l’unité régionale contre la version de l’Ape régional proposée et défendue par les Européens qui manœuvrent ferme pour qu’il remplace très rapidement les accords intérimaires qui lui servent de cheval de Troie.

Mais il n’est pas dit que demain sera la veille, car les négociations qui se poursuivent achoppent sur des points déterminants. Les positions se sont, certes, considérablement rapprochées, concernant l’ouverture du marché sous-régional. Les Européens qui réclamaient une libéralisation minimale de 80% sur 15 ans ont ramené leurs exigences à 70%. De leur côté, les Etats de la Cedeao qui n’entendaient pas aller au-delà de 60% sont maintenant disposés à libéraliser à hauteur, de 67%, mais sur 25 ans. Si les taux proposés convergent apparemment, la divergence persiste sur le temps d’adaptation à concéder aux économies de la Cedeao pour qu’elles se raffermissent dans la perspective d’une ouverture totale aux produits d’origine européenne. Ensuite, il faudra bien que les Ouest-Africains s’accordent entre eux-mêmes et avec l’Union européenne sur la liste définitive de leurs produits sensibles à épargner de la libéralisation par le maintien de leur niveau actuel de protection. L’adoption d’un Tarif extérieur commun aux pays de la Cedeao est retardée par les discussions sur la proposition nigériane de rajouter une cinquième bande tarifaire au taux de droits de douane de 35% sur les quatre existantes (0%, 5%, 10% et 20%) et la reclassification d’un certain nombre de produits à mieux protéger.

Autant les Européens pressent les Africains à aplanir les obstacles à l’ouverture de leur marché, autant ils ne sont pas très précis sur la réforme de leurs politiques sectorielles concernant les produits concurrents, de même que sur les obstacles non tarifaires et autres obstacles à la pénétration de leur marché, tels que les normes sanitaires et phytosanitaires et autres obstacles techniques. L’Ue ne s’est toujours pas clairement prononcée sur comment elle va procéder pour les éliminer, sinon les réduire, comme le veut la Cedeao. Et si l’Ue réussit à faire incorporer la clause de la Nation la plus favorisée dans l’Ape, c’en est fini des préférences dont les produits ouest-africains bénéficient encore à leur entrée dans le marché de l’Union. En effet, ils y accéderont, à conditions égales avec les marchandises concurrentes d’autres origines, puisque suivant la clause de la Npf, tout avantage accordé à un membre de l’Omc doit l’être à tous les autres. Ce que refusent, bien entendu, les pays de l’Afrique de l’Ouest.

Evidemment, la région ne signera aucun accord de partenariat qui n’intègre pas ses préoccupations relatives à la compensation des pertes en recettes douanières qu’induirait une situation de libre échange et à la nécessité de renforcer la résistance de certains de ses secteurs économiques aux chocs extérieurs. C’est dans cette optique qu’un Programme de l’Ape pour le développement (Paped) couvrant plusieurs domaines, dont les infrastructures, l’agroalimentaire, le textile et le tourisme, a été soumis à l’Ue pour un financement de 9,5 milliards d’euros sur 5 ans. Si l’on en juge par la réaction des Européens, qui n’entendent pas faire plus que ce qui était prévu dans l’Accord de Cotonou, le financement du Paped pourrait être un des verrous les plus durs à faire sauter pour arriver à un nouveau partenariat de qualité entre l’Ue et la Cedeao…

Source: le Soleil

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Crise économique et financière : un économiste donne ‘’les trois leviers’’ de la reprise

crise économiqueL’avenir de l’économie et de la finance internationales dépendra de la régulation de la finance, de la mise en œuvre de mesures antiprotectionnistes et du respect de l’environnement, analyse l’économiste français Nicolas Baverez.

‘’Les trois leviers décisifs qui décideront de l’avenir sont la régulation de la finance, la capacité à endiguer le protectionnisme et l’instauration d’un mode de développement respectueux de l’environnement’’, assure l’essayiste dans un ouvrage ‘’Après le déluge : La grande crise de la mondialisation’’ (194 pages), publié récemment aux éditions Perrin (France).Sur un autre registre, Baverez appelle à combattre ‘’la contagion de la peur, l’obsession sécuritaire et le retrait’’ qui caractérisent, selon lui, le monde aujourd’hui.

Pour ce faire, ‘’la construction d’une gouvernance planétaire’’ et la ‘’multipolarité’’ sont nécessaires, note-t-il, relevant que la multipolarité ‘’n’implique pas nécessairement le multilatéralisme’’.

Cette multipolarité suscite d’autant plus d’espoir qu’à son avis, ‘’le leadership absolu des Etats-Unis est révolu’’ même si le Japon et l’Europe, autres grands leaders de l’économie mondiale, ‘’sont sous la double menace de la déflation et de la marginalisation’’.

Mais encore, analyse Baverez : ‘’Les Etats-Unis demeureront la première puissance économique du monde pendant plusieurs décennies, grâce à la vitalité de leur démographie, grâce à la réactivité et à la créativité de leur société, grâce à la crédibilité de leur Etat de droit et à la solidité de leur institutions, grâce au rôle international du dollar…’’.

‘’Après le mythe de l’autorégulation des marchés, une nouvelle grande illusion prospère, fondée sur la croyance selon laquelle un Etat développé ou une banque centrale ne peuvent pas faillite’’, explique-t-il, à propos des causes de la crise financière partie des Etats-Unis en septembre 2008.

Pour sortir cette crise financière devenue économique, ‘’du côté du marché du travail, la priorité doit aller au soutien de l’emploi, à l’accompagnement personnalisé des chômeurs, à l’intégration des immigrés, à la formation initiale et continue, enfin et surtout, à la flexibilité’’, préconise-t-il.

Source: Aps

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La crise de 2008 sonne ’’la fin du cycle néolibéral de la mondialisation’’

crise économiqueLa crise financière mondiale partie des Etats-Unis en septembre 2008 est la première crise globale du capitalisme et augure ’’la fin du cycle néolibéral de la mondialisation’’, analyse l’essayiste français Nicolas Baverez.

’’Le cycle néolibéral, né à la fin des années 1970 en réponse au blocage de la régulation keynésienne des pays développés, s’est refermé le 15 septembre 2008. (…) Le krach a acté la faillite de la régulation du capitalisme mondialisé’’, écrit Baverez dans ‘’Après le déluge : La grande crise de la mondialisation’’, un essai paru récemment aux Editions Perrin (France).‘’Autant qu’une crise, il s’agit d’une révolution. Révolution économique avec la fin du cycle néolibéral de la mondialisation qui débuta à la fin des années 1970 et fut placé sous le signe du retrait de l’Etat et de la déréglementation, de l’ouverture des frontières, de l’innovation financière et du primat de la politique monétaire’’, explique l’auteur, économiste, avocat et historien.

Faisant état de ‘’l’effondrement du mythe de l’autorégulation des marchés’’ dont la crise financière est la preuve, l’essayiste précise qu’’’il ne s’agit pas d’une crise américaine mais d’une crise mondiale, la première du capitalisme universel’’.

Baverez se veut pessimiste quant à l’avenir de la crise financière : ‘’Il n’y aura ni retour à la normale ni retour en arrière, car un monde est mort. La crise a clos un cycle économique, un cycle géopolitique et un cycle historique’’.

La crise du 15 septembre 2008, avec la faillite de la banque d’investissement américaine, Lehman Brothers, ‘’a dressé l’acte de décès de la mondialisation triomphante, tout comme le fit le jeudi 24 octobre 1929 pour le capitalisme de l’Etat minimal’’, note l’économiste.

Mais, cette ‘’grande crise du capitalisme mondialisé sonne comme un signal d’alerte et un appel à la mobilisation. (…) C’est la première crise globale du capitalisme’’ depuis l’apparition de ce modèle économique, au 17e siècle, commente l’auteur, partisan du libéralisme économique.

L’avenir de la finance internationale, tout comme celui de l’économie réelle, sera d’autant plus trouble que cette crise ‘’n’est pas uniquement un choc économique, mais un bouleversement stratégique qui modifiera le système géopolitique et la hiérarchie des puissances du 21e siècle’’, analyse l’économiste.

Il ajoute qu’il ’’ne s’agit pas d’un accident, mais d’une rupture historique’’.

‘’Il y aura dans l’avenir d’autres bulles et d’autres crises, prophétise-t-il, car l’avenir de la finance est ‘’indissociable de la liberté et du jeu des passions humaines’’, ‘’des folies collectives de ce début de siècle’’, des ‘’erreurs de la politique monétaire conduite par la FED (la banque centrale des Etats-Unis)…’’.

Outre une conséquence des prêts peu solvables — autrement appelés ‘’subprimes’’ — faits généreusement par les banques américaines à leur clientèle, dans le secteur immobilier surtout, la crise financière du 15 septembre 2008 est aussi née de ‘’la passion de s’enrichir poussée jusqu’à la crédulité et la déraison’’.

Elle est aussi engendrée par ’’la fascination des hommes pour faire fortune rapidement et s’émanciper de la dureté du travail grâce aux mirages du capital’’, soutient-il.

Les subprimes ‘’permirent de solvabiliser une demande supplémentaire et de favoriser l’accès des plus défavorisés à la propriété de leur logement, au prix d’une prise de risque élevée’’, explique Nicolas Baverez, auteur de plusieurs ouvrages dont ’’Les Trente Piteuses (Flammarion, 1998) et ’’En route vers l’inconnu’’ (Perrin, 2008).

Mais, cet élan de générosité des banques, écrit-il, est une conséquence directe des ‘’illusions et aveuglements collectifs et volontaires’’ et du ‘’déséquilibre mondial dans la répartition de la valeur ajoutée, à l’avantage du capital et au détriment du travail’’.

Il en appelle, pour pallier les effets de cette crise, à une réponse à l’échelle planétaire : ‘’La mondialisation reste sur le fil du rasoir et son destin est en balance. (…) Ce sont les hommes et non pas la fatalité qui décideront de son cours. Et ces hommes ne seront plus seulement des Occidentaux. Cette sortie de crise sera également placée sous le signe d’une compétition entre les idées et les valeurs’’.

‘’Les jalons du capitalisme du 21e siècle sont là. Les premières pierres de sa gouvernance ont été posées avec la création du G20. Il faut désormais leur donner une cohérence, les traduire en décisions et en architecture institutionnelle’’ au lieu de se résoudre à la fatalité, préconise-t-il.

Source: Aps

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Ecovision : Lourd handicap infrastructurel

Echangeur-Vdn-X-MermozDakarL’histoire ne saurait tout expliquer. Mais ce n’est pas nécessairement chercher à se dédouaner d’un vécu calamiteux que de l’interpeller pour y trouver une part de justification tangible.

Fondamentalement, c’est la loi de finances du 13 avril 1900 qui est le péché originel des faiblesses infrastructurelles qui, depuis un siècle, handicapent l’émergence économique des anciennes colonies françaises d’Afrique. Alors que l’existant était nul, dans une acception moderne de l’économie, cette fameuse loi a fait reposer la mise en valeur, ou plutôt l’exploitation de ces espaces sous domination sur leur seule contribution matérielle, financière et humaine.

Derrière leurs parlementaires et gouvernants, les Français attendaient de profiter au maximum de leurs colonies, en y investissant le moins possible. C’était comme dire à un enfant qui vient juste de naître : « Lève-toi et marche ! ». Les colonisés s’exécutèrent, par la taille et la corvée, dans la sueur et le sang. L’important, pour le colonisateur, était que les réalisations infrastructurelles obtenues par ce biais pussent permettre d’assouvir leur dessein : aspirer les ressources minières et les produits agricoles exploités suivant les spécialisations régionales et les pomper vers les industries métropolitaines.

L’outillage sommaire mis en place y suffisait. Et, un demi-siècle après les indépendances, il n’a pas beaucoup évolué. Dans un récent rapport, « Les infrastructures de l’Afrique : le temps de transformation », la Banque mondiale en a fait faire le constat, pour souligner que le continent dispose des infrastructures les plus faibles au monde. Et, selon les experts de la Banque, l’Afrique devra dépenser 93 milliards de dollars chaque année, soit quelque mille milliards de dollars, pour se mettre à niveau, au terme de la décennie qui s’ouvre. Cela équivaut à 15% de son produit intérieur brut, à ce que la Chine a eu à investir dans les infrastructures, au cours de ces dix dernières années, avec les résultats que l’on sait.

Bien des paramètres sous-tendent le maintien du continent dans son état de sous-développement. Mais son déficit infrastructurel aggravé est celui qui se met le plus en exergue. Aucun pays au monde n’a pu et ne peut développer son économie sans une énergie disponible en quantité et en qualité, des routes et des voies et moyens de communication et de télécommunication modernes et fonctionnels, suffisamment d’eau pour l’alimentation humaine, animale et pour l’agriculture.

Comme d’ailleurs souligné dans le rapport de la Banque mondiale, le mauvais état des infrastructures en Afrique sub-saharienne – électricité, eau, routes et technologie de l’information et de la communications (Tic) – réduit la croissance économique des pays de 2 % chaque année, et la productivité de leurs entreprises de 40%. Il renchérit leurs coûts de production et les rend difficilement compétitives sur leurs propres marchés, à plus forte raison sur les débouchés extérieurs. Les faiblesses infrastructurelles du continent sont également de nature à limiter ses capacités à attirer les flux d’investissements directs indispensables au développement d’activités productives et de services compétitifs.

L’Afrique se doit donc de mettre les bouchées doubles, d’autant que le prix qu’elle a à payer pour combler son retard, suivant les toutes fraîches estimations de la Banque mondiale, fait aujourd’hui deux fois les montants qui avaient été projetés, quelques années plus tôt. Car, entre-temps, les infrastructures ont été gagnées par l’obsolescence, leur entretien a souvent été des plus médiocres et les nouvelles acquisitions et réalisations restent ténues.

Mais, avec quelles ressources combler ce gap qui, tendanciellement, se creuse ? Il est clair que, dans le contexte de la crise financière actuelle, les financements extérieurs ne seront pas des plus faciles à mobiliser, surtout que la demande potentielle est forte et plurielle. Si la conjoncture s’améliore, il y a tout lieu d’investir en priorité dans les bases fondamentales du développement, les financements étrangers qui recommenceront à répondre à l’appel, si cela se trouve.

Les gouvernements africains ont également intérêt à réajuster leurs budgets pour privilégier les dépenses qui participent au renforcement de l’ossature indispensable à l’émergence économique de leur pays sur celles de prestige et les subventions à la consommation qui n’empêchent pas les ménages de payer l’eau, l’électricité et d’autres denrées essentielles, beaucoup plus chers que partout ailleurs dans les monde.

C’est également l’occasion pour ceux d’une même région de mettre leurs moyens en synergie pour asseoir des réseaux infrastructurels communautaires viables et adaptés à leurs objectifs de développement intégré. En incluant davantage, dans cette dynamique, le secteur privé local et les marchés financiers régionaux.

Source: le Soleil

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Ecovision: La ronde des vautours

dollar-euroComme le rapace dont ils portent le nom, ils sont toujours à l’affût, prêts à fondre sur leur proie au moment où elle est la plus vulnérable, pour la gruger jusqu’à l’os. Les fonds vautours sont, depuis quelques années, dans une ronde infernale autour les pays pauvres, africains en particulier, pour les saigner à blanc, leur soutirer le maximum d’argent possible.

Les fonds vautours ? Ce sont des sociétés financières opaques, pour la plupart basées dans des paradis fiscaux. Elles courent le monde pour racheter à vil prix, à des bailleurs de fonds privés et aussi publics, des créances qu’ils ont des difficultés à recouvrer auprès d’Etats emprunteurs du monde en développement. Elles se retournent ensuite vers ces derniers pour leur faire rendre gorge, par toutes les voies de recours possibles, dont de coûteux procès. Et quand la manœuvre réussit, elles se retrouvent avec des gains très largement supérieurs à leur mise initiale. Elles auraient, de la sorte, déjà accumulés dans leurs serres pas moins de deux milliards de dollars.

Dans les cas de figure cités en exemple, l’on retrouve celui de la Zambie qui a concédé 15,5 millions de dollars à un fonds vautour qui, pour une dette de 15 millions de dollars rachetée à 3 millions à la Roumanie, en réclamait 55 millions devant les tribunaux britanniques. Un autre s’est fait attribuer, dans les mêmes conditions, 13 millions de dollars sur une dette du Congo. La RD Congo a été condamnée par un tribunal de Pretoria à verser à un fonds vautour du nom de FG Hemisphere les 105 millions de dollars qu’elle escomptait de la vente de son énergie électrique à l’Afrique du Sud, durant ces quinze prochaines années ; FG Hemisphere se fait ainsi grassement payer une créance impayée de seulement 18 millions de dollars sur la Société nationale d’Electricité (Snel) qu’il avait racheté en 2004. Le Libéria est également dans ces eaux troubles. Mais, plutôt préoccupé par la reconstruction d’un pays ravagé par la guerre civile, le gouvernement libérien mis sur la sellette par deux fonds vautours, Wall capital Ltd et Hamsah Investments, s’est déclaré dans l’impossibilité de s’acquitter des 20 millions de dollars que leur ont accordés la Haute Cour de Londres, pour une dette impayée vieille de… 40 ans.

De nombreux autres pays africains ont fait l’objet d’actions en justice du genre ou ne vont pas tarder de l’être. Parmi eux l’on retrouve la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, l’Angola, le Cameroun, l’Ethiopie, Madagascar, le Mozambique, le Niger, Sao Tomé et Principe, la Tanzanie, l’Ouganda ou encore le Soudan.

Les fonds vautours profitent de l’occasion paradoxalement favorable que leur offre la mise en œuvre de l’Initiative Ppte censée alléger le lourd fardeau de la dette sur les pays pauvres, pour les pressurer. L’effacement des dettes publiques et multilatérales concernées par l’Initiative rendant relativement solvables les pays qui en sont éligibles, les vautours les considèrent comme à même de rembourser leurs autres dettes qu’ils ont auparavant rachetées à des créanciers publics comme privés. Ensuite, ils ont à leur bénéfice le droit anglo-saxon qui régit la plupart des contrats internationaux. Non seulement il stipule que la vente de créances est libre de toute contrainte pour un créancier, mais encore fait primer l’obligation de rembourser une dette sur toute autre considération, et autorise la levée de l’immunité sur les avoirs et biens d’un Etat débiteur qui ne respecterait pas ses engagements. Les vautours ne se font pas prier pour acculer les pays dont ils ont racheté la dette, pour la leur faire payer, capital, intérêts courus et frais de justice compris.

Ce que font les fonds vautours, ce n’est ni plus ni moins que de l’extorsion de fonds sur des économies pauvres par des voies dont la légalité reconnue est des plus discutables. Leurs pratiques enfoncent d’autant plus injustement les pays qui en souffrent dans la spirale de la pauvreté et de l’endettement qu’ils les obligent finalement à payer, dans la plupart des cas, plus qu’ils ne devaient à leur créanciers originels. En plus du fait qu’un audit convenable des vieilles dettes dont il s’agit prouverait assurément qu’elles ont été, depuis bien longtemps, remboursées à plusieurs fois leur valeur réelle.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir que faire pour s’extirper des griffes des vautours. Une solution a été avancée par la Banque africaine de développement, à travers l’institution d’une « Facilité africaine de soutien juridique », un fonds doté d’un budget de 20 millions de dollars, comme annoncé lors des assemblées annuelles qui se sont tenues, en mai 2009 à Dakar, et mis en place le mois d’après, à Tunis. Elle est destinée à apporter une assistance juridique internationale aux pays membres de la Banque en butte aux fonds vautours. Mais cela ne suffit point. Assistés juridiquement ou pas, ces Etats sont dans l’impossibilité d’échapper totalement à leurs rets. A la limite, l’initiative, certes appréciable, de la Bad ne servira qu’à réduire les montants à payer, ou à annuler des procédures si des actes corrupteurs sont derrière. Mais la saignée continuera.

Il convient d’aller plus loin encore, au travers d’une législation qui stipulerait que les titres de créances relatifs aux financements acquis dans le cadre de la coopération pour le développement sont incessibles et les crédits s’y rapportant sont insaisissables. Elle dénierait aux fonds vautours le droit de traîner devant des juridictions internationales des Etats souverains qui sont, de fait, libres de faire juger tout litige sur leur patrimoine matériel et immatériel par leurs tribunaux compétents.

Source:  le Soleil

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ECOVISION: L’empreinte des marchands de la mort

vente armesLes armes sont de la marchandise comme toute autre, à la seule et grande différence avec les produits de consommation courante qu’elles sont des instruments de mort, et non de vie. Cependant, « si vis pacem para bellum » – si tu veux la paix, prépare la guerre – comme on en convenait dans la Rome antique. Sous ce rapport, les Etats de droit, pour dissuader quiconque de porter atteinte à leur intégrité territoriale, ont l’obligation d’équiper leurs armées, dans la mesure de leurs possibilités réelles et le respect équilibré de leurs priorités de développement. Dans ces situations-là, la production, l’exportation ou l’importation d’armes passent par des conventions et normes internationales très strictes, dans le souci que l’armement des nations ne dépasse son objectif préventif pour mener à des guerres massivement destructrices ou fratricides, que les armes qui s’échangent à travers le monde ne tombent entre les mains de tyrans, de dictateurs, de terroristes et autres gens en rupture de ban qui en font les pires usages.

Mais, de plus en plus de marchands de la mort passent outre les règles et codes de conduite de rigueur pour faire de tous les points noirs de la planète leur terrain de chasse, profitant des conflits qui les agitent et qu’ils peuvent créer ou attiser, pour la prospérité de leur sinistre commerce. Les trafiquants les plus en vue actuellement sont de pays issus de l’éclatement de l’ancien bloc soviétique, l’Ukraine principalement, en complicité avec la Géorgie qui emprunte les chemins de traverse pour son propre armement, mais également pour en vendre à l’extérieur. L’Ukraine qui, à elle seule, produisait le tiers de l’armement de l’Urss, s’est retrouvée, à son indépendance en 1991, avec un immense arsenal dépassant largement ses besoins et qui peut lui permettre de formidables rentrées d’argent en devises fortes. Ses exportations de blindés, d’avions de combat et de systèmes d’artillerie et de missiles lui ont officiellement rapporté 1 milliard de dollars en 2006, 1,2 milliard de dollars en 2007 et 1,5 milliard en 2008. L’Ukraine ayant été, jusque-là, très peu regardante sur la clientèle et la destination des armes qu’elle vend à l’étranger, le revenu global de ses exportations en la matière est normalement plus important, quand on y ajoute la part résultant du commerce illicite.

L’Ukraine aurait fait des progrès dans la moralisation de ses exportations d’armes, si l’on croit l’Institut international de recherche pour la paix à Stockholm (Sipri). Toujours est-il que les chars de combat dont était chargé un de ses navires détourné par des pirates somaliens, il y a quelques mois, n’étaient point destinés à l’armée kenyane, comme prétendu, mais bien au Soudan placé sous embargo par les Nations Unies. Pour contourner l’embargo qui pèse sur la Guinée depuis les massacres du 28 septembre, avant qu’il ne soit victime de la tentative d’assassinat dont il a été la cible, le 3 décembre dernier, le capitaine Moussa Dadis Camara avait envoyé son actuel intérimaire, le Général Sékouba Konaté, négocier à Kiev l’achat d’armes pour 45 millions de dollars.

Plus récemment encore, le 12 décembre dernier, un avion de la compagnie géorgienne Air West, affrété par des trafiquants d’armes ukrainiens et géorgiens, a été arraisonné par les services spéciaux thaïlandais, à l’aéroport de Bangkok où il avait fait escale pour se ravitailler. Il avait à son bord, non pas les « 35 tonnes de matériels de forage pétrolier » déclarées, mais des missiles portables antiaériens et des explosifs en provenance de la Corée du Nord et destinés à un pays tiers, via l’Ukraine. Ce trafic ainsi découvert et impliquant l’Ukraine et la Géorgie est une violation flagrante de la résolution 1874 des Nations Unies qui interdit tout commerce d’armes avec la Corée du Nord. Étrangement, les Etats-Unis et leurs alliés gardent le silence sur la piste ukraino-géorgienne qui a de fortes chances d’aboutir en Afrique.

A partir de l’Ukraine et d’autres plates-formes de production et d’achat, l’aéronef retenu à Bangkok avait déjà été utilisé par les mêmes marchands d’armes pour servir de viatique de trafic vers le Libéria, la Sierra Leone, la Rd Congo, la Somalie, le Tchad, le Soudan, le Burundi où ils ont contribué à faire durer les conflits. Au moins 20% des exportations illicites d’armes, à partir de l’Ukraine, sont débarquées sur le sol africain. Sur le continent, le trafic d’armes est, très souvent, lié au marché glauque des diamants et du pétrole. Des gouvernements en mal de légitimité et des irrédentistes maîtres de pays ou de régions fabuleusement pourvus en richesses minières s’en servent pour obtenir les armes de leur maintien au pouvoir ou de leur mainmise territoriale, avec la complicité, on ne peut plus intéressée, des puissants lobbys de trafiquants d’armes dont les manœuvres sont facilitées par la dérégulation des circuits financiers et commerciaux mondiaux.

Cette pratique fait partie des obstacles les plus sérieux à l’émergence du continent. Elle est d’un coût ruineux pour les nations car elle détourne d’énormes subsides qui auraient été plus rentables s’ils étaient investis dans la réalisation d’infrastructures de base, dans le soutien à des activités productives et de développement humain. Elle enlève à la vie active et productive les trop nombreux bras qu’elle massacre ou invalide. En somme, les conflits fratricides et les guerres intestines que le trafic d’armes nourrit consument des ressources financières, détruit les infrastructures économiques et sociales, pousse les populations à l’exode, inhibe les activités économiques, déstabilise les services sociaux. L’empreinte la plus profonde des marchands de la mort sur le continent africain est qu’ils prennent son développement en otage. Tout doit être fait pour desserrer cet étau.

Source: le Soleil

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Exigence de compétitivité dans la microfinance

cmsLe modèle des Gramen banks indiennes prospère dans l’Ouest africain francophone. Les structures spécialisées dans la microfinance qui s’en sont inspiré ont, en effet, largement tissé leur toile dans la région et réduit, dans une mesure appréciable, l’exclusion financière des hommes et des femmes évoluant en marge de la sphère économique classique, tout au long de ces vingt dernières années. Durant cette période, les Systèmes financiers décentralisés (Sfd) ou Institutions de microfinance (Imf), comme on les appelle, ont permis à près de 15% de la population régionale, active principalement dans l’économie informelle, d’accéder à des services financiers, en termes d’épargne et de crédit, pour des montants annuels avoisinant, aujourd’hui, les 500 milliards de francs Cfa.

Dans une région où le taux de bancarisation n’est toujours pas arrivé à dépasser le seuil des 5%, la microfinance est un viatique alternatif ou complémentaire d’inclusion et de promotion d’acteurs économiques handicapés par la faiblesse de leur revenu. Elle leur donne l’opportunité d’initier et de développer des activités génératrices de revenus adaptées à leurs conditions, dans les villes comme dans les campagnes. Elle est la preuve qu’à travers un système d’épargne et crédit de proximité, il est bien possible, non pas de réaliser des miracles, mais d’atténuer, progressivement, la pauvreté et la dépendance économique de ceux qui sont aux bas de l’échelle.

Le secteur de la microfinance a, jusque-là, assez convenablement progressé dans l’Union et n’est pas loin de réaliser son autonomie financière. Mais il est, depuis quelques temps, confrontés à de sérieuses difficultés. Bien évidement, comme tous les autres segments de l’économie régionale, il subit les contrecoups de la crise financière internationale. Les contributions des bailleurs de fonds qui s’étaient engagés, à l’origine, à soutenir l’émergence des Sfd jusqu’à leur montée en puissance ont, comme programmé à l’origine, décru pour pratiquement disparaître. Les ressources financières résultant des transferts et dépôts des travailleurs émigrés au bénéfice de leurs parents ont également baissé. La petite épargne locale est aussi happée par le renchérissement du panier de la ménagère, du coût de la vie. La conjonction de ces situations critiques n’est pas sans déteindre sur la capacité d’octroi de crédit des Sfd, sur leur santé financière d’une manière générale, surtout quand, à l’interne, leur gestion n’est pas des meilleures.

Si un certain nombre d’Institutions de microfinance ont pu se hisser au niveau des banques, avec la prétention d’en avoir légitiment le statut, du fait de l’importance des masses d’argent qu’elles brassent, de la taille qu’elles ont prise et de la qualité de leur gestion, beaucoup d’autres semblent avoir atteint leurs limites objectives, et se trouvent sur la pente descendante. Celles-là sont, outre la morosité de la conjoncture, victimes de leurs failles et faiblesses internes. Les autorités monétaires de l’Union qui veille au grain pointent le doigt « la fragilité du système qui souffre des problèmes de gouvernance, de la dégradation de la qualité des portefeuilles, et de la faible efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe », notamment.

Leur rentabilité est plombée par la lourdeur de leurs charges d’exploitation et le faible rendement des prêts consentis, même si les niveaux de remboursement restent corrects et que leurs taux de sortie dépassent souvent le taux d’usure qu’une banque normale n’est pas autorisée à proposer à sa clientèle. Si celle des Imf accepte, sans trop rechigner, les taux d’intérêt souvent supérieurs à 20% qui leur sont appliqués, c’est qu’ils portent sur des sommes pas très importantes prêtées à très court terme. Sur des durées à moyen et long terme, elle aurait à payer quatre fois plus que les montants empruntés, capital et intérêt réunis. Un jour viendra où les Imf devront réviser fortement à la baisse leurs taux d’intérêt, d’autant que les banques qu’elles avaient devancées dans la microfinance sont en train d’investir ce créneau avec des coûts de services financiers assez convenables et en étant plus souples sur les garanties exigées.

Les autorités administratives et monétaires de l’Union ont jusqu’ici été fort bienveillantes à l’endroit des Sfd, à travers des exonérations fiscales, la tolérance du coût élevé de leurs services et bien d’autres dérogations et facilités que peuvent leur jalouser une banque ordinaire, sur un marché qui devrait être totalement concurrentiel. La différence de traitement en faveur des Imf a été justifiée par la difficulté de leur tâche pionnière de descendre au plus bas pour canaliser une épargne diffuse dans les veines du développement et asseoir un système de crédit viable au bénéfice des populations de faible capacité financière. Elles ont donné la preuve qu’elles peuvent relever le défi et ont montré que le créneau était porteur. Il leur reste à poursuivre l’effort, sur des bases plus saines, essentiellement assises sur la bonne gestion et la compétitivité, et non plus uniquement sur des faveurs exceptionnelles, pour que le système ne sombre pas dans la lise qui le menace.

Source: le Soleil

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Regain de tension sur le marché du riz

rizRevenu à des niveaux d’approvisionnement et de prix plus acceptables pour les consommateurs, tout au long de cette année, le marché mondial du riz est de nouveau sous la menace de très fortes tensions. D’énormes besoins sont exprimés par les Philippines, pays parmi les plus gros importateurs de riz du monde, ainsi que par l’Inde. Grande productrice de riz, l’Inde a pratiquement cessé ces exportations depuis deux ans ; elle est en ce moment contrainte d’importer massivement pour compenser des pertes subies dans ses rizières dues à une sécheresse suivie d’inondations catastrophiques. Et comme si cela ne suffisait pas, un pays comme le Japon a entrepris de détourner une partie de sa production de riz pour la fabrication de biocarburant.

Ces ponctions inquiètent d’autant plus que les quantités qui sont échangées sur le marché du riz représentent à peine 5% de la production mondiale. Elles risquent de créer une forte pénurie et des difficultés conséquentes d’approvisionnement. Surtout dans les pays qui n’ont pas l’envergure d’importer de grandes quantités et dont les demandes ne sont pas, par conséquent, sur la liste prioritaire des traders. Dans ces conditions, la rupture d’équilibre entre l’offre et la demande qui s’annonce est une voie ouverte à une flambée des prix comparable à celle péniblement vécue en 2007-2008.

Ces derniers temps, la Fao a tenté de calmer les inquiétudes, en s’appuyant sur les bonnes récoltes réalisées aux Etats-Unis et en Chine, pour dédramatiser la baisse de la production mondiale qui ne serait que de 2% par rapport à l’année dernière, alors que les stocks sont bien pourvus. Mais les importateurs qui savent à quoi s’en tenir, à la pratique assidue du marché, sont nombreux à avancer que, passé le mois de décembre, avec l’épuisement des disponibilités actuelles acquises à des coûts raisonnables, les prix vont reprendre leur tendance haussière en 2010.

De ce côté-ci du monde, la flambée des prix du riz importé n’est pas un mal en soi, si elle est mise à profit pour booster la production locale. Il en a été opportunément ainsi avec la crise alimentaire d’il y a deux ans. Les réactions positives notées dans la plupart des pays sahéliens à l’effet de réduire leur dépendance du marché extérieur ont considérablement amélioré la production rizicole dans la zone. Selon les statistiques du Comité Inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), les récoltes de riz ont augmenté de 44%, passant de 1.853.000 tonnes en 2007 à 2.670.00 tonnes en 2008.

Au Sénégal en particulier, la production de riz blanc qui tournait autour de 100.000 tonnes, bon an mal an, avant 2007, a été triplée en 2008 pour se situer à 300.000 tonnes. A ce rythme, l’objectif fixé à 1,5 million de tonnes de riz blanc en 2015 devrait être vraisemblablement atteint. Mais faut-il qu’il reste soutenu comme il se doit. La nouvelle flambée des prix qui se profile sur le marché mondial à l’horizon immédiat doit être prise comme une incitation à ne point baisser les bras. Il est vrai qu’il faut se soucier du pouvoir d’achat des ménages grevé par le renchérissement de la nourriture qui vient d’ailleurs. Mais, plutôt que de subventionner la consommation de produits alimentaires importés, sans vraiment être sûr d’obtenir la baisse de prix escomptée, le mieux c’est de soutenir la production locale pour qu’elle se développe et soit la plus compétitive possible face à la concurrence importée.

C’est une chose que de bien et beaucoup produire et une toute autre paire de manche que d’écouler sa récolte. L’on a beau vanter les qualités réelles du riz local qui est de meilleur aloi que les brisures de riz importées et qui ne sont pas normalement destinées à la consommation humaine, mais les consommateurs sont encore nombreux à continuer à jeter leur dévolu sur ces ersatz. Les habitudes alimentaires ont la vie dure. Mais la tyrannie du riz importé peut bien être vaincue si la commercialisation du riz local cessait d’être abandonnée aux mains de ses producteurs qui se lamentent de l’important taux de mévente qu’ils accusent en ce moment. C’est en réalité un circuit de commercialisation à même de faire parvenir le riz local partout où besoin est qui fait défaut. Le riz produit au Sénégal doit être mis dans des conditions aussi bonnes sinon meilleures que celles du riz importé. Tout le monde ne peut pas se rendre dans la vallée, juste pour en acheter un ou deux sacs. Il est plus simple de se rabattre sur la boutique du coin où le riz importé est disponible à tout moment, et à des prix qui sont, pour l’instant, semblables à celui du riz local sur son lieu de production.

La compétitivité n’est pas seulement une question de prix, mais aussi de qualité reconnue. En plus de l’indispensable circuit de commercialisation animé par des professionnel, le riz local devra faire l’objet d’une bonne campagne de promotion axée sur ses qualités intrinsèques et sur l’impératif de consommer sénégalais, comme d’ailleurs les Français sont en train de le faire pour leurs produits du terroir. Plus le riz local se vendra bien sur le marché sénégalais, voire régional, plus il incitera des investisseurs à s’engager dans sa production, à la condition de pouvoir accéder aux terres de la vallée et d’autres zones de culture propices.

Source: le Soleil

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LA CHRONIQUE DE JEAN-MARC VITTORI:Le monde est un village sans maire

jean_marc_vittoriCopenhague, c’est comme Genève et Pittsburgh. Evidemment, la capitale scandinave à la petite sirène ressemble peu à la cité helvétique des institutions internationales ou à la métropole américaine de l’acier. La première est au bord de la mer, la deuxième donne sur le lac et la troisième chevauche trois rivières. Mais dans ces trois villes, on tente de relever les défis du monde. A Copenhague, c’est bien sûr le réchauffement climatique qui est en jeu depuis hier. A Genève, la semaine dernière, c’était le commerce mondial. A Pittsburgh, il y a un peu plus de deux mois, il s’agissait de la finance.

Cet enchaînement de négociations internationales ne doit rien au hasard. De plus en plus, le monde est un village. Ce qui se passe à un bout de la planète peut influer directement sur les événements qui ont lieu à l’autre bout. La technique a chamboulé le monde - en donnant à l’homme une puissance d’action sur la nature qui commence à se voir à l’échelle du globe, en rendant incroyablement facile la circulation des hommes, des marchandises, des informations et des capitaux. Mais ce village n’a pas de conseil municipal et encore moins de maire. Juste des comités de quartier jaloux de leur indépendance. Cette situation est intenable à long terme mais pour l’instant inévitable. Il nous a fallu des siècles pour passer d’une organisation locale des pouvoirs à l’échelon de la nation. Il nous faudra au moins des décennies pour trouver le moyen de forger une gouvernance mondiale, même si les Français y rêvent depuis longtemps.

Il y a toutefois un précédent : la construction européenne. Il peut paraître curieux de s’y référer vu l’état pitoyable de ladite construction aujourd’hui. Mais il est possible d’en tirer une leçon : la réussite passe par l’envie, la peur et le renoncement. L’envie fondamentale de Jean Monnet, de Robert Schuman, d’Alcide de Gasperi ou de Konrad Adenauer a donné l’impulsion originelle. La peur de la géographie et de l’histoire - crainte d’une URSS à la fois voisine et conquérante, hantise de retomber dans un passé de guerres atroces -a fourni un ressort irremplaçable. Le renoncement a été un passage obligé, sous la forme d’abandon de souveraineté. Mais il est tellement douloureux que les dispositifs ultérieurs de prise de décision - et donc de vote -sont cruciaux. Les questions de nationalité restent ultrasensibles. Il suffit de voir la réaction des Britanniques à la nomination du Français Michel Barnier comme commissaire chargé, entre autres, des services financiers (une réaction pourtant compréhensible : il suffit d’imaginer ce qu’auraient dit les Français si un Anglais était devenu commissaire à la gastronomie après avoir tempêté des années durant contre la fermentation et autres procédés culinaires dangereux). Sans ses composantes, la construction est par nature fragile. Que disparaisse l’envie, que s’affaiblissent les peurs, que diminue la capacité des élus à renoncer à une partie de leurs pouvoirs et les forces centrifuges montent à nouveau, au risque de faire éclater l’édifice.

Appliquées aux négociations en cours, qu’il s’agisse de l’environnement ou de la finance, cette leçon mène à la circonspection. Il n’est pas question d’abandonner la moindre parcelle de souveraineté, en particulier du côté américain. L’envie d’avancer existe, mais elle est loin d’être partagée par tous. A vrai dire, seule la peur peut jouer comme un aiguillon. Or en matière financière, l’angoisse du krach, extrême il y a un an, se dissout vite dans l’acide des intérêts particuliers qui se chiffrent ici en millions d’euros à l’échelon des individus, en milliards à l’échelon des entreprises concernées. Plus le temps passe, plus il va devenir difficile de changer les règles du jeu - sauf en cas de nouveau séisme.

En matière environnementale, c’est plutôt l’inverse. La peur grandit au fil des catastrophes en tout genre - tempêtes sans précédent, inondations irrémédiables, sécheresses mortelles, etc. Même s’il n’y a pas de certitude absolue sur le lien entre l’activité humaine et le réchauffement climatique, les électeurs demanderont de plus en plus aux gouvernants d’agir en la matière. Face à cette inquiétude montante, Copenhague vient sans doute trop tôt. Mais il risque ensuite d’être trop tard.

Source: les Echos

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Écovision : Le coton toujours dans l’ornière

cotonLe coton ouest-africain continue sa descente aux enfers entamée depuis le retournement de tendance intervenu quatre années plus tôt. Durant les deux décennies précédentes, cette matière textile de base que l’on qualifiait avec emphase d’or blanc était quasiment le seul produit d’exportation de la région dont les parts du marché mondial augmentaient. Le coton faisait alors assez convenablement vivre quelque quinze millions de personnes et participait au renouveau du monde rural à travers des programmes de modernisation des techniques culturales, d’alphabétisation et d’organisation corporatiste des producteurs pour une meilleure gestion et défense de leurs intérêts.

L’on est aujourd’hui très loin de ces années glorieuses. La production a considérablement diminué dans les pays cotonniers de la région. Au Togo elle est tombée de 188.000 tonnes en 1999 à 31.000 tonnes en 2008. La chute est tout aussi frappante au Burkina Faso où, en l’espace de trois ans, les récoltes on été réduites de moitié, passant de 750.000 tonnes en 2005 à 360.000 tonnes en 2008. La régression est tout aussi spectaculaire au Mali où la production a été divisée par deux entre les campagnes 2006-2007 et 2007-2008, pour tomber à 200.000 tonnes. Même tendance au Bénin avec des récoltes cumulées qui passent 427.650 tonnes en 2005 à 268.650 tonnes en 2008 ainsi qu’en Côte d’Ivoire où elles ont chuté de 267.843 tonnes à 120.000 tonnes, sur la même période. Au Sénégal, l’on peine à stabiliser la production cotonnière autour de 50.000 tonnes.

Le recul du coton ouest-africain est le fait d’un abandon de cette spéculation par un nombre croissant d’agriculteurs, à tout le moins de la réduction drastique des superficies qu’ils lui consacraient et du fléchissement des rendements des sols déjà appauvris par la monoculture et recevant de moins en moins d’engrais et de pesticides. Tout cela tient de la flambée des cours pétroliers qui a renchéri les prix des intrants, alors que les cours du coton sur le marché mondial sont en chute libre. A défaut d’obtenir un prix au producteur rémunérateur et payé dans les délais, les cotonculteurs sont nombreux à se tourner naturellement vers les cultures vivrières pour au moins assurer leur survie. Les sociétés cotonnières nationales qui, jusque-là, leur servaient d’interface avec le marché, en les approvisionnant en intrants à crédit, et vendant la quasi-totalité de leurs récoltes à l’étranger, après égrenage, sont elles-mêmes au bout du rouleau. Prises dans la spirale dépressive du marché, quand bien même elles ont été privatisées et renflouées par des apports de capitaux locaux et étrangers, elles sont toutes menacées de faillite.

Le mal du coton ouest-africain est avant tout structurel, dans son mode de production axé sur la recherche de revenus à l’exportation, une agriculture de rente qui exclut quasiment la valorisation locale du produit, contrairement à l’option bien plus judicieuse de pays comme la Chine, le Pakistan et l’Inde. Ces grands pays cotonniers, en plus de leur production locale, importent massivement, d’Afrique et d’ailleurs, pour faire tourner leur unités industrielles, faire travailler de nombreuses personnes, satisfaire leur demande intérieure en textile, inonder le marché mondial et surtout celui…africain.

Dans ses choix pour l’exportation de son coton à l’état brut, l’Afrique a notablement été handicapée, ces dernières années, par la dépréciation du dollar par rapport à l’euro et du franc Cfa, par conséquent. La hausse éphémère des prix du coton sur le marché mondial, entre 2007 et 2008, dans la mouvance générale des cours de pratiquement tous les produits de base alors dopés par la spéculation sur les matières premières, n’a guère profité à la région. Les gains possibles ont en effet été fauchés par la faiblesse du dollar, devise qui sert de support à l’essentiel des transactions commerciales à travers le monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, les subventions américaines, que l’on estime annuellement à 3,5 milliards de dollars à la production et à 1,5 milliard de dollars à l’exportation, font que le coton américain inonde le marché mondial et tasse encore plus les cours. Les aides de l’Union européennes aux cotonculteurs grecs et espagnols et de la Chine aux siens y contribuent également. Alors qu’ils se sont tous conformés aux normes de l’économie de marché, suivant les exigences du Nord à travers les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du Commerce, les pays africains se voient là floués par ces mêmes « partenaires extérieurs au développement » par leurs pratiques commerciales déloyales.

Voilà bientôt une décennie qu’ils ont emprunté la voie diplomatique pour négocier leur abandon, dans le cadre du Cycle de Doha. Mais en vain. Si l’Union européenne s’est montrée quelque peu coopérative, il n’y a pas encore grand-chose à attendre des Etats-Unis où les agro-industriels du coton constituent un puissant et influent lobby capable de contrecarrer tout projet de décision à son encontre. L’Omc a récemment tranché en faveur du Brésil qui avait depuis 2002 porté plainte contre les Etats-Unis pour dumping sur le coton, il n’empêche que la nouvelle loi américaine sur l’agriculture (Farm bill) exclut la suppression des subventions incriminées. En l’état actuel des choses, les pays africains producteurs de coton qui voudraient s’engouffrer dans la brèche ouverte par le Brésil, pour se plaindre et réclamer des compensations, devront savoir à quoi s’en tenir.

Comme autre solution, les Américains suggèrent aux Africains de booster leur offre en produisant du coton génétiquement modifié. Le recours aux semences génétiquement modifiées fera d’abord et avant tout l’affaire de ceux qui en produisent dont la puissante firme…américaine Mosanto qui est déjà sur le terrain au Burkina Faso et au Mali. Et au-delà des dangers qu’ils peuvent faire peser sur l’environnement et la santé humaine dont on n’a pas encore une exacte mesure, il n’est pas non plus démontré que les Ogm soient la panacée.

Une chose est sure, les cotonculteurs africains vont continuer leur diversification en faveur de l’agriculture vivrière tant que les prix au producteur resteront baissiers. Pour filer du meilleur coton, l’Afrique de l’Ouest devrait, en fin, commencer à jouer résolument la carte de la valorisation industrielle du coton et de la commercialisation du textile induit sur le marché régional dont le potentiel de consommateurs est très important. Mieux vaut tard que jamais. Si la qualité est bonne et les prix pratiqués corrects, la production locale pourrait bien résister à la concurrence des ersatz chinois et autres fripes importés. Avec, bien entendu, l’indispensable soutien des Etats.

Source: le Soleil

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Le capitalisme au secours des pauvres

famineJack Sim a une passion dans la vie : les toilettes. Probablement l’endroit au monde que l’on fréquente le plus et dont on parle le moins. Ce petit Chinois rigolard, jamais en panne d’une bonne histoire, a décidé d’y consacrer sa vie. En 2001, à quarante ans, fortune faite à Singapour dans l’immobilier, il cherche un sens à sa vie. Préoccupé par l’état déplorable des toilettes publiques de Singapour, il découvre une grande cause humanitaire oubliée. Près de 2,5 milliards d’habitants, 40 % de la population mondiale, n’ont pas accès à des toilettes. Plus d’un million d’enfants meurent chaque année de diarrhée à cause des maladies propagées par l’absence d’assainissement. Les grandes âmes préfèrent s’intéresser à l’eau plutôt qu’aux latrines et aux égouts. Jack Sim va s’y employer. A sa manière. « Les gouvernements s’en fichent, car ils ne s’intéressent qu’aux grands travaux. Les humanitaires ne sont que dans l’assistance. Dès qu’ils partent, personne n’entretient ce qu’ils ont installé. La seule solution c’est le marché. Les pauvres doivent acheter leurs toilettes et il faut leur donner envie de le faire ! »

Alors qu’en France on prépare déjà en grande pompe l’enterrement du libéralisme, coupable de nous avoir plongés dans une crise séculaire, à l’autre bout de la planète on compte sur lui, et sur ses méthodes pour sortir des gens de la misère. Le premier à avoir théorisé cette approche iconoclaste, bien loin de la charité ordinaire, est un chercheur américain d’origine indienne, C.K. Prahalad. En 2004, il popularise le concept de « base de la pyramide » (1) pour décrire le sort des quelques 4 milliards d’individus qui vivent dans le monde avec moins de 5 dollars par jour (selon la Banque mondiale). Selon lui et de nombreux autres auteurs à sa suite, le développement du marché, et l’implication des entreprises, sont bien plus efficaces pour lutter contre la pauvreté, que l’assistance ou le don. La redécouverte d’Adam Smith, qui postulait au XVIIIe siècle que le marché et l’appel à la liberté et à l’intérêt individuel étaient le plus puissant moteur de la prospérité. Comme le dit Jack Sim : «Les pauvres ne sont pas plus rationnels que les riches, ils veulent du statutaire. Il faut qu’ils soient fiers de ce qu’ils achètent et qu’ils envient le voisin qui l’a déjà, même pour une toilette. »

Derrière cette approche, deux postulats. Le premier est économique. En concevant des produits adaptés et accessibles financièrement aux plus pauvres, les entreprises s’ouvrent un marché considérable tout en réduisant l’injustice flagrante qui veut qu’aujourd’hui les plus démunis payent leur eau, leur crédit ou leur médicaments dix à cent fois plus cher que les riches. Le deuxième est moral. Transformer un assisté en consommateur, c’est lui rendre sa liberté, sa dignité et l’estime de lui-même.

Et ça marche. Jack Sim a appliqué une vraie stratégie d’entrepreneur. Amateur de bons mots, il nomme son association WTO, pour « World Toilet Organization ». Puis il devient le porte-voix et le coordinateur de toutes les initiatives locales dans le monde entier. Il crée le World Toilet Day, qui a eu lieu le 19 novembre dernier. Puis le World Toilet Forum pour réunir les experts du sujet. Les toilettes qu’il a fait concevoir sont vendues 7 dollars au Bangladesh, au Cambodge et dans une cinquantaine de pays par des réseaux locaux mêlant entrepreneurs et associations. Vedette du World Entrepreneurship Forum, organisé récemment par l’école EMLyon (2), il parcourt la planète, collectionne les distinctions et les parrainages d’entreprises.

A partir de cette théorie du marché appliquée aux plus démunis, on a vu alors se déployer deux approches. Celle plus mercantile qui entend faire d’une partie de ces 4 milliards d’individus un formidable relais à la croissance de pays occidentaux en panne. C’est dans cette brèche que se sont engouffrées des entreprises comme Unilever, Danone ou Essilor, mais aussi Tata, avec sa voiture Nano, en concevant des produits correspondant aux besoins de ces populations. L’autre approche est celle popularisée par le prix Nobel Mohammed Yunus, qui introduit la notion de« social business ». On utilise les instruments du marché mais on ne fait pas de profit. On les réinvestit intégralement dans le développement local. Sous sa férule, Danone a installé de petites usines de Yaourt au Bangladesh. C’est évidemment également l’approche de Jack Sim qui ne se rémunère pas et ne dispose que d’une équipe de six personnes puisque tout est fait par les partenaires, humanitaires ou entreprises. Mais comme l’ont constaté les Occidentaux, tout n’est pas rose au pays du marché libre. Un concurrent qui se croyait malin a vendu un modèle de toilettes à 6 dollars. Mais sa qualité était mauvaise, il a cassé et ruiné la crédibilité de tout le projet. Car comme nous l’avons appris récemment à nos dépens, un marché, cela se contrôle et se domestique. Qu’il s’agisse de toilettes à 7 dollars ou de produits financiers à 1.000 milliards. Et c’est bien le paradoxe actuel d’un Occident qui cherche à renouer avec le collectif quand des milliards de personnes se rêvent plus que jamais en consommateurs individuels.

Source: les Echos

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Ecovision – Dubaï sur des charbons ardents

dubai world 2C’est comme la réplique d’un séisme. La faillite annoncée de Dubaï est le fait de l’onde de choc de la crise qui a profondément fissuré la sphère financière internationale. Alors que les économies les plus puissantes s’en remettent depuis quelque temps, apparemment, Dubaï est rattrapé par le phénomène qui sourdait en son sein depuis l’année dernière.

Relativement faible en ressources pétrolières, sans structures productives, l’Emirat a fondé sa rutilante aisance sur la dynamique de secteurs on ne peut plus sensibles et vulnérables aux secousses telluriques de l’économie mondiale : les finances, l’immobilier et le tourisme, le tout dans la démesure. Paradis pour les richards avides de plaisirs luxueux, et également pour les capitaux qui fuient la pression fiscale de leurs pays d’origine ou qui viennent se placer dans ses gigantesques programmes immobiliers et d’expansion extérieure, Dubaï est en train de subir le revers de ses options.

La crise financière a très fortement réduit les flux financiers dans ses banques et les crédits à ses affaires ; nombres de ses grands chantiers immobiliers sont à l’arrêt ; le grand tourisme de luxe est également au ralenti par la même cause : la récession qui a un peu partout comprimé la demande ; elle affecte également ses investissements et projets d’investissement à l’étranger.

C’est ce ressac qui s’est soldé, pour Dubaï, par son incapacité actuelle à honorer le service de son énorme dette extérieure évaluée à quelque 80 milliards de dollars dont une soixantaine au seul passif de Dubaï World et de ses filiales Dubaï Port World, Nakheel et Limitless, les fers de lance de son expansion boulimique in situ comme à travers le monde, dans les transports, les exploitations portuaires, l’immobilier et les loisirs. Au total, Dubaï World et les cinq autres grandes sociétés nationales de l’Emirat doivent payer au cours des trois prochaines années plus de 50 milliards de dollars à leurs créanciers de tout bord. Cela relève de l’impossible, car le montant en question équivaut aux trois quarts du produit intérieur brut de cet Etat souverain petit de taille, mais aux ambitions débridées.

Dans la crainte d’une reprise de la crise financière mondiale alors que les clignotants avaient déjà commencé à se remettre au vert, les principaux marchés occidentaux ont dévissé ces derniers jours, à l’annonce de la faillite de Dubaï. Leur crainte d’un retour de bâton est d’autant plus justifiée que les créanciers de l’Emirat ne se recrutent pas seulement dans son richissime voisinage, mais également parmi les banques occidentales et asiatiques. L’Emirat est également actionnaire dans de grandes sociétés en Europe, aux Etats-Unis, au Japon et en Russie. Il est derrière de grands programmes d’investissement au Maghreb, en Afrique de l’Ouest et de l’Est. S’il décidait de désinvestir, de suspendre certains projets et programmes, au niveau local et à l’étranger pour honorer ses engagements, il est clair que cela serait fort dommageable aux intérêts directement concernés, que les marchés financiers réagiraient encore plus négativement au choc, avec un risque certain d’effet boule de neige.

En vérité, personne n’a intérêt à ce que la faillite virtuelle de Dubaï soit réelle et définitive. Le moratoire qu’il a demandé sera assurément accepté par ses créanciers. Les grandes entreprises occidentales et asiatiques dans lesquelles il est actionnaires lui dérouleront le tapis rouge et feront tout pour qu’il n’ôte ses billes de leur capital, surtout par les temps qui courent.

Ensuite, tous ceux qui ont de l’argent à dérober aux yeux de leur fisc vont continuer de plus belle à venir le placer dans ce paradis fiscal dont la survie et la remise à flot leur sont primordiales. Mais encore, solidarité entre Emirats unis pour le meilleur oblige, l’opulent mais non moins sage Abus Dabit ne saurait en aucune manière tomber Dubaï, parce que son effondrement l’affecterait rudement. Il va garantir sa dette en s’adossant sur ses immenses richesses pétrolières, le renflouera financièrement, mais à la condition qu’il se réajuste et adopte une démarche plus réaliste et soutenable que celle qu’il a jusque là frénétiquement empruntée.

Abus Dabit a de tout temps décrié l’exubérance et les excès aléatoires de son voisin et allié fédéral, mais sans jamais avoir été entendu, puisque tous les projets pharaoniques que l’autre initiait ont été jusque là couronnés d’un insolent succès médiatisé à l’envi, à travers le monde. Il est clair qu’en contrepartie de la main financière qu’il tendra à Dubaï pour le sortir de ses déboires, Abus Dabit, en tant que capitale économique des Emirats Arabes Unis, exigera de Dubaï, et de toute la fédération, une meilleure ligne de conduite. Dubaï World va donc devoir se restructurer et, probablement, réajuster certaines de ses opérations.

A Dakar, on affiche une très grande sérénité. La concession de l’exploitation du terminal à conteneurs du port de Dakar qui lui est faite sur 25 ans, depuis 2007, en contrepartie d’un programme d’investissement de quelque 325 milliards de FCfa, ne devrait guère souffrir des déboires actuels de Dubaï World. Il serait même très en avance sur son calendrier d’implantation et d’activités dans le port.

Le vent mauvais, s’il en est, soufflerait donc vers d’autres directions. Tant mieux…

Source: le Soleil

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ECOVISION – Mourir de faim…

famineUne âme sensible assise à mes côtés s’est surprise à verser une larme devant les images télévisées de milliers d’hectolitres de lait répandus sur un champ de patate ou de blé par des paysans français en colère, parce que le prix auquel leur production est achetée ne les satisfait point. Ailleurs, en Europe, ce sont des tonnes de tomate, de carotte ou d’autres produits agricoles qui sont déversés dans les rues pour sensiblement la même raison. Ces agissements ont sans nul doute heurté notre amie parce qu’elle les a associés au fait qu’un enfant meurt de faim, près de nous, toutes les six secondes.

Aussi tristement paradoxal que cela puisse paraître, 1,02 milliard de pauvres sont victimes de la famine alors que le potentiel mondial de production alimentaire permettrait de nourrir 12 milliards de personnes, le double que l’humanité compte présentement d’êtres. Selon les dernières projections de la Fao, le phénomène qui affectait 850 millions en juin 2008 s’est ainsi abruptement amplifié, pas seulement parce que la production agricole n’a pas suivi çà et là, mais surtout en raison de l’appauvrissement induit par la crise économique mondiale.

L’intensité du feu de la récession qui a embrasé le monde baisse certes, mais il est loin d’en être de même de la faim qui taraude les ventres indigents. La reprise ne se fait sentir, pour l’instant, que sur les cimes des économies les plus développées. Il faudra encore du temps pour qu’elle atteigne le niveau social, participe à l’amélioration des revenus des ménages, à l’augmentation de leur possibilité d’accès à la nourriture. En attendant, les produits alimentaires coûtent chaque jour plus cher. La flambée des cours mondiaux qui était à l’origine des émeutes de la faim des années 2007 et 2008 n’est certes plus de saison. Mais sur les marchés des pays en développement, les prix alimentaires n’ont guère accusé de baisses sensibles. Ils se sont pour la plupart figés sur leur dernier pic s’ils ne sont pas restés sur leur tendance haussière. Ils sont en moyenne supérieurs de 24% à leur niveau de 2006 et de 33% à celui de 2005. Ils grugent encore plus le pouvoir d’achat des ménages des pays en développement qui consacrent les deux tiers de leurs revenus à l’achat de nourriture.

L’on se demande même si la relance de l’économie mondiale va se traduire par une amélioration conséquente de la production alimentaire, une baisse significative des prix à la consommation et un plus large accès à la nourriture. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue que cette relance va être soutenue par une consommation accrue d’énergie. Les hydrocarbures se faisant rares et chères, le recours aux biocarburants s’intensifiera au détriment de la production agricole alimentaire.

Le pessimisme est hélas de rigueur. Un des huit Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) est de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde avant 2015. A cette échéance, cette frange de la population mondiale ne devrait alors compter pas plus de 500 millions d’êtres, selon des projections faites depuis 1996. C’est plutôt à la tendance inverse que l’on assiste. Aujourd’hui, à quelque cinq années de la date butoir, le seuil du milliard vient d’être dépassé.

L’éradication de la faim demeure un objectif planétaire. Il a été réitéré par les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont pris part au sommet mondial sur la sécurité alimentaire qui s’est tenu à Rome, une semaine plus tôt, sous l’égide de la Fao. Mais ils ne se sont plus donné d’échéance, ni ne se sont engagés sur des montants précis. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, puisque les grands de ce monde n’étaient pas au rendez-vous de Rome. En juillet dernier, le G8 avait décidé d’allouer, sur trois ans, 20 milliards de dollars à la lutte contre la faim au bénéfice des pays les plus affectés. Des promesses du même genre avaient été faites, en 2007 et 2008, au plus fort de la crise alimentaire mondiale ; mais elles n’ont toujours pas été tenues.

La Fao estime à environ 40 milliards de dollars – contre huit milliards actuellement – les montants qu’il faut annuellement investir dans l’agriculture pour intensifier la production alimentaire mondiale et penser pouvoir venir à bout du calvaire de la faim dans les pays pauvres, dans des délais raisonnables. La somme est sans doute importante, mais insignifiante comparée aux centaines de milliards de dollars que le Nord accorde en subventions à son agriculture étouffant au passage celle du Sud. Pour que plus personne ne meure de faim en ce bas monde qui en a tous les moyens, il suffit que la volonté politique requise des nations nanties se traduisent en actes concrets, et que les Etats des pays pauvres jouent à fond la carte de la souveraineté alimentaire.

Source: le Soleil

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Réforme institutionnelle : «Un très mauvais schéma», selon un spécialiste de l’énergie

senelecAlourdissement du système et augmentation des dépenses, ce sont les conséquences de la création d’une holding pour la Senelec, analyse un consultant en économie pétrolière.

La Senelec veut faire peau neuve en s’appropriant un nouveau schéma qui la divise en trois parties. M. Djibril Thiongane, Ingénieur chimiste et consultant en économie pétrolière a exprimé hier son avis sur cette question. Et il considère que «c’est un mauvais schéma. Un très, très mauvais schéma, qui n’est pas approprié. Ce n’est pas ce schéma-là qui va régler les problèmes de la Senelec». Pour ce spécialiste des questions d’énergie, les problèmes de la société de distribution d’électricité sont d’abord «d’ordre financier et un système d’approvisionnement qui est vraiment catastrophique». Djibril Thiongane pense qu’il faudrait d’abord revoir en profondeur ce système d’approvisionnement, avant de parler d’autre chose. C’est, «comme si on disait que tu as un outil malade et toi, tu veux l’achever».
Il invite pour sa part, à une autre démarche : «Il faut refaire la santé financière de la Senelec avant de discuter de la configuration de son avenir. C’est ça le vrai problème aujourd’hui.» L’ingénieur chimiste et consultant en économie pétrolière, explique : «C’est comme si on voulait la privatiser dans des conditions actuelles, mais c’est catastrophique. Personne n’offrira le franc symbolique pour cette compagnie ! C’est un mimétisme très négatif. Peut-être que cela s’est fait ailleurs, mais cela s’est fait parce que certaines conditions financières étaient remplies. Mais ici, on est dans les pires conditions économiques et financières pour parler de la création d’une holding, qui ne fera qu’alourdir le système et accroître les dépenses. Et ce n’est pas notre objectif.»
Selon M. Thiongane, ce qu’il faut aujourd’hui à la Senelec, «c’est de l’argent frais, qui lui permettra d’avoir une bonne situation financière, afin de la mettre en situation de lancer un appel d’offres international pour la totalité de l’année pour ses besoins, ou sur deux ou trois ans». Mais aujourd’hui, si la Sénélec voulait lancer un appel d’offres international, elle ne remplirait pas les conditions bancaires pour mettre en place un crédit documentaire.
M. Thiongane explique que les grandes sociétés qui éventuellement pourraient participer à cet appel d’offres et permettre d’avoir un prix compétitif, ne seraient pas en mesure de participer à un appel d’offres de la Senelec, parce que ces entreprises ne travaillent que sur crédits documentaires, alors que la Senelec ne peut travailler que sur des systèmes de paie. Or, les prêts au plan financier, c’est plus qu’insuffisant. «C’est ça le problème. Tout ce que l’on tente actuellement, ce sont des coups d’épée dans l’eau, c’est perdre son temps. Ce qu’ils font là, je dirais que c’est du n’importe quoi. Parce qu’il ne faut pas innover pour innover, ce n’est pas cela l’objectif. L’objectif c’est innover en apportant des solutions aux problèmes.»
Depuis le temps que le ministre Samuel Sarr, d’abord en tant que directeur de la société, s’est donné pour objectif de rendre la mariée Senelec assez attrayante pour attirer des partenaires susceptibles d’accélérer le processus de privatisation, il n’a pu que constater à quel point la boîte s’enfonçait dans un cycle de crises interminables. Ce schéma de privatisation et de dégroupage, qu’il veut imposer aujourd’hui, semble pour lui la seule possibilité de recevoir l’argent frais dont la boîte a énormément besoin. Mais on se demande si, sans l’aval des bailleurs de fonds, la Senelec New look pourra aller bien loin, et si Djibril Thiongane ne va pas, malheureusement être un nouveau Cassandre.

Source: le Quotidien

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