Apres le printemps arabe, l’hiver islamiste
Le Printemps arabe. Quel « superbe lever du Soleil » comme la révolution française. Le superbe lever de soleil du Printemps arabe est entrain de sombrer dans le crépuscule de la grisaille de l’hiver islamiste. Dans le monde arabe actuel, le soleil du Printemps démocratique ne pouvait terminer sa rotation que dans l’éclipse de l’hiver islamiste. C’était aussi simple et prévisible que le soleil se lève chaque jour à l’est et se couche à l’ouest. Dans le monde arabe, il y a que deux forces sociales organisées : les Etats corrompus et les islamistes. Point de société civile ou d’opinion publique qui n’existent pas dans une dictature où la seule vertu du citoyen est le silence. C’est ce face à face entre les Etats corrompus et les islamistes qui sont les seules forces en présence dans l’espace politique qui explique que chaque fois qu’il y a une élection dans le monde arabe ce sont les islamistes qui sortent des urnes. Ce fut le cas en Algérie dans les années 90 avec le FIS, en Palestine avec le Hamas et aujourd’hui en Tunisie avec Enahda et demain en Egypte avec les frères musulmans. Même en Lybie où les forces sociales n’ont pas pu parachever la révolution, les islamistes sont arrivés dans les bagages de l’OTAN. Et si demain il y a une élection en Lybie les islamistes vont gagner. Quand le FIS a gagné les élections en Algérie, le processus avait été arrêté illégalement et le monde arabe a perdu 20 ans. Et il va falloir reprendre le processus la où il s’était arrêté c’est-à-dire laisser les islamistes gouverner s’ils remportent les élections. Arrêter le processus parce que le FIS a gagné et mettre la bande de Gaza sous embargo parce que le Hamas a gagné n’est pas très démocratique. Dans le monde arabe, les indépendances ont débouché sur la dictature, la révolution amènera les islamistes au pouvoir. L’arrivée des islamistes au pouvoir et leur mise à l’épreuve est une étape nécessaire pour aller à la démocratie car une fois au pouvoir les populations vont relativiser le projet islamiste parce qu’elles se rendront compte qu’il n’y a pas de solutions définitives aux questions humaines. Apres cette étape les partis islamistes évolueront vers le modèle turc. La démocratie est bel et bien soluble dans l’Islam. Le Sénégal et la Turquie en sont les meilleurs exemples.
Khaddafi : mort comme le Che
Le colonel Khaddafi a appliqué jusqu’au bout la devise de l’armée sénégalaise : « on nous tue mais on ne nous déshonore pas ». Il a préféré la mort chez lui au déshonneur de la fuite comme Ben Ali, au procès humiliant comme Moubarak ou une prison dorée au TPI comme Taylor. C’est toute la différence entre Khaddafi qui a toujours eu son idéologie chevillée au corps et Moubarak ou Ben Ali arrivés au pouvoir par accident et dépourvus de toute idéologie à part celle de l’enrichissement personnel et de la jouissance du pouvoir. Les leaders du CNT qui se sont empressés d’enterrer Khadaffi dans un lieu secret en plein désert ne pourront pas empêcher son spectre de les hanter. Khadaffi mort et exposé à Misrata rappelle le Che Guevara mort et exposé dans une école bolivienne. Que retenir de Khaddafi ? Il a été capable du meilleur comme du pire. Le pire a été sa dictature sanglante et son soutien au terrorisme. Le meilleur, il avait réussi transformer un pays désertique et des centaines de tribus bédouines en un pays riche et respecté ou craint qui a eu le mérite d’être un acteur des relations internationales alors que les pays africains ne sont que des sujets pour ne pas dire des pions qu’on déplace dans l’échiquier. En tout cas sur l’échiquier africain il a joué un rôle majeur dans la libération de l’Afrique australe et dans la fin de l’apartheid pour avoir soutenu militairement et financièrement l’ANC. N’eut été le soutien militaire de Khaddafi et la présence des troupes cubaines en Angola, la marche vers la fin de l’apartheid aura été plus longue et plus lente. L’aile militaire de l’ANC et la présence des troupes cubaines a grandement contribué à la prise de conscience des dirigeants de l’apartheid que le rapport de force n’était plus en leur faveur. D’ailleurs Mandela ne s’y est pas trompé en réservant une de ses premières sorties à Khaddafi pour le remercier malgré l’embargo qui frappait le pays. La mort de Khaddafi à la suite d’un raid de l’OTAN doit interpeller tout le continent parce que jusqu’à la preuve du contraire il n’ y a pas encore dans les missions de l’OTAN, le droit d’ingérence pour démocratiser les pays du sud. Depuis la dislocation de l’URSS, l’OTAN, un machin de la guerre froide qui avait été crée pour défendre le camp occidentale contre une agression soviétique se cherche une nouvelle mission. Elle semble l’avoir trouvé naturellement en Afrique qui de tout temps a été un terrain de jeu et d’expérimentation des grands acteurs des relations internationales.
Le haka politique
Ce qui se passe actuellement au Sénégal est plus un Haka politique que de la violence réelle. Les hommes politiques jouent tout simplement à se faire peur. Ils finiront par avoir peur comme des enfants qui jouent à se faire peur parce que cette violence est comparable à celle des all blacks neo-zealandais dans leur danse guerrière. Ce jeu de matamore à force d’être relayé par les médias finit par créer une psychose. Donc on joue à se faire peur, on finit par avoir peur et tout le monde se met à appeler à l’apaisement en oubliant qu’il n’y a pas de violence. C’est la situation très cocasse du Sénégal. Nous sommes à cinq mois des élections, le calendrier électoral se déroule normalement, les institutions ne sont pas bloquées, les candidats se préparent de même que les arbitres, tout se passe normalement mais comme on est au Sénégal et les candidats qui ne veulent pas avoir de vrais débats, jouent à se faire peur. Rien de nouveau sous le Soleil. En 2000 on nous annonçait l’apocalypse, en 2007, l’Armageddon et en 2012, on nous annonce le chaos mais le pays a un Etat qui fonctionne tres bien et c’est son avantage absolu comparé aux Etats de la région. Au fond il y deux schémas possibles. Premièrement le conseil invalide la candidature de Wade et le forcing est impossible parce que les leviers de l’Etat qui lui ont été confiés depuis 2000 ne vont pas fonctionner pour le suivre dans un acte manifestement illégal. Deuxièmement, le conseil valide sa candidature et là aussi force devra rester à la loi. Donc toute l’agitation que nous notons n’est qu’un que tempête dans un verre d’eau. Nous voulons de débats pas des hakas politiques par nervis interposés.
L’Arabie Saoudite se soviétise
Qu’est ce que l’Arabie Saoudite a de commun avec l’Union Soviétique. A priori peu de choses en commun à part l’absence de démocratie et de liberté dans les deux systèmes dont l’un est une théocratie alors que l’autre était athée. L’Arabie Saoudite aujourd’hui avec sa gérontocratie rappelle l’Urss des années 70 et 80 avec une moyenne de 80 ans de ses dirigeants. Quand l’URSS a voulu sortir de la gérontocratie et a sauté une génération avec l’arrivé de Gorbatchev au pouvoir, le système s’est effondré. En URSS on pouvait sauter une génération pour redonner un nouveau souffle à un système sclérosé mais impossible de la faire en Arabie Saoudite qui est une monarchie où il n’y a que des octogénaires dans l’ordre de succession au trône alors que le royaume a jamais eu autant besoin de reforme.






