Posted on 22 July 2011.
En le portant Mamina Daffé à la tête de l’ANA (Agence Nationale de l’Aquaculture) le Président de la République a promus la jeunesse et l’excellence. Mamina Daffé a deux passions : l’aquaculture et sa Casamance natale. Depuis qu’il est à la tête de l’ANA, les projets sortent des bassins parce qu’il allie le savoir (il enseigne l’aquaculture à l’UCAD et a été consultant de la FAO, de l’Union Européenne, de l’OMVS) et la pratique pour avoir Directeur Technique de l’ANA avant d’en prendre la Direction Générale.
« Au delà des milliers d’emplois, l’Aquaculture est une alternative à la raréfaction des ressources halieutiques »
Monsieur le Directeur Général, quel est le potentiel aquacole du Sénégal ?
Situé dans le bassin côtier de l’Afrique occidentale, le Sénégal est doté d’un réseau hydrographique relativement important, composé d’une part d’un grand plan d’eau douce constitué par le Fleuve Sénégal (1800 km) et d’autre part, de plans d’eau saumâtre constitués par les fleuves Casamance, Sine Saloum et Gambie. Tous ces fleuves drainent de nombreux affluents auxquels s’ajoutent des plans d’eaux intérieures naturellement constituées dont le Lac de Guiers, la vallée du Ferlo, la rivière du Kayanka avec l’Anambé, etc. Il existe également au sein du Ministère des Ecovillages, des bassins de Rétention des Lacs artificiels et de la Pisciculture, un important programme national de réalisation de bassins de rétention d’eaux pluviales et la réalisation d’ouvrages de retenues d’eaux dans le cadre du Projet d’Appui à la Petite Irrigation Locale (PAPIL). La valorisation des plans d’eaux intérieures réalisées par ces deux programmes, par la pisciculture permettra la production de plus de 50 000 tonnes de poisson. Par ailleurs les conditions climatiques sont favorables à l’élevage des organismes aquatiques sur toute côte sénégalaise longue de plus de 7500 km. Une attention particulière est aussi accordée à l’existence de sous produits agricoles locaux utilisable comme ingrédients dans la formulation d’aliment pour poissons et crevettes.
Conscient de la raréfaction de la ressource halieutique et face à cet énorme potentiel aquacole, le Gouvernement du Sénégal s’est donc résolument engagé à développer l’aquaculture qui est en pool position dans la Stratégie de la Croissance Accélérée mais aussi considérée comme un des piliers de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP) et la sécurité alimentaire (SA).
A cet effet, en juillet 2006, l’Etat a créé l’Agence Nationale de l’Aquaculture (ANA) en charge de conduire la mise en œuvre de la politique aquacole au Sénégal et d’encadrer les opérateurs. Avec l’appui de la FAO, l’ANA s’est dotée d’un plan national de développement durable de l’aquaculture assorti d’un Programme de Stratégie Opérationnelle (PSO) et d’un cadre législatif et réglementaire (CLR) capable de sécuriser la pratique durable de l’aquaculture sur toute l’étendue du pays. Dans ce cadre, elle prône la promotion d’une aquaculture commerciale privée, compétitive, capable de générer des profits intéressants tout en étant socialement équitable, respectueuse de l’environnement et techniquement maîtrisée par les promoteurs intéressés. C’est la raison de l’élaboration d’un plan d’investissement en pisciculture pour les petites et moyennes entreprises et d’un cadre fiscal propice au développement de l’aquaculture avec pour objectif immédiat d’attirer l’afflux des capitaux privés tant nationaux qu’étrangers et d’accompagner les opérateurs en termes de formation, suivi et appui conseil.
Dans ce contexte, l’ANA a lancé une série d’activités à travers le pays pour promouvoir le développement de l’aquaculture. Elle a rapidement compris qu’une production aquacole durable exigera la disponibilité et l’accès aux intrants de bonne qualité, principalement d’alevins et aliments. Elle a également identifié le principal moyen catalytique d’assister un noyau de producteurs, c’est-à-dire la création de filières complètes de statut privé pour l’approvisionnement en intrants, l’élevage et la commercialisation des produits piscicoles.
Est – ce que l’aquaculture peut être une alternative à la raréfaction des ressources halieutiques au Sénégal ?
Absolument. L’aquaculture peut bien être une solution à la raréfaction de la ressource. Et pour mieux cerner le problème, tentons d’expliquer les causes de cette raréfaction. Si la surpêche, et la mauvaise gestion des pêcheries, sont considérées comme les principales causes de la raréfaction de la ressource, une attention particulière doit être portée sur le réchauffement climatique.
Le réchauffement climatique, que plus personne ne conteste aujourd’hui, a d’ores et déjà une influence décelable sur la faune piscicole. Bien qu’il soit imprudent d’avancer des chiffres absolus, on peut affirmer que, depuis vingt ans, le nombre de poissons femelles a gagné en pourcentage sur celui des mâles pour certaines espèces et pour d’autres comme la plupart des poissons tropicaux, le pourcentage de mâle est beaucoup plus élevé. En terme clair, il y aurait plus de mâles que de femelles (alors que le sexe ratio est généralement de 50 / 50, pour une température comprise entre 26 à 30°C). Sans entrer dans les détails techniques, il faut savoir que le réchauffement climatique perturbe considérablement la reproduction des poissons et ralenti le renouvellement des stocks. Cette tendance s’accentuera au fil des années, et face à la croissance démographique de l’ordre de 3 %, la demande en poissons et autres produits aquatiques sera de plus en plus forte, alors que l’offre stagnera au mieux des cas.
La seule solution reste donc la domestication (aquaculture), afin d’apporter un souffle à la ressource naturelle. En effet, il sera dés lors possible de produire des larves de poissons à élever en milieu contrôlé, où les conditions climatiques telles les températures sont maitrisées, jusqu’à à la différenciation sexuelle et les déverser dans la mer (aires marines protégées par exemple), et contribuer ainsi à l’augmentation du succès de reproduction. Par ailleurs, avec la réalisation de fermes au bénéfice des pêcheurs, qui peinent à nos jours de trouver du poisson, la pression sur la ressource va diminuer, ce qui favorisera le renouvellement des stocks. Un important programme de reconversion des pêcheurs doit être réalisé. L’agence nationale de l’aquaculture a déjà entrepris un programme test de reconversion des pêcheurs de Guet Ndar. 1600 pêcheurs ciblés seront formés aux différentes techniques aquacoles, allant de la confection des cages flottantes, jusqu’à la gestion des élevages. Les experts de l’agence ont identifié un site approprié pour abriter ce projet. Il se situe à Bop Thior (16° 03.578’ N ; 16° 30. 005 W) à 15 mn d’embarcation de Saint Louis. Ce site a le potentiel d’abriter au moins 1000 cages flottantes de 10 m3. La production prévue est de 3500 tonnes /an, soit un chiffre d’affaire de 3 500 000 000 FCFA avec des recettes annuelles pour l’Etat de 205 602 000 FCFA/an, soit 2 056 000 000 FCFA au bout de 10 ans). Ce projet améliorera les conditions de vie de la population de Bop Thior et de toute la zone. Ce exemple peut être démultiplié sur l’étendue du territoire.
Monsieur le Directeur Général, vous êtes de la Casamance. Est ce l’Aquaculture peut contribuer à recherche de la paix dans votre région ?
L’aquaculture peut offrir une contribution précieuse à la réduction de la pauvreté, à la sécurité alimentaire et au bien-être de la société, et elle le fait déjà dans de nombreux pays en développement. Tandis que les pratiques aquacoles industrielles et commerciales orientées vers l’exportation sont source de précieuses devises étrangères, de revenus et d’emploi pour un pays, des formes plus étendues et intégrées d’aquaculture contribuent non seulement, à l’échelle locale, à l’amélioration des moyens d’existence parmi les catégories les plus pauvres de la société, mais privilégient également une utilisation optimale des ressources et la conservation de l’environnement. En tenant compte du potentiel aquacole à tous les niveaux : densité du réseau hydrographique (nombreux bolongs), avec plus de 100 000 ha de terres impropres à la riziculture mais propices à l’aquaculture ; existence d’une main d’œuvre qui ne demande que du travail, il est possible de développer ces deux formes de production. Le développement de l’aquaculture dans cette partie du pays contribuera forcément à la paix des cœurs, donc à la paix puisque à l’heure actuelle, le véritable problème est le manque d’emplois. La création d’une antenne de l’ANA à Ziguinchor a rapproché les populations afin de les aider dans la réussite de leurs projets. Cette antenne couvre les régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou. Quinze petites et Moyennes Entreprises aquacoles sont bien encadrées et suivies dans 15 villages, une ferme pilote d’élevage de crevettes et en cours de réalisation à Katakalouss dans la région de Oussouye. Ce projet permettra au bout de 6 mois une production 40 tonnes, pour une valeur ajoutée de 150 000 000. Il est prévu de réaliser des actions suivantes avant la fin de l’année : mettre en place trois (03) écloseries étatiques modernes de production et de distribution des frétins (larves) de Tilapia d’eau saumâtre ; Appuyer la mise en place de six (06) centres privés de pré-grossissement des frétins en alevins de Tilapia d’eau saumâtre , appuyer 9 à 12 petites et moyennes entreprises/fermes (PME) piscicoles privées de grossissement de Tilapia d’eau saumâtre, de façon à les rendre économiquement rentables.
Quelle est la place de L’aquaculture dans les grands projets du chef de l’Etat ?
L’un des grands projets du Chef de l’Etat en aquaculture en outre de la lutte contre l’insécurité alimentaire est le développement de l’aquaculture ornementale. Dans ce cadre que s’inscrit un des grands projets du chef de l’Etat à savoir Création d’un grand aquarium national à Dakar. En effet, le Chef de l’Etat, a bien compris qu’en marge du rôle essentiel que l’aquaculture joue et devra jouer de plus en plus pour la sécurité alimentaire et l’allégement de la pauvreté, le grossissement et la reproduction des poissons d’ornement relèvent aussi d’une industrie en pleine expansion. En effet, avec plus de 40 millions d’aquariums recensés dans le monde et un chiffre d’affaire de plus de 5 milliards de dollars (Kongkeo, 2001), cette forme d’aquaculture tournée vers le loisir ne doit pas être négligée. Elle représente une source importante de devises et d’emplois pour les pays en voie de développement. L’une des composantes les plus remarquables en termes de création de richesse est le développement des grands aquariums publics. Ces aquariums pourront aussi être utilisés par les profs de SVT afin de familiariser les élèves avec l’écologie
Le Président a donc décidé de réaliser un grand aquarium National à Dakar. L’idée est à saluer puisque riche en retombées au plans social et économique. L’aquarium tel que pensé, pourrait accueillir plus d’un millions de visiteurs par an.
Le projet est en lien avec plusieurs des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Il aura un rôle important à jouer dans la protection des ressources marines dont l’abondance permet de maintenir un niveau de vie acceptable dans les communautés de pêche, tout en assurant l’accès à une nourriture saine et peu coûteuse. Le projet a donc un impact direct sur la lutte contre la pauvreté et la faim (Objectif 1) et, par voie de conséquence, sur le niveau de santé de ces populations (Objectifs 4 et 5). Par les possibilités d’offres d’emploi aux femmes, le projet va contribuer à promouvoir l’égalité et l’autonomie des femmes (Objectif 3). Les actions du projet en faveur de l’environnement auront des effets sur la pérennité des ressources marines (Objectif 7). Enfin, parce qu’il relèvera de l’aide publique au développement (APD), le projet contribue à la mise en place d’un partenariat mondial pour le développement (Objectif 8).
Le projet est unique dans son genre en Afrique de l’Ouest et même en Afrique toute entière. L’attraction sera certaine et la reconnaissance politico – intellectuelle sera internationale. Cette singularité aura un impact hautement économique, puisque tous les pays convergeront vers le Sénégal à la découverte des merveilles de la vie aquatique, occasion qui ne s’offrait à eux que lors de leurs voyages dans les pays développés des autres continents. L’aquarium fonctionnera 100 % à l’aide des énergies renouvelables (solaire et éolienne très abondantes au niveau des sites présélectionnés). Voilà une seconde particularité de ce projet, qui d’ailleurs est en accord avec la lutte contre l’effet de serre. Cette particularité lui confère le caractère ‘’finançable’’ par certains bailleurs de fonds. Les Sites d’implantation probables sont : Ile Sarpan ; le Cap manuel ; Yoff Tonghor ;
Quelle est la place des bassins de rétention dans le potentiel aquacole ?
Les bassins de rétention présentent un potentiel énorme et constituent un moyen sûr pour améliorer les conditions de vie des populations environnantes si des activités génératrices de revenus y sont développées. Cependant, le développement durable de telles activités exige des plans d’eau pérennes à travers des aménagements appropriés et une utilisation rationnelle de l’eau. C’est dans ce contexte que le présent projet est élaboré pour valoriser les bassins de rétention et en faire un véritable outil de développement local. Nous avons des sites propices dans presque toutes les régions. Les Retombées socio – économiques sont certains avec 1600 emplois directs et environ 16 000 personnes vont bénéficier des effets directs et induits de ce projet. Ce nombre peut être décuplé en moins de deux ans avec la démultiplication des plans d’eau valorisés. L’objectif est l’Amélioration de la consommation de poissons qui se traduira par une amélioration des apports protéiques et plus particulièrement ceux requis pour rester en bonne santé (50 g de protéines totales par jour) sans oublier le Revenu moyen annuel qui va passer de moins de 50 000 à 1 034 063 FCFA. Ce qui fait une augmentation de leur pouvoir d’achat qui facilitera leur accès à plus de produits alimentaires variés : une garantie de sécurité alimentaire. Du poisson frais pour tous et partout dans le Sénégal est notre objectif.
Propos recueillis par Tidiane Deme
source Nouvel Horizon