Y en marre du débat sur le fichier
Je dis souvent que Cheikh Gueye, le nouveau Ministre chargé des élections et l’ambassadeur Bruno Diatta incarnent la continuité de l’Etat. Au delà continuité de l’Etat, ils incarnent l’équilibre qui permet à l’Etat du Sénégal de rester fort et debout malgré les secousses et errements consécutifs d’un pilotage à vue des autorités depuis 2000. Les hauts fonctionnaires et grands commis d’Etat comme Cheikh Gueye et Bruno Diatta ont des contrats à durée indéterminée avec l’Etat alors que les élus comme Wade ont un contrat déterminé avec l’Etat que les citoyens peuvent ne pas renouveler à chaque élection. Ce sont ces hauts fonctionnaires de qualité qui sont l’avantage absolu du Sénégal. Sur les 12 millions de sénégalais, l’inspecteur Général d’Etat Cheikh Gueye a surement et de loin le meilleur profil pour organiser les élections. Il en a douze à son actif et aucune n’a été sérieusement contestée. Si on compare les élections organisées par Cheikh Gueye depuis les législatives de 1998 avec la catastrophe électorale de la Présidentielle de 1988 de celle 1996 organisée par Abdourahmane Sow , la république lui doit des honneurs. Des législatives de 1998 jusqu’aux locales de 2009 en passant par les deux tours de la présidentielle de 2000 et celle de 2007, Cheikh Gueye a organisé des élections que Diouf a gagné ( 1998), que Diouf a perdu ( 2000) et donc que Wade a gagné ( 2000 et 2007) que Wade a perdu (2009). Diouf est parti, les fonctionnaires de la Direction Générale des Elections sont restés, Wade partira, ils resteront car les régimes passent l’Etat demeure. L’opposition aurait du applaudir des deux mains la nomination d’une telle personne à la tête du Ministère chargé des élections parce que c’est la meilleure garantie de transparence qu’on peut avoir mais abandonner la contestation électorale obligerait l’opposition à se pencher sur les vrais questions et proposer des alternatives sur des questions comme l’énergie et non plus réduire le débat de la présidentielle au départ de Wade. C’est tellement plus facile de se concentrer sur le fichier électoral qui devient bon quand on gagne avec et devient suspect quand on perd. La défaite de Diouf en 2000 et celle de Wade en 2009 sont la preuve que truquer des élections au Sénégal relève depuis longtemps du fantasme. L’argument qui consiste à dire que Cheikh Gueye est proche de Ousmane Ngom relève de la politique politicienne. Le DGE est un proche collaborateur de tous les ministres de l’Intérieur qui se sont succédés depuis le Général Lamine Cissé. Les Ministres comme Ousmane Ngom et les autres sont dans le domaine du souhaitable alors que le DGE est dans le domaine du légal ( le code électoral). C’est ce qui permet aux fonctionnaires de la DGE de passer d’un régime à un autre et d’un ministre à un autre sans état d’âme. Y en a marre du débat sur le fichier qui empoisonne la vie politique depuis 1983. Il est temps pour un vrai débat entre opposition et majorité sur les vraies questions (Casamance, Énergie, Éducation, Politique extérieure).
Le trop plein plutôt que le vide
Le guide des égarés! Vous connaissez ? C’est le titre du livre de Maimonide, un des mes auteurs préférés. Maimonide est un juif andalou qui a écrit ses chefs d’œuvre en arabe et qui est considéré comme un des meilleurs exégètes de la Thorah. Quand Wade dit qu’il n’a pas trouvé personne sur les 12 millions de sénégalais pour le remplacer il se prend le guide des égarés. Lui seul a la connaissance parfaite de la totalité et les 12 millions de sénégalais ne seraient que des ignorants. Je me suis mis un instant dans la peau du Président du Senat, de l’assemblée nationale ou du PM qui ont été obligés de chanter ses louanges quelques jours plus tard. Dans une fameuse conférence de presse, interrogé sur sa succession, De Gaulle avait eu ses mots pleins de sagesse « A ma disparition, je ne crains pas le vide mais le trop plein ». Que notre cher Président se rassure, après son départ il ne faut pas craindre le vide mais le trop plein auquel il a beaucoup contribué en banalisant la fonction. Pour 2012, le Sénégal battra des record de candidature. Nous sommes des croyants, le prophète et les quatre premiers khalifes sont tous partis et la terre continue à tourner autour du soleil qui ne connaitra pas une extinction parce que Wade a quitté le pouvoir. La Ve république a survécu à De Gaulle, les Etats-Unis à Washington et le Sénégal survivra à Wade même s’il est convaincu que tout se qui s’est passé de Faidherbe à 2000 ne servait qu’a annoncer son arrivée et tout se passera après son départ ne sera que commentaire de son action comme la philosophie qui n’est rien d’autre qu’un long commentaire de Platon. Même si Wade part aujourd’hui il n’ y aura aucun chaos parce que contrairement à la Cote d’Ivoire le Sénégal a hérité un Etat de Senghor et de Diouf. Un Etat très solide. S’il ne l’était pas, il serait effondré depuis longtemps par les remaniements et réaménagements intempestifs de Wade qui gouverne par la tension permanente. Les héros de la république sont ces milliers de fonctionnaires anonymes qui dans le secret de leur bureau tiennent l’Etat sur leurs frêles épaules en attendant que le Sénégal voit s’il renouvelle le CDD qui le lie à Wade en 2012.
L’Afrique n’aide pas l’Afrique
Alors que le monde s’organise pour venir en aide à la corne de l’Afrique en proie à la famine, on n’entend nullement la voix de l’Afrique. Comme lors de terribles famines qui ont ravagé l’Ethiopie dans les années 80, le sursaut ne viendra pas du continent mais ailleurs. Pour l’Éthiopie, il y avait l’initiative USA for Africa avec le « we are the world », pour la corne cette année il y a peu de chance qu’il y ait « Africa for Africa » à moins que Wade ressuscite son fameux ONG « l’Afrique aide l’Afrique ». Ce qui se passe dans la corne de l’Afrique et plus particulièrement en Somalie est ahurissant. La famine fait des ravages et les shebbabs (les islamistes somaliens) comme Mengistu dans les années 80 en Ethiopie interdisent aux humanitaires d’accéder dans les zones qu’ils contrôlent. Aucune voix africaine ne s’est élevée pour condamner ce qui est un crime de masse par la faim. Quand il y a eu le tsunami en 2005, les pays asiatiques ont été submergés par l’aide venue d’occident qui traine aujourd’hui les pays pour la corne de l’Afrique. L’attitude de l’Occident est fort compréhensible. Le Tsunami est une catastrophe naturelle alors que la famine en somalie comme celle de l’Éthiopie est le fait des hommes qui utilisent la faim comme arme de guerre.
Norvège : croisade anachronique
Aux États-Unis, il y a eu un avant et un après 11 septembre. En Norvège aussi il y aura un avant et un après Breivik. Le massacre de d’Oslo est une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de terrorisme aveugle. Breivik a réussi remettre en cause le contrat social norvégien fondé sur la paix et une très grande tolérance. Ce pays où l’on a probablement le meilleur saumon du monde a aussi avec Londres la police la plus courtoise et la plus souriante du monde. Par son acte, Breivik vise à remettre en cause ce modèle pour le substituer à celui de l’ordre très intolérant des chevaliers du temple pendant les croisades. Si la Norvège se referme sur elle-même et répond par le tout sécuritaire, Breivik aura gagné.






