L’annonce par Standard & Poor’s de la baisse de la note de neuf pays auxquels il faut ajouter la Belgique qui avait été dégradée par Moody’s il y a quelques jours, est un échec pour l’Europe. Elle met fin à des illusions qui avaient pris figure de mythe, et qui avaient été dans certains cas savamment entretenues en dépit de la réalité.
La France n’a pas agi de manière financièrement responsable.
- Elle a, en connaissance de cause, accru son endettement d’une manière qui ne pouvait que provoquer la baisse de sa notation. Depuis plus d’un an, le coût de ses emprunts et la prime de risque s’était maintenu a un niveau élevé et, meme si ces derniers jours la situation est moins tendue, elle a laissé ses taux dépasser 4% et accru son endettement de près de 60 %, soit 600 milliards d’euros en cinq ans à la fin du 3eme trimestre 2011. Aujourd’hui, la dette de ces derniers donne un rendement de 1.8% à 10 ans alors que la France dépasse 3%. Les obligations allemandes à 30 ans rapportent 2%.
- En dépit du bon sens, elle a fait du AAA un cheval de bataille. Cette hypocrisie éclate à la face de ceux et celles qui en ont fait un « trésor national ». Depuis plus d’un an la dette souveraine française ne se traitait plus sur les marchés au niveau de AAA comme l’Allemagne ou les Etats-Unis. S’attacher à cette notation se comprend sur le plan politique : cela a permis à la France de prétendre pendant des mois à un statut aléatoire, donnant ainsi un pouvoir exorbitant aux agences de notation. Elles ne le méritent pas.
- Le texte relatif a une déterioration subséquente de na notations francaise est clair: elle interviendra si “les finances publiques (de la France) devaient dévier du chemin de consolidation projeté. Les mesures budgetaires annoncées par la France sont insuffisantes pour rencontrer les objectofs de deficit de 2012 et 2013 si la croissance est moindre que 1 a 2 %. “
L’Allemagne renforce son AAA.
- Malgré la baisse de la note française, la perspective reste négative. L’Allemagne voit sa notation confirmée mais la perspective est passée de négative à positive. Elle pourrait donc perdre le + attaché à son AA.
- Ce qui inquiète c’est que, selon le responsable de ces notations, John Chambers, au-delà de la situation des finances publiques, Standard & Poor’s s’inquiète pour la situation compétitive de l’économie française. Le décalage de croissance économique et de la balance du paiement entre la France et l’Allemagne pose des problèmes de fond.
- L’Allemagne a dépassé en 2011 le seuil historique de 1.000 milliards d’euros d’exportations. Il suffit de se rendre dans les pays émergents pour se rendre compte de l’importance des activités développées dans ces pays à forte croissance et de la place prédominante que l’Allemagne y occupe.
- Quatrième économie mondiale, après les Etats-Unis, la Chine et le Japon, l’Allemagne et avant la France, elle procure à ses habitants un revenu par habitant de 44.000 contre 40.000 pour la France. En dix ans, la croissance en termes réels des salaires a été de 5 % en Allemagne contre 25% en France.
- Il faudrait que l’Allemagne s’endette au-dela de 100% de son PNB pour que sa note soit remise en question.
La notation AAA de l’Eurozone ne résistera pas à la dégradation française
- La France, avec 20% du quota de garantie de l’Eurozone, assurait le maintien d’une majorité des pays garants dotés d’une notation AAA. Avec la perte de sa note, 35% seulement des garanties des emprunts européens sont AAA. Il paraît inévitable que la notation des institutions de l’Eurozone, et principalement le Fonds Européen de Stabilite Financière, ne pourra pas rester au niveau actuel.
- La Banque Européenne d’Investissement pourrait échapper à cette dégradation de la note européenne en raison de la qualité de ses actifs et de son niveau très élevé de fonds propres. C’est d’autre part une institution dont les actionnaires sont les 29 Etats Membres de l’Union Européenne.Mais comme les garants de ses prêts sont principalement des Etats et des banques européens, la chose n’est pas garantie.
- Le Mécanisme Européen de Stabilité Financière est un programme de financement d’urgence tributaire des fonds levés sur les marchés financiers et garantis par le budget européen des 29. Il a un encours de 60 milliards d’euros d’euro-obligations.
Les investisseurs exclusifs en actifs AAA vont-ils revoir leur position ?
- Une série d’investisseurs, particulièrement les institutions publiques et banques centrales, ont dans leur statut une limite spécifique pour leurs investissements : les actifs doivent être dotés d’une notation AAA. Nous avons assisté à une hécatombe dans les dernières années suite à la crise financière ou aux niveaux d’endettement.
- La rareté des actifs AAA accroitre la demande par rapport à la demande. Cela se traduit, notamment pour les Etats-Unis et l’Allemagne, par une baisse substantielle des rendements des ces obligations. L’écart entre les couts de financement des AAA et les autres va s’accroitre, renforçant encore la position budgétaire des pays AAA.
- Une série d’institutions financières ont déjà perdu ou vont perdre leur AAA en raison de la baisse de la notation du pays. Ce sera notamment le cas des institutions publiques.
- Les investisseurs vont-ils assouplir leur position ? Meme si ce n’est pas exclu, il est difficile d’imaginer un conseil d’administration prenant la décision de prendre plus de risques que dans le passé. Le climat de recherche des crédits de haute qualité domine les politiques d’investissements privés ou publics.
Au-delà du cas individuel de la France, l’annonce de la baisse de la note de 9 pays européens envoie un signal qui, dans la situation présente, ne peut que provoquer des réactions inquiètes à travers le monde. Rappelons cependant que ce qui a été perdu peut être retrouvé. Encore faut-il en avoir la volonté politique, les moyens et le soutien de la population.
Il y a 14 pays sur 137 qui jouissent encore du prestigieux AAA. Parmi eux, Le Royaume Uni, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Suisse et le Liechtenstein ne sont pas dans l’Eurozone: seuls l’Allemagne, le Luxembourg et la Finlande y représentent l’Eurozone. Pour rappel, ni Moody’s ni Fitch n’ont dégradé les Etats-Unis et la France.
Le Monde





















