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Contrat avec MTL : l’ARTP dénonce un déséquilibre des obligations à son détriment

L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a indiqué lundi, dans un communiqué reçu à l’APS, que le contrat qui le lie à la Société Magal Holding Limited (MTL) ‘’laisse apparaitre un déséquilibre manifeste des obligations contractuelles’’ à son ‘’détriment’’.

L’ARTP évoque à titre indicatif ‘’le niveau de rémunération de MTL’’ qu’il juge ‘’élevé voire excessif’’. A ce propos, le régulateur des télécommunications relève que ‘’la quote-part de MTL est exorbitante (de 39,99 à 42,99% des montants facturés’’.

De plus, ‘’ce niveau est assis sur l’ensemble du trafic entrant, plutôt que sur les prestations effectives qu’aurait fournies MTL, notamment le volume d’appels entrants que n’auraient pas déclaré les opérateurs de leur propre chef, ainsi que sur les pénalités issues des cas de fraude détectés‘’.

Le communiqué signale aussi que ‘’deux avenants ont été introduits, allant tous les deux dans le sens de mieux servir les intérêts’’ de MTL. Ainsi, note l’ARTP, ‘’la base de rémunération de MTL, initialement assise sur les montants collectés par l’ARTP de la quote-part de l’Etat, a été modifiée par les deux avenants pour l’asseoir sur les montants facturés aux opérateurs, même s’ils n’ont pas été effectivement recouvrés par l’ARTP’’.

Il s’y ajoute que ‘’les mois de 31 jours sont pris en compte, ce qui a conduit à relever la rémunération de MTL’’ compte non tenu que ‘’possibilité est donnée à MTL de demander des acomptes sans aucune garantie sur chaque facture émise par ses soins‘’.

L’autorité de régulation ajoute que la société ‘’n’a pas exécuté ses obligations, bien que celles-ci lui soient excessivement avantageuses’’. A titre d’exemple, ‘’MTL ne peut pas affirmer de façon irréfutable avoir acquis les équipements de contrôle nécessaires’’.

‘’En définitive, fustige l’ARTP, MTL n’a pas respecté son obligation générale +de doter l’autorité [de régulation des télécommunications] de moyens technologiques requis, de l’expertise adéquate pour superviser, contrôler le trafic international entrant, lutter contre la fraude et connaître le volume du trafic international entrant au Sénégal+ comme le stipule l’article premier de son contrat.’’

L’ARTP souligne qu’‘’en dépit de cela, elle a bénéficié de paiements injustifiés s’élevant à un montant total de 3,07 milliards de francs CFA pour les seuls mois de décembre 2011 et janvier 2012’’.

Sur un autre plan, le communiqué fait état de ‘’conflits d’intérêts entre MTL et certaines autorités dans le cadre de la conclusion du contrat ARTP/MTL’’.

‘’En plus du contrat qui lie sa société à l’ARTP concernant les appels entrants, relève le communiqué, le Directeur général de MTL a été nommé par les autorités comme membre du Comité de gestion du Fonds de développement du service universel des télécommunications (FDSUT), administré par le Directeur général de l’ARTP et chargé d’approuver les programmes pouvant bénéficier de l’appui dudit fonds’’.

‘’MTL a été attributaire, sans contrepartie financière pour l’Etat, d’une autorisation d’opérateur d’infrastructures avec un cahier des charges lui permettant, en réalité, d’être un véritable opérateur pouvant offrir des services au public, avant que le décret d’approbation ne soit abrogé par les nouvelles autorités’’, rapporte le communiqué.

Le Directeur général de l’ARTP avait signé avec le Directeur général de MTL un contrat d’assistance, le 15 décembre 2011, suivi de deux avenants datés des 22 décembre 2011 et du 5 janvier 2012.

APS

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COMMENTAIRE – Même vision ?

Une analyse croisée des positions du président Macky Sall et celles des cadres du Sycas(Syndicats des cadres de Sénélec), ce mardi 1er mai 2012, laisse apparaître une convergence de vues intéressante sur la situation et la gestion de Senelec.

Les déclarations du président Macky Sall, hier mardi 1er mai 2012, coïncident étrangement avec la sortie des cadres de Senelec réunis au sein du Sycas(Syndicats des cadres de Sénélec) et qui ont marqué la journée du 1er mai avec un point de presse. Ces derniers sont ainsi revenus sur beaucoup de points évoqués dans leur document-contribution du 15 avril dernier et relatif à la gestion de Senelec et du sous-secteur de l’électricité. Une analyse croisée des deux visions laisse ainsi entrevoir des changements notoires dans la gestion de Senelec.

Lorsque les cadres du Sycas rappellent que « l’arrêt momentané des délestages est simplement dû à la location de groupes à des coûts très onéreux », le président Macky Sall déclare qu’« Il nous faut sortir de la location de ces groupes qui nous coutent chers ! »

Faut-il rappeler que la location de ces groupes procède d’un plan d’urgence appelé Plan de restructuration et de relance du secteur de l’énergie sur la période 2011-2015, élaboré et dénommé “Plan TAKK.AL”… Un plan qui a mobilisé des ressources publiques colossales au profit du Fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie(Fse) et qui, aux yeux des cadres du Sycas, n’a non seulement pas donné satisfaction, mais exige une participation financière de Senelec à hauteur de 12 milliards par mois « au moment où cette dernière fait face à des dépenses d’exploitation, de fonctionnement et de maintenance urgentes ». La Senelec vivrait ainsi au-dessus de ses moyens, selon le président de la République au moment où les cadres du Sycas estiment que Senelec « traine depuis plus de 20 ans, une crise managériale, symbolisée par la faiblesse et l’instabilité de la direction générale, le manque de leadership de la plupart des DG successifs et l’absence de pouvoirs dévolus aux directeurs d’unité d’une part et d’autre par l’interventionnisme de la tutelle qui agit même jusqu’au niveau de la gestion quotidienne de l’entreprise ». De quoi donner du grain à moudre au président Macky Sall qui envisage de ramener la société à son autonomie de gestion, « exerçants ses fonctions dans les limites du droit national et de l’OHADA. »

Cela s’avère être une nécessité si l’on considère que cette prégnance de la tutelle sur le fonctionnement de la société que le Président Macky Sall décrète « terminée », entraînerait, aux yeux du Sycas, entre autres, une instabilité organisationnelle avec des changements intempestifs de DG (8 DG en 10 ans) et une remise en cause perpétuelle de l’organisation structurelle de l’entreprise au gré des changements de DG ; Une absence de pouvoir réel de décision des DG avec comme conséquence un pilotage à vue de la société et des instructions reçues de la tutelle parfois au détriment des intérêts de l’entreprise ; Un affaiblissement du top management (absence de pouvoir réel, défaut de responsabilisation) dans la gestion des activités de son unité et de ses collaborateurs.

C’est dans cette même question de la gouvernance que le Sycas dénonce le décret N°2011-111 du 24 janvier 2011 confiant à l’APIX la prérogative de « la réalisation, la mise en oeuvre et le suivi des investissements structurants de renforcement des capacités dans le secteur de l’énergie, notamment dans le sous-secteur de l’électricité, par l’augmentation des capacités de production d’énergie électrique ». Ce décret, confient les cadres de Senelec, prive SENELEC d’une fonction fondamentale et nous demandons son abrogation d’autant plus qu’APIX, qui est obligée de recourir à notre expertise à chaque étape du processus de passation de marché, se contente d’habiller les dossiers traités par les experts de Senelec.

La situation financière de l’entreprise qui déjà, fait face à un besoin immédiat de 65 milliards « pour que la production ne s’arrête pas », selon le chef de l’Etat, vient corser le tableau noirci par un déficit de trésorerie équivalant au montant du stock d’arriérés fin décembre 2011 de 172 milliards et qui a été réduit pour se stabiliser à 153 milliards à fin février 2012.

Il ressort de cet état de fait une convergence de vues entre les nouvelles autorités et les cadres de Senelec qui prouve bien qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le fonctionnement de l’entreprise dont le contrat de concession le liant à l’Etat est allègrement violé. Cependant, il faudra certainement au préalable, passer l’aspirateur au niveau du Sutelec qui, tout le monde le sait, est un obstacle à toute reforme car incapable de consentir un sacrifice pour l’intérêt national.

Sud Quotidien

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La présidence de la Banque mondiale doit revenir aux pays émergents

Depuis Bretton Woods, un accord tacite entre Américains et Européens veut que le directeur exécutif du Fonds monétaire international (FMI) soit européen et le président de la Banque mondiale américain. Il n’y a jamais eu de dérogation à cette règle, ni à l’opacité de la procédure de désignation des dirigeants de ces deux organisations.

Les choses ont cependant commencé à changer. En réponse à une demande du G20 pour une procédure de sélection plus ouverte, le conseil exécutif de la Banque a établi de nouvelles règles au printemps qui recommandaient que le choix du conseil s’effectue dorénavant sur la base d’une longue liste de candidats résultant d’un processus transparent de nomination. Et, effectivement, pour la première fois dans l’histoire de la Banque, les administrateurs vont devoir se prononcer dans les jours qui viennent sur une liste de trois candidats qu’ils auront préalablement auditionnés.

On s’éloigne ainsi des nominations précédentes où le gouvernement Bush avait imposéRobert Zoellick, et avant lui, Paul Wolfowitz, de façon unilatérale. Il n’en demeure pas moins que la procédure suivie cette année reste encore insatisfaisante. Trois candidats, tous trois des professionnels du développement, ont été identifiés.

Mais ils l’ont été par des gouvernements, en partie sur la base de leur nationalité et surtout sans référence explicite à des critères selon lesquels il paraît raisonnable de choisir un président et qui devraient refléter les défis auxquels se trouve confrontée cette institution.

La personne qui sera nommée à la tête de la Banque doit être capable de traiter les problèmes propres à l’institution mais aussi de promouvoir des approches nouvelles des questions de développement économique et humain auxquelles sont confrontés les pays en développement, des plus pauvres d’entre eux aux économies émergentes les plus dynamiques. Elle doit savoir lever des fonds auprès des bailleurs et sur le marché international des capitaux, arbitrer les questions de biens publics mondiaux, conseiller les pays membres au plus haut niveau, et gérer une organisation et un personnel important. Elle doit aussi être un fin politique, un bon communicant, savoir prendre des décisions courageuses, écouter et travailler avec ses équipes, et inspirer la confiance par sa connaissance du développement.

Qualités exceptionnelles

Les trois candidats en lice répondent à plusieurs de ces critères. Chacun peut contribuer à sa manière à la mission de la Banque. L’Américain Jim Yong Kim, le candidat proposé par les Etats-Unis, a l’expérience de l’Organisation mondiale de la santé et de la présidence de la prestigieuse université Dartmouth College (New Hampshire), et surtout une expérience unique dans le développement des services médicaux pour les plus pauvres. Le Colombien José Antonio Ocampo, initialement un chercheur économiste, est un expert reconnu du développement en Amérique latine et ailleurs dans le monde.

Il a été ministre des finances en Colombie avant d’être secrétaire général de la Commission des Nations unies pour l’Amérique latine, puis secrétaire général adjoint des Nations unies. Ngozi Okonjo-Iweala, originaire du Nigeria, combine l’expérience du développement dans un grand pays africain, où elle a tenu brillamment plusieurs postes ministériels, et au sein de la Banque mondiale, où elle a travaillé à tous les niveaux de la hiérarchie. Elle pourrait en être la première femme présidente.

Les choix sont toujours difficiles. Mais on ne peut nier que Mme Okonjo-Iweala est exceptionnelle au titre d’un grand nombre des critères évoqués. Dans la période délicate que traversent nombre d’économies nationales, au milieu des divers contrecoups de la crise, face à la restructuration en cours de l’économie mondiale, son expérience des questions de développement, sa pratique de la gestion des projets de développement dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’éducation ou des infrastructures, son intime connaissance de la Banque elle-même et des façons d’en améliorer l’efficacité sont des atouts considérables. Elle pourrait bien être la présidente dont la Banque, mais surtout le monde, a besoin.

Les autres candidats ont eux aussi des qualités exceptionnelles qui devront être prises en compte. A quelques jours de la décision, il faut insister sur le fait que seules ces qualités, plutôt que les nationalités, doivent importer pour préserver la légitimité de la décision finale.

Bien sûr, les Américains et les Européens ont la capacité d’imposer leur choix grâce au poids qu’ils ont dans le vote. Ils peuvent ainsi perpétuer le partage des présidences des institutions de Bretton Woods qu’ils ont imposé depuis près de soixante-dix ans. Peut-être le feront-ils. Mais ils doivent réaliser que la mondialisation et l’émergence de nouvelles puissances économiques ont profondément changé la donne.

Poursuivre dans la seule logique de leurs “petits arrangements” antérieurs et refuser la transparence qu’ils ont eux-mêmes tant prônée ne peut, à terme, que nuire à l’efficacité d’une institution-clé pour une mondialisation maîtrisée au bénéfice de tous.

Le Monde

Par François Bourguignon, Jean-Louis Sarbib, anciens premiers vice-présidents de la Banque mondiale

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L’emploi est bien la question focale

Au moment de sa prise de fonction, le Président Macky Sall doit se souvenir que le Sénégal indépendant a déjà plus d’un demi-siècle et n’a pas encore résolu l’équation du développement.

Il doit se rappeler que depuis les indépendances, les dirigeants de notre pays n’ont pas su régler les contradictions de notre économie encore caractérisée entre autre par :

- un secteur agricole globalement dépendant de la pluviométrie,
- un secteur secondaire encore sous l’emprise néfaste de la crise de l’énergie et de la forte insertion non maitrisée du Sénégal à l’économie mondiale,
- un secteur tertiaire fortement dépendant du commerce de produits importés,
- une désarticulation entre les secteurs de l’économie nationale,
- des infrastructures ne prenant pas en compte le nécessaire désenclavement national,
- une politique sociale d’assistanat loin d’une démarche d’insertion dynamique,
- un fort endettement de l’État assorti d’une gestion malsaine des ressources publiques,
- une absence d’une véritable stratégie politique d’emploi de masse.

Le nouveau Président sait qu’une bonne politique de développement national doit d’abord s’articuler autour de la résorption du chômage raison pour laquelle son programme Yoonu Yokkute en a fait un axe majeur avec une vision moderne de la question de l’emploi à articuler autour de projets massifs dans des secteurs pouvant tirer le développement national

En vérité, dans la situation actuelle du Sénégal, l’État ne peut pas donner dans la fonction publique des emplois massifs au plus grand nombre. Le secteur privé national actuel aussi ne peut pas prendre le relais globalement en absorbant tout le monde. Le secteur dit informel commerçant n’est pas la solution globale miracle qui caserait toutes ces personnes dans le dédale de nos villes.

Notre rapport à l’emploi au Sénégal procède d’un grand malentendu de l’État employeur, de l’entreprise recruteuse ou de la débrouille individuelle prometteuse. Aujourd’hui, dans le subconscient surtout juvénile, le rêve se limite à venir à Dakar se débrouiller le temps d’émigrer pour revenir régler les problèmes de la famille élargie. Ce rêve le plus souvent se transforme en mirage ou en cauchemar. Ce rêve d’Occident en soit est accentué par le fait qu’en face, l’État n’offre pas d’autres perspectives intelligentes d’occupation des populations dans des cadres économiques viables. Aujourd’hui, les jeunes doivent savoir que l’Occident en crise n’est plus une terre d’accueil. Nous pouvons travailler dans ce pays et nous y épanouir à condition que l’État aussi prenne le taureau par les bonnes cornes.

Pour casser ce schéma, l’État doit inverser le rêve en créant des cadres privées de coopérative regroupant des personnes qui trouveront un intérêt direct au travail collectif.

Les facteurs bloquant doivent être étudiés et les mécanismes mis en place tant en amont qu’en aval pour permettre l’éclosion des intelligences dans un cadre global planifié et soutenu. Il nous faut passer par cette phase pour demain créer une base privée nationale qui tissera sa toile pour le développement intégral.

Des expériences ratées du genre ont été tentées à travers des structures comme le FNPJ (Fond national de promotion des jeunes) et l’OFEJBAN (Office pour l’emploi des jeunes de la banlieue).Avant ces programmes d’autres actions avaient aussi échoué comme « l’opération maitrisards ».

Les leçons du manque de pertinence de ces expériences doivent être tirées pour s’orienter résolument vers des projets collectifs à gestion plus démocratique à travers par exemple un schéma de coopérative privée rémunérant elle-même ses propriétaires à accompagner pour à terme aller dans une autonomie totale.

Le rôle de l’État sera d’abord d’identifier avec les acteurs les secteurs porteurs qui doivent faire l’objet d’une large diffusion. L’État doit aussi créer un cadre institutionnel souple pour permettre l’éclosion du modèle de coopérative privée à l’échelle nationale en l’articulant au schéma économique global de développement autocentré sur nos ressources propres. À ce titre l’agriculture, la pêche, l’élevage et l’artisanat pourraient servir de rampe de lancement du modèle. Les problèmes liés au financement transparent des coopératives privées doivent également être pris en compte dans la réflexion et l’action. Les avis de tous les acteurs doivent être pris dans le cadre d’une sorte d’états généraux de la coopérative privée.

Concrètement ce modèle d’emploi de masse et de promotion de l’initiative privée collective pourrait être mis en place selon l’agenda ci-dessous :

- lancer au niveau national les assises de la coopérative privée,
- mettre sur pied un ministère chargé des coopératives privées,
- mettre en œuvre les conclusions de ces assises,
- articuler ce modèle à l’acte uniforme de l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) relatif au droit des sociétés coopératives,
- prévoir dans le budget national une part importante pour ce schéma stratégique,
- s’appuyer sur les initiatives financières collectives actuelles pour mettre en place un modèle de financement et de garantie de la coopérative privée,
- démarrer une phase test de dix mille coopératives privées dans le secteur agricole,
- évaluer la phase test,
- généraliser le modèle aux autres secteurs de l’économie nationale,
- mettre en place un schéma passerelle entre le modèle de coopérative privée et la grande entreprise.

Ce modèle n’est pas la baguette magique qui nous fera sortir du chômage global. Il y aura des imperfections. Il s’agira de corriger et de peaufiner le modèle qui nous semble être la voie la mieux indiquée face aux faux espoirs des sources traditionnelles d’absorption du chômage. C’est un modèle salutaire d’auto prise en charge et de résolution du chômage de la grande masse qui a besoin d’une formation, d’un financement et du suivi des projets mis en œuvre. Le rôle de l’État est incontournable dans ce dispositif.

Les populations ont besoin d’être mises dans des conditions optimales d’auto-prise en charge progressive à travers surtout des formes d’organisation de type coopératives privées ; une autre piste qui n’a pas été assez explorées à cause d’une vision trop classique des recettes du développement.

La forme coopérative devrait répondre au double souci de décentralisation et de responsabilisation des populations. Ce chantier là-essentiel de la vision coopératrice privée a besoin, pour son lancement global, du concours de l’État central et des structures décentralisées. A terme, ce modèle permettra d’élargir la base entrepreneuriale nationale dans le prochain cinquantenaire. Un fort taux du budget national ainsi que celui des collectivités locales doivent être alloués à cette démarche stratégique globale qui devra s’articuler autour de cinq régions économiques qui pourraient être par exemple :

- le nord à vocation rizicole et pastorale,
- le centre orienté vers les cultures intrants pour l’industrie alimentaire,
- l’ouest pour la pêche, le tourisme et certains services de pointe,
- l’est spécialisé surtout dans le sous-secteur minier,
- le sud, grenier du pays et zone céréalière et fruitière.

Une multitude de coopératives privées de production, de services et de commercialisation adossées à la vocation de ces zones économiques pourraient régler le problème de l’emploi, de la croissance, du déficit des ressources publiques, bref du développement national. Avec un budget d’au moins 2000 milliards de FCFA par an, il suffit que l’État fasse l’effort de serrer son train de vie pour dégager une somme assez consistante pour ce projet (par exemple, 10% soit 200 milliards). Avec 200 milliards, c’est au moins 40 000 projets financés à hauteur de 5 millions par projet. Il suffit que chaque projet regroupe 5 personnes pour occuper 200 000 personnes directement. Avec toute la gabegie ambiante, nous pouvons bel et bien trouver des niches pour dégager 200 milliards par an pour ce projet salutaire dans lequel le système bancaire et les collectivités locales seront associés.

Il ne s’agira pas de jeter de l’argent par la fenêtre sans préalable comme la formation et l’encadrement. L’idée est noble. Il faudra juste la développer en tirant les leçons des échecs passés des différents programmes et initiatives. Aujourd’hui, les préalables à ce vaste chantier sont :

- la démocratisation de l’accès à la terre,
- la facilitation de l’accès au financement,
- la formation suivant l’approche par compétence
- une bonne politique de consommation locale

Cette vision coopérative ou coopératrice n’est pas un simple projet politique. C’est plus large. C’est une question de remise en cause d’une élite qui doit faire preuve de plus d’humilité et n’avoir qu’une vision globale de la souffrance collective à corriger dans un monde qui est et qui sera de plus en plus égoïste.

Les élites d’aujourd’hui et de demain doivent savoir qu’une nation a besoin, pour accepter les sacrifices souvent nécessaires, d’adhérer à un projet clair, géré par des hommes et femmes ayant une claire conscience de la mission publique.

Le rôle de l’élite au pouvoir sera surtout de lutter contre les prédateurs des valeurs démocratiques organisés le plus souvent en oligarchies, cette forme de « despotisme anonyme effroyable et plus difficile à renverser que le pouvoir personnel aux mains d’un bandit » comme l’écrit Arthur Arnould dans L’État et la révolution.

En clair, l’élite au pouvoir a besoin de la vigilance de tout le peuple pour rester dans le sillage de la vertu. Autrement, guette la trahison de l’intérêt collectif au profit des oligarchies.

C’est en cela que l’avis dynamique de tous les associés en République est d’une importance capitale pour les chantiers de la nation.

Quel Sénégal toute de suite et demain ?

La réponse à cette question dépendra de l’implication constante des citoyens dans les choix majeurs de recherche consensuelle de la souveraineté économique et sociale.

La réponse dépendra aussi du choix des leaders.

Choisir c’est renoncer d’abord. C’est-à-dire exclure ces leaders qui n’ont pas la vision peuple. Dieu sait qu’ils sont nombreux ces prétentieux qui oublient que « L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre. » comme disait le chef d’orchestre autrichien Herbert Von Karajan.

Les citoyens doivent peser pour que reste, demeure et ne meurt la République. Nous avons toutes et tous un mot à dire tout de suite sur le visage du Sénégal pour les prochaines années. Plus qu’un mot, nous avons une remise en cause et des actions à faire aussi maintenant pour anticiper sur les difficultés d’un monde qui sera de plus en plus égoïste.

Nous devons tout de suite savoir que seule une bonne stratégie globale et bien comprise par toutes et tous nous fera faire les pas importants et nécessaires vers le développement véritable.

Nous devons mener les vrais débats sur les questions vitales pour le Sénégal et l’Afrique. Ces débats-là de fond sont plus importants que toute autre considération crypto personnelle de simple casting des élites. Nous devons agir tout de suite pour demain. Demain, c’est déjà aujourd’hui et il se fait tard. Un Sénégal plus juste est possible dans la paix et la concorde, mais aussi dans le respect de la dignité des citoyens qui ne doivent plus être considérés comme de simple électeurs donnant un avis à chaque scrutin en laissant les hommes et femmes politiques faire ce qu’ils veulent en toute opacité. L’autre Sénégal possible sera nécessairement une maison de verre qu’aucun subterfuge ne pourra obscurcir.

Ce Sénégal-là est irréversible et il vaut (bien plus qu’un débat). Bonne chance au Sénégal et au Président Macky qui a la chance d’être né après les indépendances et d’avoir eu un parcours social de forte perception des enjeux collectifs.

Le FONGIP contenu dans le programme du Président Macky Sall peut s’articuler dans cette vision coopératrice privée pour changer le visage du Sénégal. C’est une chance d’avoir un Président jeune. C’est aussi une chance pour le Président de compter sur un peuple intelligent. Mais une chance ne vient pas seule, on la saisit.

La question focale de l’emploi est une chance à saisir tout de suite dans le cadre de la redéfinition des ordres de priorités annoncées par la candidat, puis le Président Macky Sall.

Mamadou NDIONE Président Mouvement SMS 2012 Economiste-Ecrivain-Logisticien Mandione15@gmail.com

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CONTRIBUTION : Le plan TAKKAL a permis de prendre en charge les besoins nouveaux du secteur de l’énergie

Le plan TAKKAL à permis de mettre fin aux délestages que notre pays a connu depuis bientôt deux décennies. Le service de la distribution de l’énergie électrique s’est en effet résolument inscrit dans une perspective d’amélioration continue de la qualité de ses prestations qui met les clients de la SENELEC à l’abri des désagréments qu’ils vivaient pendant plusieurs heures dans un passé ressent .

Ces résultats ont permis en même temps de relancer l’activité économique et la performance des entreprises de notre pays. En raison de sa pertinence et de sa cohérence le plan TAKKAL a très vite bénéficié de la confiance des partenaires au développement du Sénégal qui ont accepté, en moins de trois mois, de mobiliser plus de 90% du financement requis .

Actuellement en cours d’exécution, il continue à répondre aux objectifs fixés suivant la programmation des projets qui y sont inscrits et qui obéissent aux dispositions légales et réglementaires en vigueur dans notre pays. Depuis la mise en œuvre du plan, le Sénégal dispose régulièrement d’une marge de production qui varie de 100 à 120 MW environ tous les jours. C’est ainsi que dans la journée du 13 mars 2012 la situation de l’exploitation se présente comme suit :

- Puissance disponible: 466 MW
- Prévision au niveau de la demande : 317 MW
- Marge : 129 MW

En raison de son caractère dynamique , le plan TAKKAL a permis de prendre en charge au fur et à mesure les besoins nouveaux du secteur, dans la cohérence . C’est ainsi que le plan d’urgence distribution, d’un cout de plus de 5 milliards CFA, a constitué un projet complémentaire au plan TAKKAL pour rénover une partie du réseau de Dakar et sa banlieue qui date d’avant l’indépendance.

L’intérêt de ce programme étant d’améliorer la capacité de desserte et de sécuriser la distribution de l’énergie électrique à Dakar.

Il faut ajouter le retour progressif des groupes du parc de production de réhabilitation des unités de production de SENELEC sur toute l’étendue du territoire national et qui va permettre de mettre fin à la location de groupe du privé APR.

Les amis de KARIM WADE félicitent le DG de la SENELEC SEYDINA ISSA KANE et son équipe de leur travail bien fait. Les amis de KARIM WADE félicitent SERIGNE CHEIKH BETHIO THIOUNE pour son appui très considérable sans oublier la dame de fer le ministre d’ETAT AIDA MBODJI avec (ma carte ma caution).

Aujourd’hui la capacité de mobilisation exceptionnelle du maire de Bambey Aida MBOJI sur l’étendu du territoire n’est plus à démontrer, grâce à elle, la région de Diourbel et environ sont déjà bleu à 98%.
Les amis du ministre d’ETAT KARIM WADE demandent à Abdou Latif COULIBALY de féliciter le plan TAKKAL qui est une réussite nationale au lieu de passer son temps à le saboter.
La convergence des amis du ministre d’ETAT KARIM WADE s’engage à réélire GORGUI au soir du 25 mars 2012.

El Hadji DIA
Coordonateur national de la
Convergence des amis du ministre d’Etat Karim WADE

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Google Sénégal: Tendances de recherche annuelle sur Internet au Sénégal en 2011

Facedakar, Facebook et les écouteurs Beats en tête

Selon  Google Insights,  un outil  de Google qui permet d’avoir des données et des tendances de recherche globale, régionale ou locale, le site internet Facedakar est en tête  du top 10 des recherches  qui ont le plus progressé au Sénégal en 2011. Facedakar est suivi des « pages jaunes » (2e)  et de « translate (3e). Leral.net et seneweb sont aussi dans le Top 10. Facedakar en tête et la présence  des portails d’infos comme Leral.net, Seneweb et Rewmi démontrent que les Sénégalais utilisent de plus en plus Internet pour s’informer mais leur préférence va d’abord à l’information people.

Les recherches les plus populaires en 2011

Facebook,  Monster Beats et Wade en tête

Pour les recherches les plus populaires en 2011,  Facebook est en tête. On note aussi dans le Top 10, « télécharger » et « jeux » qui indiquent une appropriation ludique d’Internet par les jeunes qui l’utilisent pour télécharger des jeux. Youtube et les portails comme Google, Hotmail et Yahoo complètent le Top 10.

Pour les recherches d’images en 2011, les écouteurs haute définition MONSTER BEATS lancés par le rappeur Docteur Dre arrivent en tête devant Lil Wayne Messi et Modou Lo.

En matière de popularité pour les Politiques  sur Internet Wade arrive tête suivi de  Idrissa Seck.

En plus de nous donner des informations sur les tendances de recherches au Sénégal, Google a conçu le “Zeitgeist” qui permet aussi de savoir les tendances au niveau mondial. Vous pouvez avoir le Top 10 des recherches les plus rapides et les plus populaires dans plus de 50 pays sur le site que Google a dédié au Zeitgeist sur http://www.google.com/intl/en/press/zeitgeist2010



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Une Solution Sénégalaise à la Crise Financière Européenne

La crise financière en Grèce et dans d’autres pays européens qui continue de mobiliser toutes les énergies des leaders de l’union européenne n’a toujours pas trouvé une solution durable malgré les nombreux arrangements formulés.  Au moment où l’Italie et le Portugal sont menacés de faillite économique, la solution à la crise de la zone euro pourrait venir de l’Afrique avec une solution inspirée de la dévaluation du franc CFA de 1994.

Dr. Abdourahmane Sarr, économiste sénégalais, déjà connu pour son engagement pour le financement du développement local au Sénégal,  vient de proposer en collaboration avec Dr. Biagio Bossone une solution audacieuse à l’inquiétante crise financière rampante qui secoue la Grèce et d’autres pays européens depuis plusieurs mois.

En effet, dans un article intitulé « «Greece Can Devalue AND Stay in the Euro »,   paru  sur le site de allafrica.com[1] et  publié dans le célèbre blog de l’économiste Roubini[2], Drs. Sarr et Bossone proposent une dévaluation de la monnaie en comptes bancaires en Grèce qui permettrait de réaliser à la fois l’ajustement budgétaire et externe comme cela a été le cas du FCFA en 1994.  Il s’agit selon les auteurs, d’établir un taux de change dévalué (par surprise pour prévenir le rush) ou flottant entre les dépôts en comptes bancaires des résidents locaux et la base monétaire commune en euro des différents pays européens qui font face à des problèmes d’ajustement budgétaire et extérieur. Les dépôts bancaires dévalués à tous les égards constitueraient une nouvelle monnaie complémentaire à l’euro. Une dévaluation surprise de ces comptes vis-à-vis de l’euro, tout en permettant au pays subissant la dévaluation de rester dans la zone euro, aura l’avantage d’augmenter le niveau des prix intérieurs exprimés dans la nouvelle monnaie, d’augmenter les recettes fiscales nominales dans cette monnaie, et de réduire les déficits budgétaires sans contraction des dépenses puisque ces dernières ne seraient pas autorisées à augmenter proportionnellement à la dévaluation pour les nouveaux contrats de dépenses qui ne seront pas en euro.  La solution proposée découle d’un nouveau regard sur la compréhension que l’on a de la fonction de la monnaie comme moyen de paiement dans nos systèmes bancaires modernes où il y a une dualité complémentaire entre la banque centrale et les banques commerciales qu’elle accompagne.

Les dépôts bancaires – comme moyen d’échange- sont complémentaires à la base monétaire.  Jusqu’à ce qu’il y ait règlement de paiements et de chèques entre banques à la banque centrale, et donc en base monétaire, l’argent en comptes bancaires est juste un moyen d’échange par convention. C’est également  par convention (ou en raison d’une décision) qu’il n’y a pas de taux de change entre la monnaie de base et l’argent en dépôt, ou mieux que les dépôts bancaires et la base monétaire s’échangent à parité, la banque centrale se tenant prête à fournir aux banques solvables contre garanties éligibles, la monnaie centrale dont elles pourraient avoir besoin. En réalité, il n’y a pas de raison irrévocable pour laquelle cet état de fait doit rester ainsi. Dans un pays faiblement bancarisé une monnaie complémentaire locale pourrait même être introduite avec les mêmes possibilités de fluctuation de change avec la monnaie nationale afin de réaliser le potentiel économique des communautés de base.

Cette solution technique inspirée  de la dévaluation du FCFA, contraste avec celles  proposées par les pairs européens de Papandréou et impopulaires aux yeux du peuple et qui n’arrivent pas à stimuler la  croissance.

Interpelé sur sa contribution, Dr. Sarr avance que sa proposition n’est pas nouvelle.  Il s’agit pour le cas présent de l’adapter au contexte de l’union monétaire à laquelle appartient ce pays. D’éminents économistes ont proposé une dévaluation tendancielle de monnaies en comptes bancaires pour opérationnaliser la mise en œuvre de taux d’intérêts négatifs par les grandes banques centrales dans le contexte actuel de crise mondiale.

Dr. Sarr sponsorise le Centre d’Etudes pour le Financement du développement Local (CEFDEL) et fait un plaidoyer actif pour l’introduction de monnaies régionales, complémentaire au franc CFA pour régler le problème du financement du développement local au Sénégal ( www.cefdel.org).

Contributions

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Les agences de notation sont le symptôme d’un mal profond

Comment se fait-il que certains initiés aient été avertis dès vendredi en début d’après-midi et à travers Twitter que l’agence Standard & Poor’s abaisserait la notation des Etats-Unis ?

Et comment interpréter la chute violente des bourses tout au long de la semaine dernière autrement que par le biais de messages électroniques reçus en début de semaine par certains grands fonds spéculatifs ayant bien profité de cette opportunité de vendre agressivement à découvert parce que avertis à l’avance de cette décision ? De fait, les rumeurs vont bon train sur Internet quant à la décision de S&P de dépouiller les Etats-Unis de leur “AAA”. Tout comme la dérision et l’ironie vis-à-vis d’un institut qui avait complètement loupé la bulle immobilière en 2007…

Quelle différence pourtant avec ces mêmes maisons tout à la fois compétentes et circonspectes du début des années 1990, précisément parce qu’elles se cantonnaient au business très spécifique de la notation des obligations émises par les entreprises. Cet univers feutré des agences de notation – qui, à l’époque, analysaient et pesaient scrupuleusement toutes les données avant de dégrader – ne tranche-t-il pas avec leur activisme insupportable d’aujourd’hui et ce alors même (et d’autant plus) que leurs critères pour juger de la notation des dettes souveraines sont pour le moins vagues et sans substance ? Comment s’en étonner du reste puisque leur mission originelle ne fut pas de noter la solvabilité des nations et comment diantre le pourraient-elles avec seulement 100 analystes (chez S&P par exemple) responsables d’étudier et de décortiquer les comptes de 136 pays… ?

Belle réussite à la vérité pour des agences passées complètement à côté du montage abracadabrantesque des subprimes qui ne se privent pas aujourd’hui de faire étalage de leur pouvoir en décernant mauvais points et doctes avertissements non seulement à de pauvres petites nations comme la Grèce mais à des géants comme les Etats-Unis d’Amérique. Pourtant, il semblerait bien qu’elles cherchent aujourd’hui à masquer leur incompétence et leur inexpérience à noter les dettes souveraines derrière des jugements politiques ne faisant vraiment pas partie de leurs mandat ou attributions.

Relisons à cet effet le communiqué de presse de S&P rendu public samedi 6 août et imputant cette perte du “AAA” à des “institutions politiques” américaines ayant “faibli” dans leur détermination à lutter contre les problèmes budgétaires. Autrement, le vénérable institut S&P ne craindrait pas tant la capacité du pays à rembourser ses dettes, il ne mettrait pas tant en cause la solvabilité des Etats-Unis que leur “volonté” de s’atteler à remédier aux déficits… !

Ce faisant, S&P couvre ses arrières car sa crédibilité serait totalement perdue si, ayant maintenu intacte la notation AAA, les ennuis américains devaient s’accentuer tandis que cette dégradation aurait fait l’effet d’un “choc salutaire” si les finances du pays venaient à se redresser… Ainsi, les agences de notation jouent-elles comme “sur du velours” – gagnantes à tous les coups- et sans devoir endosser une quelconque responsabilité par rapport au couperet de la baisse de notation d’une dette souveraine. Sans négliger bien-sûr leurs diagnostics à forte coloration politique dont s’emparent les adversaires de l’administration démocrate en place puisque le probable candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney saisit la balle au bond et assimile la perte du AAA de son pays à la “dégradation de la présidence Obama”…

Comment en est-on arrivé là ? Ces tous puissants instituts qui s’invitent – voire qui infléchissent – les débats politiques, ces agences dont les avis font autorité auprès des Etats et des gouvernements et non les moindres, ne sont en réalité que le symptôme d’un mal bien plus profond : le remplacement de l’Etat-nation par l’hégémonie du marché ! Partant en effet du principe que seuls la création de richesses et les profits sont dignes d’intérêt, la philosophie de l’homme prévalant en ce début de XXIe siècle sacralise tout ce qui est susceptible – comme les agences de notation – d’appréhender les marchés tout en bridant le pouvoir étatique. Les gouvernements se doivent donc d’être réduits à leur portion congrue, sauf bien-sûr lorsqu’ils sont appelés à la rescousse pour sauver les établissements financiers…

Pourtant, après quatre ans de crise financière et de marasme économique intenses, il devient vital de changer de paradigme. Le retour à la référence “Etat” redevient de salut public.

Le Monde

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Qui paie pour les notations des Etats?

Le débat qui fait rage sur la nature, la responsabilité et l’opportunité des notations souveraines peut être avantageusement éclairé par une analyse réaliste du mode de rémunération de ces notations.

Au départ, les notations visaient les obligations des entreprises et des banques. Dans les années 70, Moody’s en particulier a développé un activisme visant à  étendre cette notation aux Etats souverains et aux nombreux émetteurs publics d’euro-obligations, tels la Banque Mondiale ou la Banque Européenne d’Investissement.

J’étais à l’époque en charge du consortium des émetteurs des obligations du Royaume de Belgique. Je me souviens de la démarche, qui fut abondamment critiquée et à laquelle bon nombre d’Etats ont hésité à souscrire.

Pour convaincre les Etats, les agences de notation ont exercé une forme de chantage visant à dire aux Etats récalcitrants que Moody’s qu’elles iraient de l’avant quelle que soit la décision de l’Etat et qu’il était de l’intérêt de celui-ci de « coopérer » plutôt que de se voir imposer une notation.

La théorie veut que cette notation était requise par les investisseurs. Ce n’est pas entièrement faux, mais les vrais commanditaires des agences de notation sont les banques qui dirigent ces émissions. Pendant des décennies, les investisseurs se basaient sur les estimations des banques qui effectuaient d’ailleurs un examen approfondi du crédit de l’émetteur. La notation était un  moyen facile de ne plus devoir effectuer ces analyses onéreuses.

Lors de la crise financière, on se souviendra que les banques d’affaires se sont basées sur des notes AAA pour des obligations qui rassemblaient des crédits hypothécaires, notamment sub-primes. Dans ce cas, elles sont allées jusqu’à « fabriquer » des actifs financiers dont elles savaient qu’ils étaient défectueux et ce petit ménage à deux a envahi les marches de produits qui devaient faire exploser la crise financière des 2007. La Bank of America vient de transiger avec ses clients pour 8,3 milliards de dollars.

Dans le case des risques souverains, ce sont les mêmes banques d’affaires qui se ont mis en les agences de notation auprès des Etats leur précisant que, sans notation, le coût de leurs emprunts serait supérieur.

A la clé de cette manipulation et de ce chantage des banques, on aurait pu croire que les investisseurs, ou à tout le moins les chefs de file des émissions, paieraient pour ce service qui leur permet de ne pas avoir a se préoccuper du crédit des Etats et de le confier aux agences de notation, trop contentes d’obliger.

C’est compter sans les moyens de pression de ces banques. On a donc réussi à faire payer par les Etats des notations en leur vendant le fait que cela réduisait leurs couts d’émission.

La collusion entre l’absence d’analyse de crédit par les banques et les bénéfices des agences de notation a produit le système parfait que nous connaissons aujourd’hui.

Avant même d’imaginer des réformes de fond, il serait intéressant que le G7 décide que les Etats qu’ils représentent  cessent de financer un système qui les prend au piège d’évaluations qui ont prouve leur nuisance depuis quelques mois. La Commission européenne, en la personne du commissaire français Michel Barnier, pourrait ajouter cet élément à la directive qu’il prépare.

Comme les investisseurs institutionnels ne paient jamais pour ce genre de service et, même pour des analyses financiers, rémunèrent les auteurs en leur transmettant des ordres de transactions (les « soft dollars, devenus illégaux aux Etats-Unis), ce sera aux banques d’affaires dirigeant ces émissions de prendre en charge ces dépenses. Nul doute que cela amènera une reforme du système qui mettra bon ordre à la débâcle actuelle.

Le Monde

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L’Europe a besoin d’un plan B

L’Europe a été créée via un mécanisme que Karl Popper a appelé le « piecemeal social engineering » (ingénierie sociale par étapes). Un groupe de dirigeants, partageant une vision à long terme sur la création d’Etats-Unis d’Europe, a reconnu que la seule manière d’y parvenir était d’avancer graduellement : établir des objectifs limités pour pouvoir mobiliser la volonté politique nécessaire à leur réalisation et conclure des traités imposant aux Etats de renoncer seulement à la partie de souveraineté qui leur était supportable politiquement.Les architectes de l’UE ont généré la volonté politique indispensable en invoquant le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, la menace posée par l’Union soviétique et les bénéfices économiques liés à une plus grande intégration. Par la suite, le processus s’est autoalimenté et a été fortement stimulé par la perspective de réunification de l’Allemagne à la chute de l’Union soviétique. L’Allemagne savait qu’elle ne pouvait être réunifiée sans une unification européenne plus large, et était prête à en payer le prix. Les Allemands ont aidé à réconcilier les intérêts nationaux contradictoires en acceptant l’introduction de l’euro. L’ennui, c’est qu’une fois la réunification allemande achevée, l’élan principal du processus d’intégration a disparu et la crise financière a même enclenché un processus inverse. Après la chute de Lehman Brothers, les gouvernements ont d’abord veillé à ce qu’aucune autre institution financière majeure ne fasse faillite. Mais chacun l’a fait de son côté. En refusant une garantie commune pour l’UE, l’Allemagne a même opéré un virage à 180 degrés, devenant la principale force d’opposition à une « union de transferts ». Cela a créé une Europe à deux vitesses, les pays débiteurs croulant sous le poids de leurs dettes et les pays en surplus prenant de l’avance. En tant que principal créancier, l’Allemagne pouvait dicter les termes de l’assistance, qui ont été punitifs et ont poussé les pays débiteurs vers l’insolvabilité. Au passage, la posture de l’establishment politique s’est elle aussi renversée : au lieu d’encourager une plus grande intégration, les responsables européens plaident pour le statu quo. Les autorités financières ont recours à des mesures de plus en plus désespérées pour gagner du temps. Mais, en réalité, le temps joue en leur défaveur : une Europe à deux vitesses éloigne de plus en plus les pays membres les uns des autres. La Grèce se dirige vers un défaut désordonné et/ou une dévaluation avec des conséquences incalculables.Si l’on veut arrêter et renverser ce processus en apparence inexorable, la Grèce ainsi que la zone euro doivent se doter d’un plan B. Si un défaut grec est probablement inéluctable, il est possible d’éviter qu’il se fasse de manière désordonnée. Et, puisqu’une certaine contagion ne pourra être évitée - quoi qu’il arrive en Grèce, le Portugal et sans doute l’Irlande en subiront les conséquences -le reste de la zone euro doit être protégée. Cela implique de renforcer cette dernière, probablement au moyen d’un usage plus large des « eurobonds » et d’une forme d’assurance-dépôts au niveau de la zone euro. L’UE elle-même aura besoin d’un plan B pour générer la volonté politique nécessaire. L’élite européenne doit revenir aux principes qui ont guidé la création de l’Union, en reconnaissant que notre compréhension de la réalité est naturellement imparfaite et les institutions forcément défectueuses. Une société ouverte ne se satisfait pas de l’immobilisme ; elle cherche des alternatives lorsque les mécanismes et institutions ne fonctionnent plus. Il devrait être possible de mobiliser une majorité proeuropéenne silencieuse derrière l’idée que, lorsque le statu quo devient insoutenable, nous devrions pouvoir chercher une solution européenne au lieu de solutions nationales. Les « vrais Européens » devraient être plus nombreux que les « vrais Finlandais » et autres anti-européens en Allemagne et ailleurs.

George Soros est président de Soros Fund Management et de l’Open Society Institute

Source les echos


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Tendances de recherche mensuelle sur Internet au Sénégal:BEN LADEN DETRONE LE MARIAGE ROYAL

Selon Google Insights, un outil de Google qui permet d’avoir des données et des tendances de recherche globale, régionale ou locale, Oussama Ben Laden est la tête du TOP 10 des recherches sur Internet au Sénégal. Cette tendance montre l’intérêt des internautes sénégalais pour la mort de Ben Laden. C’est la première fois depuis 3 mois qu’un événement suscite plus d’intérêt pour les internautes sénégalais que la Cote d’Ivoire et sa crise post électorale. Néanmoins l’intérêt pour la cote d’Ivoire est encore très fort parce que Gbagbo et Abidjan.net, le plus grand portail ivoirien sont respectivement à la 2e et à la 3e place.

Le top 10 des recherches qui ont le plus progressé dans le monde

Oussama Ben Laden est aussi au sommet du TOP 10 mondial détrônant ainsi en quelques heures le mariage royal et le 122e anniversaire de Charlie Chaplin.
Commentant ces résultats, Tidjane Deme, Directeur Général de Google Sénégal a déclaré “ Le Sénégal à l’instar du monde a suivi les informations sur la mort de Ben Laden. Les internautes au Sénégal et dans le monde ont été sur Google pour s’informer et il est intéressant de noter l’intérêt des sénégalais pour les affaires internationales se confirme avec Ben Laden et Gbagbo au sommet du TOP 10 »

A propos de Google

Les recherches innovantes de Google permettent de connecter des millions de personnes dans le monde tous les jours. Fondée en 1998 Larry Page et Serge Brin des étudiants doctorants de l’université de Sanford, Google est considéré aujourd’hui comme le premier site par les plus grands marchés mondiaux. Le programme de publicité très ciblée de Google offre des opportunités d’affaires diverses et variées avec des résultats quantifiables tout en renforçant l’expérience globale des usagers du web. Le quartier général de Google se trouve dans la Sillicon Valley. Google a aussi des bureaux dans les Amériques, en Europe et en Asie.

Pour plus d’infos
www.google.com Vous pouvez aussi visiter notre Africa Blog http://google-africa.blogspot.com/ et nous suivre sur Twitter twitter.com/googleafrica

Contact Sénégal : Yoro Dia
diayero@gmail.com

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De nouveaux outils pour financer les défis d’une nouvelle Afrique

La vision de l’Afrique a changé. Un nouvel optimisme empreint désormais les discours portant sur le continent. Il se fonde sur la très forte croissance économique que connaissent de nombreux pays depuis leur accession à l’indépendance qui est, de l’avis général, appelée à durer. Entre 2000 et 2007, l’Afrique a connu une croissance annuelle moyenne de 5,5%, et en 2009, au plus fort de la crise économique mondiale, elle a fait preuve d’une résilience remarquable avec une croissance de 2,4%. L’assainissement des finances publiques, les progrès en matière de bonne gouvernance et de gestion expliquent notamment ces bonnes performances. Des tendances de fond nourrissent cette évolution favorable, telles que l’urbanisation et les progrès en matière de santé et d’éducation.

Pour autant, malgré les progrès enregistrés, l’Afrique est loin d’avoir relevé tous ses défis. Avec une population d’un milliard d’habitants, atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement est une véritable gageure. Le retard en infrastructure coûte chaque année deux points de croissance aux pays en développement. L’Afrique devra dépenser 93 milliards de dollars par an pour pourvoir à ses besoins en équipements collectifs, 80 milliards pour l’agriculture, et 100 milliards pour lutter contre le changement climatique. Au total, pas moins de 300 milliards de dollars supplémentaires par an doivent être trouvés pour le développement du continent. Alors, qu’en sera-t-il quand cette population aura doublé d’ici 2050 ?

Face à l’ampleur de ces besoins, le financement du développement doit impérativement changer d’échelle.

Aujourd’hui, l’aide publique au développement est absolument indispensable. Depuis 1960, la communauté internationale a consacré plus de 568 milliards de dollars d’aide pour l’Afrique, soit 15% du PNB du continent. Cette aide provient essentiellement des finances publiques des pays développés, qui, malgré la récente crise mondiale, sont parvenus à rassembler 129 milliards de dollars en 2010, le plus haut niveau jamais atteint ! Cependant, cette aide ne pare qu’aux besoins les plus pressants. Les budgets des pays du Nord ne peuvent pas tout. Le changement d’échelle des besoins en développement appelle à la mobilisation de nouvelles ressources financières plus importantes et plus stables. Ce constat s’impose à nous. Les nouveaux besoins nécessitent de nouveaux outils.

Il existe trois principales pistes qui permettraient de créer de la richesse, en plus de l’aide traditionnelle.

En premier lieu, des contributions de solidarité pourraient s’adosser aux secteurs qui ont le plus bénéficié de la mondialisation tels que le fret maritime, les industries pétrolières ou gazières, le tourisme, ou les transactions financières. Ces contributions pourraient être de très petits montants, de manière à ne générer aucun effet négatif, imposables à tous, et complémentaires de l’aide publique traditionnelle. Par exemple une infime taxe sur les transactions mondiales de change de 5 centimes pour 1000 dollars permettrait de collecter près de 40 milliards de dollars et ainsi d’envoyer à l’école primaire tous les enfants africains pendant deux ans. La faisabilité d’un tel mécanisme est confirmée. Son impact potentiel immense. Par ailleurs, le parlement européen a voté le 9 mars 2011 une loi qui soutient l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Le changement d’échelle est juridiquement acté au niveau européen. Reste la volonté politique à activer.

En deuxième lieu, de nouveaux types de partenariats entre le secteur public et le secteur privé permettraient de financer des domaines clés pour le développement des pays pauvres, tels que les équipements urbains, l’énergie ou l’agriculture. Le secteur privé est un levier primordial. Or, les entreprises et banques locales souffrent d’un accès limité aux capitaux. C’est pourquoi les institutions financières de développement, comme l’Agence Française de Développement (AFD) ou la Banque Africaine de Développement (BAD), jouent un rôle primordial de levier dans le financement du secteur privé pour drainer les investissements privés domestiques et les investissements directs étrangers. Elles contribuent ainsi à dynamiser les marchés financiers en attirant l’épargne locale, en offrant des systèmes de garanties, en réduisant le risque et en facilitant l’accès au crédit du secteur privé. Par ailleurs, une étude récente conduite conjointement par la BAD et la Banque Mondiale a montré que les transferts de fonds des migrants africains pourraient constituer une source de financement colossale : leur volume approche ceux des investissements directs étrangers ou de l’aide publique au développement ! C’est dire l’enjeu que représente la mobilisation pour le développement des autres ressources quantitatives existantes.

“L’entreprenariat social” ou “social business” constitue une troisième voie vers la création endogène de richesse et de bien-être social. Déployée par Mohammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, l’entreprenariat social consiste à considérer les populations pauvres comme des consommateurs à proprement parler. L’entreprise sociale, tout en n’étant pas une organisation charitable, a pour but de fournir des produits et services adaptés au portefeuille des populations pauvres. Elle dédie ainsi son activité à la résolution de problèmes sociaux et environnementaux plutôt qu’à la recherche exclusive de profits. L’entreprise sociale, guidée par une gestion prudente, introduit donc les avantages du marché concurrentiel dans le champ du progrès social. De même, le capital-risque solidaire, l’investissement socialement responsable et la philanthropie privée font partie de ces innovations sociétales au service du développement. L’originalité de ces outils de financement a d’ores et déjà capté l’attention des banques de développement, avec l’émergence notamment de la micro-finance et du commerce équitable. Ils ont également attiré dans leur giron des fondations prestigieuses telles que les fondations Gates ou Skoll.

En somme, face à l’urgence aigue d’agir, nous ne sommes pas démunis de moyens. Le financement pour le développement du XXIe siècle peut être amplifié : par la levée de ressources collectives, stables et indépendantes des budgets des Etats, par des partenariats public-privé, comme par un nouveau type d’entreprenariat dédié aux pays les plus pauvres. Nous disposons d’outils novateurs pour aller au bout de nos convictions et plus loin dans nos objectifs. Encore faut-il vouloir s’en servir.

Henri de Raincourt, ministre chargé de la coopération et Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement

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Le monde à l’heure de la guerre humanitaire

Sous le poétique nom de « L’Aube de l’Odyssée », le 19 mars 2011, une coalition internationale, emmenée par la France, la Grande-Bretagne, avec le soutien prudent des Etats-Unis, du Qatar et d’autres pays, intervenait en Libye par des frappes aériennes contre les forces armées de Mouammar Kadhafi.

L’objectif des bombardements dans ce pays - en principe souverain -était non pas de conquérir un territoire, comme ce fut le cas lors de la colonisation du XIX e siècle et du début du XX e, ou encore de prendre le contrôle de richesses minières, voire d’anéantir une menace à la sécurité de la communauté internationale, mais de protéger des populations civiles « attaquées ou menacées de l’être ». Pour défendre cette intervention, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, soulignait, mardi, « la responsabilité morale extrêmement lourde » devant ce qui aurait pu être un massacre de plusieurs milliers de personnes, notamment à Benghazi. Car le colonel Kadhafi, précisait le ministre des Affaires étrangères devant la presse diplomatique, avait promis un « bain de sang » si ses blindés reprenaient la ville rebelle.

La décision de frapper les forces du colonel Kadhafi est, de fait, la première application de principes contenus dans un document adopté en septembre 2005 par le sommet mondial des Nations unies « sur la responsabilité de protéger lorsqu’un Etat se montre incapable ou non désireux de protéger sa population face aux crimes les plus graves ». Ce texte est une extension sans précédent du droit international conçu depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale et de la notion d’ingérence humanitaire apparue notamment lors de la guerre du Biafra, à la fin des années 1960. Une notion théorisée en France par Bernard Kouchner et le professeur de droit international Mario Bettati. C’est sur ce texte que la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée le 17 mars se fonde.

Cette innovation n’est pas que juridique. Politiquement, il s’agit aussi de faire oublier la passivité de la communauté internationale devant les terribles massacres de population civile de l’époque contemporaine, comme au Rwanda en 1994 ou encore, plus proche de nous, lors des guerres dans l’ex-Yougoslavie.

Et pourtant, avec l’intervention en Libye, le monde n’est pas rentré dans une nouvelle ère où l’Organisation des Nations unies et ses bras séculiers militaires, la France, l’Angleterre, l’Amérique ou encore l’Otan, auraient repris le monopole de la violence légitime aux Etats eux-mêmes. Même si l’intervention libyenne, comme celle d’ailleurs de l’ONU en Côte d’Ivoire pour faire respecter le résultat d’une élection démocratiquement organisée, représente un progrès de la communauté internationale, on en est loin.

En premier lieu, l’ingérence humanitaire et l’attitude du Conseil de sécurité, l’instance suprême des Nations unies, sont à géométrie variable. Pour les cinq grandes puissances, Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne et France, qui ont un droit de veto, il ne s’agit pas de se mêler des affaires intérieures de tous les pays, surtout pas s’il s’agit d’un de ces cinq membres permanents. Il n’a jamais été question ainsi d’intervenir dans les « affaires chinoises », ni dans les affaires russes. Le droit d’ingérence humanitaire a ses limites. « Ce n’est pas seulement en dénonçant les droits de l’homme à Moscou que nous allons arranger la situation en Tchétchénie. C’est un peu plus compliqué que cela », avait dit, en août 2007, Bernard Kouchner, premier chef de la diplomatie de Nicolas Sarkozy.

De plus, la notion d’ingérence humanitaire n’est pas universelle. Un pays comme le Brésil, qui s’est d’ailleurs abstenu comme l’Allemagne lors du vote de la résolution 1973, préfère garder une certaine neutralité vis-à-vis de l’ingérence, quelle que soit son nom. Et il n’est pas le seul. Surtout que, dans le cas libyen, le motif initial a déjà évolué vers l’idée de renverser le régime pour le remplacer par un autre gouvernement.

De même, il n’est pas question, face au grand mouvement de démocratisation de la rive sud de la Méditerranée, d’intervenir au nom de la protection des populations civiles dans tous les pays où un gouvernement a décidé de faire un usage souvent excessif de la force face à des manifestants sans armes comme en Syrie, au Yémen, à Bahreïn ou ailleurs.

Mais ce n’est pas la seule limite. Comme lors des interventions de l’Otan au Kosovo en 1999, voire de l’application des zones d’exclusion aérienne au sud et au nord de l’Irak après la première guerre du Golfe de 1991, les seuls bombardements aériens ne sont pas suffisants pour inverser le rapport de force. La Libye en est une nouvelle illustration. Car les forces rebelles n’ont pas la capacité au sol de résister seules aux troupes de Kadhafi. En outre, dix ans après le début de la guerre en Afghanistan et huit après celle en Irak, les capacités militaires que les puissances peuvent mettre à la disposition de coalition à but humanitaire sont restreintes. Ce qui explique d’ailleurs en partie la prudence des Américains en Libye.

Mais en dépit de ces nombreuses limites, l’intervention en Libye marque un progrès du droit international. Une façon d’éviter que « l’esprit de Munich », cet accord qui, en 1938, scellait l’abandon de la Tchécoslovaquie à l’Allemagne nazie, ne hante la conscience des dirigeants. Même si la « guerre humanitaire » restera l’exception plutôt que la règle.

Jacques Hubert-Rodier est éditorialiste aux « Echos ».

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L’essor vertigineux du trading algorithmique

Qu’est-il donc arrivé le jeudi 6 mai 2010 à la Bourse de New York ? En quelques minutes, l’indice phare Dow Jones a chuté de plus de 9 %. Un vent de panique s’est emparé des marchés et 1 000 milliards de dollars se sont envolés. Si plusieurs causes sont évoquées, l’une d’elles, l’algotrading, est mise en avant. Peu connue, cette technique boursière a pourtant assuré en 2009 70 % du volume des 10 milliards d’échanges quotidiens réalisés sur les différentes places boursières aux Etats-Unis, selon Tabb Group, une société américaine de conseil et de recherche sur la finance.

L’algotrading, contraction de “trading algorithmique” (aussi appelé “high frequency trading”, “trading à haute fréquence”) ne cesse de gagner en importance. Cette pratique repose sur “des machines capables d’exécuter des ordres à toute vitesse et de tirer ainsi profit des écarts de prix minimes sur les valeurs […]. Ces outils d’un nouveau genre arbitrent, fractionnent, achètent et vendent. Leur dieu est le même que celui du trader à tête d’homme : le temps. A la différence que leur échelle de temps est le millième de seconde et que, en guise de cerveau, ils disposent de formules algorithmiques” (Mathieu Rosemain, Les Echos, 14 avril 2010). Le phénomène est à relier au “turbo-capitalisme” identifié par le sociologue Paul Virilio dans une interview à Libération (25 mai 2010) devenu, pour certains, emblématique de cette “finance folle” qui a gagné la planète.

Son histoire est récente. Né aux Etats-Unis à la suite de l’informatisation des ordres sur les marchés financiers dans les années 1970 (voir la chronologie), le trading algorithmique a pris son essor au début des années 2000, quand la décimalisation a modifié la taille des ordres en fractionnant leur valeur, passée d’un minimum de 1/16 de dollar (0,062 5 dollar) à 0,01 dollar. Cela a changé la microstructure du marché en créant des différences plus petites entre prix offerts et prix proposés, favorables aux opérations automatisées.

Une décennie plus tard, le boom de l’algotrading est spectaculaire. Aux Etats-Unis, plus de 75 % des institutions financières et 95 % des traders institutionnels utilisent des stratégies de trading algorithmique. Selon la société Celent, le trading à haute fréquence constitue près de 42 % des volumes d’actions traités et atteindra 54 % au dernier trimestre 2010. Les plus grosses sociétés américaines de trading algorithmique, comme Getco ou Citadel, traitent parfois de 10 à 20 % des actions de grandes sociétés cotées.

L’Europe est “en retard” en la matière : l’algotrading y est responsable d’un ordre sur quatre, selon le cabinet d’études américain Aite Group. Mais il pourrait monter à 45 % des volumes quotidiens dans deux ans. Celent prévoit surtout un développement en Asie, avec la modernisation notamment de la Bourse de Tokyo. Mais d’autres régions du monde s’intéressent à cette technique, comme l’Amérique latine, attirées par la promesse de plus de liquidité, qui rend les investissements moins coûteux et plus simples.

Les enjeux financiers sont considérables : 2 % des 20 000 firmes de trading américaines utilisent ces techniques et ont réalisé en 2008 un bénéfice de 21,8 milliards de dollars. D’autant qu’une partie des échanges se fait grâce à l’essor des “dark pools”. Ces plates-formes électroniques opaques capteraient pas moins de 4,1 % des volumes échangés en valeur en Europe, selon Tabb Group. Les échanges opaques pourraient représenter 7 % des échanges de titres en 2010 et bénéficieraient de l’essor et de la sophistication croissante de l’algotrading.

Les enjeux sont donc considérables et le ticket d’entrée ne cesse de s’élever. Les teneurs du marché comme Getco, les fonds spéculatifs et les Bourses elles-mêmes se livrent à une bataille technologique coûtant des centaines de millions de dollars d’investissements – pour gagner les quelques fractions de seconde qui leur permettront d’empocher des bénéfices juteux. Les opérateurs boursiers ont aussi compris leur intérêt. Progressivement, ils proposent à leurs membres de louer des serveurs à quelques mètres, voire quelques centimètres du cœur des échanges électroniques. C’est ce qu’on appelle la “co-location”. On estime qu’à chaque centaine de miles (160 kilomètres) supplémentaire de distance du lieu de l’opération, 1 millième de seconde est ajoutée à celle-ci : ce qui peut faire perdre une opération ou gagner des millions.

Une fluidité accrue du marché

Les partisans de l’algotrading mettent en avant deux arguments en faveur de cette technique boursière :

* Les places financières les plus automatisées, comme le Nasdaq (marché des valeurs technologiques aux Etats-Unis), ont gagné des parts de marché par rapport à celles qui le sont moins, comme le New York Stock Exchange (NYSE). Les économies d’échelle ont contribué à diminuer les commissions sur les opérations et contribué aussi à la consolidation des places boursières, c’est-à-dire au rapprochement entre les Bourses.

* Par ailleurs, un des bénéfices évidents pour les investisseurs est “la réduction des spreads [écarts] – différence entre le prix auquel un acheteur est désireux de payer un instrument financier et le prix auquel un vendeur est prêt à le vendre – ainsi qu’un accroissement de la liquidité” (Chicago Fed Letter, mars 2010, en PDF). La liquidité améliorée du marché boursier signifie qu’il est plus facile d’y échanger des valeurs, ce qui le rend plus attractif pour les investisseurs. C’est en tout cas l’argument avancé par les traders à haute fréquence. Ces opérations n’entraînent pas non plus une volatilité accrue du marché, c’est-à-dire une amplification de la fluctuation des cours. De même, selon la Réserve fédérale américaine (Fed), elles n’augmentent pas l’instabilité des devises.

Mais comme le souligne Yann-Eric Le Boulch, président de CM-CIC Securities, l’algotrading aboutit aussi à une fragmentation de la liquidité en multipliant les ordres de plus en plus fins, ce qui accroît les coûts de négociation et les frais informatiques. Les intervenants traditionnels peuvent y être perdants, même si la concurrence entre les Bourses fait baisser les prix.

Un faisceau de risques multiformes

Les risques engendrés par l’algotrading sont multiples. D’abord le risque d’erreurs lors des opérations est accentué lorsque l’accès des clients aux opérations se fait via les machines, sans que cet accès soit filtré. Selon Robert L. D. Colby, ancien vice-directeur de la division trading et marchés de la Securities and Exchange Commission (la SEC, le gendarme de la Bourse américaine), en deux minutes, des centaines de milliers d’ordres valant des milliards de dollars peuvent être donnés. L’accroissement de la vitesse des opérations sans contrôle peut donc générer des pertes considérables. L’indice Dow Jones Industrial Average avait ainsi chuté de 100 points en 2002 quand un courtier de la banque Bear Stearns avait entré par inadvertance un ordre de vente de 4 milliards de dollars au lieu de 4 millions. Vu la vitesse des opérations, plus de 600 millions de dollars d’actions avaient été échangés avant que l’erreur ne soit détectée. En 2003, une société de trading américaine était devenue insolvable en seize secondes quand un de ses employés s’était trompé dans une opération, rapporte la Fed de Chicago dans un document récent (lire l’entretien avec Thierry Foucault, professeur à HEC).

L’algo-trading pose également le problème d’un accès équitable au marché. Cette technique avantage les intervenants de grande envergure qui peuvent négocier numériquement de larges volumes de titres, presque à la vitesse de la lumière. Ce qui pose la question de la formation des prix sur le marché : celle-ci est-elle sincère, dénuée d’intérêt ? Ou au contraire, est-elle biaisée ? Si tel est le cas, on s’écarterait d’un fonctionnement efficient des marchés financiers (lire l’entretien avec Bénédicte Doumayrou et Arnaud Oseredczuk).

Quelle utilité sociale ?

Sans compter que l’algo-trading a permis le développement de pratiques inéquitables. A l’été 2009, une forme particulière de trading à haute fréquence a retenu l’attention : les flash orders. Par cette pratique, les Bourses autorisent certains clients, contre commission, à regarder brièvement les ordres avant qu’ils ne soient placés et orientés vers des plates-formes rivales. Les flash orders, très critiqués par les autorités de régulation boursière, sont accusés de fausser les fondements du marché libre. Deux opérateurs américains, Nasdaq OMX et Bats, ont d’ailleurs décidé de les abandonner.

Aussi, certains s’interrogent sur l’utilité “sociale” du trading algorithmique. Le Prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman, s’est ému de la montée en puissance de ces méthodes de spéculation qui, selon lui, ont largement contribué aux profits élevés de la banque d’affaires Goldman Sachs. “Cette méthode constitue une sorte de taxe pour les investisseurs qui n’ont pas accès à ces ordinateurs super-rapides, écrit-il dans le New York Times en août 2009. La Bourse est censée allouer le capital aux utilisations les plus productives, comme par exemple aider les sociétés qui ont de bonnes idées à lever des fonds.” Or, relève l’économiste, les courtiers qui donnent leurs ordres “un trentième de seconde plus vite que les autres” ne contribuent guère à “l’amélioration de cette fonction sociale”.

Quant au risque d’accroître les bulles spéculatives et donc, éventuellement, de provoquer des krachs, il n’est pas encore établi. On se rappelle cependant que le krach d’octobre 1987 a été en partie aggravé par le trading informatisé et la stratégie d’assurance de portefeuille, rappelle Paul Wilmott, fondateur d’une revue de finance quantitative, dans une tribune au New York Times. Et plus récemment, le mini-krach du 6 mai a renforcé les inquiétudes sur cette pratique boursière. Si l’on ne sait pas qui a déclenché cette chute boursière, le trading à haute fréquence est mis à l’index par les régulateurs, notamment la SEC. La question d’une meilleure régulation du phénomène est posée.

Les régulateurs en phase de consultation

Alors que le trading algorithmique prend de l’ampleur sur toutes les places mondiales, les autorités de régulation, aux Etats-Unis et en Europe, sont en phase de consultation afin de déterminer des mesures d’encadrement pour ces pratiques. Fin avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), chargée de réguler les marchés financiers aux Etats-Unis, a lancé une consultation avec les principaux acteurs, étendue sur deux mois.

Depuis janvier, le régulateur américain s’est saisi du dossier du trading à haute fréquence et a esquissé une série de mesures. La première consiste à identifier les traders spécialisés dans ce genre de transactions et donner à la SEC des informations sur les opérations financières qu’ils réalisent. Cette obligation s’appliquerait à environ 400 cambistes officiant sur les places américaines, dont les transactions dépassent les 2 millions d’actions échangées, ou des volumes supérieurs à 20 millions de dollars (15,2 millions d’euros) par jour.

La SEC envisage aussi des mesures garantissant un accès équitable aux marchés. Dans un rapport préliminaire publié en janvier, l’organe de régulation se demandait en effet si “le fait que des traders professionnels sont capables de réaliser des opérations plus rapides rend l’accès aux marchés injuste pour les particuliers ?” De plus en plus de sénateurs, parmi lesquels Ted Kaufman du Delaware et Mark Warner de l’Etat de Virginie, font pression par ailleurs sur le régulateur pour qu’il donne des réponses sur le rôle des échanges à haute fréquence sur les marchés.

Dans le sillage de la SEC, la Commission européenne s’intéresse également de près au trading à haute fréquence. La problématique, à l’échelle européenne, consiste à étudier les conséquences de la directive sur les marchés d’instruments financiers dite “MIF”, du 21 avril 2004. Celle-ci, entrée en vigueur le 1er novembre 2007, “a importé le mode de fonctionnement américain et notamment mis fin au monopole des marchés réglementés”, indique un rapport sénatorial de la fin de l’année 2009.

Dark pools et colocation

En avril, le CESR (Committee of European Securities Regulators), situé à Paris, a lancé une consultation afin de déterminer l’impact de l’algo-trading en Europe. Trente-neuf institutions, représentant les principales parties prenantes, telles que la banque, les assurances et la gestion d’actifs, y participent.

La question des “dark pools”, qui traitent des ordres anonymisés et supérieurs à la “taille normale de marché”, est l’un des objets d’étude. Un autre centre d’intérêt est le régime de la “colocation”, qui permet aux traders à haute fréquence de placer leurs serveurs à proximité de ceux des Bourses. Si cette initiative réduit les délais de latence pour passer un ordre, elle pose la question d’un avantage injuste. Après cette phase de consultation, la Commission européenne devrait faire ses propositions en 2011, ensuite soumises à l’approbation des Etats membres.

En France, l’Autorité des marchés financiers a pour sa part estimé, dans son rapport sur la “cartographie des risques 2010″, paru fin mai, que la pratique du trading à haute fréquence menace “l’intégrité du marché dès lors que les stratégies de trading sont détournées de leur objectif initial pour être utilisées à des fins de manipulation de marché”. Le régulateur français fait également valoir que les investissements nécessaires en technologie, infrastructure et savoir-faire pour entrer dans ces marchés lucratifs représentent une barrière à l’entrée, susceptible de créer des distorsions de concurrence.

Le Monde

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Les Trente Glorieuses chinoises touchent à leur fin

Cherchez l’erreur. Si l’on en croit les analystes, l’économie chinoise a connu une croissance d’un peu plus de 10 % en 2010. Sur la même période, le principal indice de la Bourse de Shanghai a accusé une baisse de 14 %. Les investiseurs ont manifestement perdu une partie de leur enthousiasme au cours du dernier trimestre 2010. Au moment même où la planète entière réalisait tout ce qu’elle doit à l’économie chinoise, les milieux d’affaires craindraient-ils, eux, que la suite du programme de développement du pays soit plus délicate ? Depuis deux mois, les débats qui animent le petit monde des économistes tournent autour d’un thème unique : l’inflation. Celle-ci risque-t-elle de dérailler ? Elle retrouve actuellement ses niveaux d’avant la crise. Elle devient surtout problématique en matière alimentaire, avec une hausse annuelle de plus de 11 %. Fin décembre, une enquête d’opinion a révélé que le degré d’exaspération des ménages était au plus haut depuis plus de dix ans face à ce problème. Cela n’a pas échappé au pouvoir. Car personne, dans les cercles dirigeants, n’a oublié que le soulèvement populaire de 1989 était intervenu après une période de forte hausse des prix. Le Premier ministre, Wen Jiabao, a d’ailleurs déclaré avoir appris au cours de sa carrière qu’il y a « deux sujets qui peuvent fragiliser la stabilité sociale [...]. L’un est la corruption, l’autre le niveau des prix ». Il vient de répéter que la lutte contre l’inflation serait un objectif majeur cette année, tandis que le gouverneur de la banque centrale déclarait viser la « stabilité » des prix. Dès lors, deux scénarios se dessinent. Dans le premier, les autorités font ce qu’elles ne cessent de promettre et emploient les grands moyens pour calmer la hausse des prix. C’est l’option la plus courageuse, car elle impose d’aller à l’encontre des milieux d’affaires et de ralentir coûte que coûte la circulation monétaire dans le pays. Freiner une activité de crédit manifestement débridée, mettre de nouveaux bâtons dans les roues du secteur immobilier, en pleine bulle spéculative, relever substantiellement le taux de change du yuan, les mesures à prendre sont connues. La Bourse de Shanghai ne s’y trompe pas : cela signerait la fin d’un certain âge d’or du capitalisme chinois, qui a vu les entreprises accéder au crédit bancaire à des tarifs exceptionnellement bas, au détriment de ménages contraints de placer leur épargne sur des comptes très mal rémunérés. Cela compliquerait aussi singulièrement la tâche des exportateurs positionnés sur les secteurs à faible valeur ajoutée. Ces derniers voient aujourd’hui la hausse de la devise chinoise -qui s’est appréciée de 3,6 % face au dollar l’an dernier -comme leur principale épée de Damoclès.

Pas sûr, donc, que Pékin soit vraiment déterminé à sortir l’artillerie lourde car il y aurait, à l’évidence, de la casse. D’où le deuxième scénario auquel on assiste aujourd’hui. Il est plus empreint de prudence… ou d’indécision. Même si la banque centrale a depuis longtemps conscience de la nécessité d’agir, elle reste subordonnée à un pouvoir politique hésitant et soumis au lobbying des milieux d’affaires. Certes, les autorités ne sont pas restées les bras croisés. Aux banques, elles ont ordonné six hausses de leurs réserves obligatoires au cours de l’année 2010 et deux hausses des taux d’intérêt. C’est peu comparé à d’autres banques centrales d’Asie – six hausses de taux en Inde, trois en Malaisie. C’est surtout une demi-mesure lorsqu’on constate à quel point la banque centrale rechigne à limiter le niveau des crédits bancaires. L’an dernier, l’objectif – pourtant élevé -de 7.500 milliards de yuans de nouveaux prêts a été dépassé, et rien ne permet de penser que celui de 2011 sera revu à la baisse. Le volume des prêts dans le pays est pourtant en hausse de 60 % sur deux ans et la masse monétaire semble partir en dérapage incontrôlé.

Pour certains économistes, cette hésitation à contenir fermement le crédit témoigne d’une inquiétude sur la santé du système financier. Après avoir prêté excessivement sur ordre de Pékin en 2009, afin de stimuler l’économie dans un contexte de récession internationale, les banques se retrouvent avec des créances plus que douteuses, contractées notamment par les collectivités locales. Et certains de leurs débiteurs n’ont d’autre choix que d’obtenir de nouveaux emprunts pour rembourser les anciens. Pékin craindrait-il de provoquer une hécatombe en normalisant pour de bon l’activité bancaire ?

En réalité, les autorités peuvent analyser le casse-tête sous tous les angles, elles savent bien que les choses se compliquent. Car derrière les causes climatiques qui peuvent expliquer, ici ou là, la hausse des cours du chou ou du riz, il y a des forces structurelles à l’oeuvre dans la poussée d’inflation actuelle. L’une est l’envolée des salaires, qui se concrétise plus vite que prévu, et que l’évolution démographique va accélérer dans des délais assez courts. L’autre est, paradoxalement, le statut de « star » qu’a désormais la Chine sur les marchés. Conformément à son nom chinois, la deuxième économie mondiale est véritablement devenue « le pays du centre », ce qui lui vaut d’attirer les capitaux du monde entier, et alimente des bulles spéculatives sur toutes sortes d’actifs. Au final, entre coûts de main-d’oeuvre en hausse, inflation d’actifs multiples et devise appelée à s’apprécier, la Chine ne peut plus être ce pays low cost qui a bouleversé l’équilibre du monde. Certes, cela ne signifie en aucun cas la fin de la croissance. Mais les Trente Glorieuses chinoises touchent sans doute à leur fin.

Gabriel Grésillon est le correspondant des « Echos » à Pékin ; cette analyse est la cinquième d’une série de six consacrée aux perspectives politiques et économiques dans les grands pays.

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Non Monsieur le Président la pauvreté n’a pas reculé

Lors de son discours de fin d’année 2010, le président de la république s’est aventuré dans des déclarations économiquement discutables. Ces déclarations remettent systématiquement en question les capacités du président en matière de réflexions économiques. Pour étayer sa position selon laquelle le Sénégal a franchi le seuil de la pauvreté, le président déclare : « nous avons fait passer le revenu per capita de moins de 500 dollars, le seuil de pauvreté, avant 2000, à 1.350 dollars en 2010. Ainsi, chiffres en mains, le Sénégal a franchi le seuil de la pauvreté ; il a réussi à se hisser la tête hors de l’eau ». Effectivement, le revenu per capita était de 480 dollars en 2000. Mais sur quel critère de comparaison entre 2000 et 2010, le président s’est t-il basé pour avoir de telles convictions ? A-t-il oublié la théorie du pouvoir d’achat ? Que fait –il de la variation du cours du dollar, qui est passé de d’environ 700 F CFA en 2000, à 500 F CFA en 2010 ? Ne saisit-t-il pas donc que 480 dollars valent 336 000 F CFA en 2000, et que 1350 dollars valent 675 000 F CFA en 2010. Autrement dit, le revenu per capita est passé de 336 000 F CFA en 2000, à 675 000 F CFA en 2010, soit une augmentation réelle d’environ 100%.

L’arbitrage consiste alors à jauger le pouvoir de 350 000 F CFA en 2000 et à le comparer à celui de 650 000 F CFA en 2010. Pour un tel arbitrage, il faut considérer la spirale d’inflation qui a frappé les produits de première nécessité et ceux de l’énergie. Le prix de la bombonne de 6 kg de gaz butane est passé de 2000 F CFA en 2007 à 4000 F CFA en fin 2010, soit une hausse de 100% en moins de 4 ans. Le prix de l’électricité, a subit une hausse de plus de 120% depuis l’année 2000. Dans la période 2000-2010, le prix du litre d’huile est passée de 600 F CFA à 1250 F CFA, soit une augmentation de près de 110% en moins de dix ans. Durant cette même période, le prix du kilogramme de sucre est passé de 350 F CFA à 750 F CFA, soit environ 115% d’augmentation en moins de 10 ans. De 2000 à 2010, le prix du carburant a flambé en moyenne de 90% et le prix du loyer a flambé de plus de 150%.

Dès lors, on peut dire, sans se tromper, que l’inflation, pendant cette dernière décennie 2000-2010, dépasse 100%. Donc l’augmentation du PNB par tête avancé par le président, est en deçà de l’augmentation fulgurante constatée sur les prix. Finalement, un revenu de 350 000 F CFA en 2000 fait office d’un pouvoir d’achat supérieur (ou égale) au pouvoir d’achat d’un revenu de 650 000 F CFA en 2010. Le président doit alors revoir son argumentaire, puisque ses chiffres prouvent le contraire de ce qu’il cherche à démontrer.

Dr Elhadji Mounirou NDIAYE, économiste.
(elhadjimounirou@gmail.com)

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