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Promotion de l’agrobusiness : Les paysans crachent sur la trouvaille des autorités

Promotion de l’agrobusiness : Les paysans crachent sur la trouvaille des autorités

La volonté du gouvernement de faire de l’agrobusiness sa priorité pour booster la croissance accélérée n’enchante pas les paysans. Ces derniers dont les terres sont menacées par l’accaparement des étrangers estiment que cette nouvelle trouvaille des autorités risque de tuer les exploitations familiales agricoles.

«L’agrobusiness par rapport à l’agriculture familiale c’est comme le rat et l’arachide». Cette image du président d’honneur du Cncr, Mamadou Cissoko, en dit long sur l’hostilité que nourrissent les paysans envers les investisseurs étrangers qui veulent s’accaparer des  terres pour y construire des usines. Avant-hier, lors de l’ouverture du Forum international sur les exploitations familiales agricoles, le représentant des paysans n’a pas manqué de jeter des pierres dans le jardin des autorités étatiques. «Nous ne sommes pas contre l’agro business. (…) Où était le privé lors de la grande sécheresse de 1971? A l’époque, on déclarait que toute l’Afrique sahélienne allait mourir. En 1984, on a connu encore la  sécheresse, vous n’avez vu personne pour aider les paysans. On a bataillé dur, on a transcendé toutes les résistances naturelles. C’est maintenant que les choses se sont améliorées que les investisseurs viennent. Vous croyez que c’est logique ? De 1971 à 2000, personne n’est venu investir les terres sénégalaises», rouspète M. Cissoko. «Aucun Etat ne devrait confier la nourriture de sa population et son développement économique à des spéculateurs qui s’en iront dès que les profits seront plus intéressants», décrète-t-il.

Les paysans sont aussi remontés contre le Premier ministre, Abdoul Mbaye qui, lors de sa Déclaration de la politique générale, les a «royalement ignorés» dans la définition de la nouvelle politique agricole centrée sur la croissance accélérée. «Comment le Pm peut se rendre à l’Assemblée nationale et parler de la croissance accélérée sans prendre langue avec les paysans qui produisent 80 % de ce que les Sénégalais consomment. Au nom de quoi, il ne nous a pas associés ? Il devrait organiser une concertation. S’il constate que nous sommes à un niveau A, il devrait organiser une discussion pour que nous puissions arriver à un niveau B ou C. Quand tu encourages l’importation facile, tu décourages aussi la production», fulmine-t-il. Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), par la voix de Mamadou Cissoko, estime qu’il est en mesure de faire la production de l’huile si le gouvernement le dote de moyens. «J’ai dit au ministre que nous sommes d’accord pour produire de l’huile. Il suffit seulement de faire un contrat de production avec le Cncr. Cela est possible. En effet, il  suffit de donner un hectare à un paysan plus un tournesol. S’il a ces moyens, il va faire des prouesses. Le Cncr est prêt à faire ce type de contrat», dit M. Cissoko.

Qui n’a pas aussi manqué de critiquer le comportement de certains conseillers ruraux qui n’hésitent pas à bazarder des terres pour de modiques sommes d’argent à des privés. «Les conseillers ruraux sont à 90 % des paysans. Ils acceptent que des étrangers viennent accaparer leurs terres pour 10 000 ou 50 000 francs. Cela est une trahison du contrat qui les lie aux électeurs. Ces conseillers ont mis en avant leur quotidien immédiat au détriment d’une longue vision». Lui emboîtant le pas, le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Ali Haïdar, a fustigé un tel comportement. Prenant l’exemple de Saly, le ministre soutient que cette localité est dépourvue d’espace pour cultiver. «Notre richesse se trouve dans les terres que nous possédons. On doit avoir une relation avec la terre comme celle qu’on a avec nos familles. C’est pourquoi je dis halte à la vente des terres», peste Ali Haïdar.

MAMADOU CISSOKO INTERPELLE : «Au nom de quoi les Sénégalais ne vendent pas l’arachide là où ils veulent ?»

La libéralisation de l’arachide dont le prix du kilogramme est fixé à 190 francs a été évoqué par Mamadou Cissoko. Il estime que si les paysans sont arrivés à vendre l’arachide à l’extérieur c’est parce que le gouvernement du Sénégal n’a pas voulu mettre en place une bonne politique commerciale. «Le gouvernement doit avoir une politique commerciale. On a l’ognon, les pommes de terre, les tomates qui sont en bonne santé du point de vue de production. Ce n’est pas normal que des usines du pays donnent des prix dérisoires», dit-il. Il ajoute : 190 francs c’est trop petit. On n’a que ça. Les salaires ont augmenté combien de fois pendant dix ans. Aujourd’hui, si le marché nous offre 250 on accepte. Le gouvernement doit savoir que l’investissement n’est pas neutre et c’est lié à un problème de fait de société».

Walfadjri

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