Posted on 27 May 2011.
Dans l’état actuel des échanges du Sénégal avec l’extérieur, c’est une gageure d’espérer booster la croissance économique du pays par les exportations. Parmi les obstacles majeurs, le régime de change fixe qui nous pend au nez. La question a été agitée ce jeudi 26 mai par des spécialistes, dans le cadre d’un « Point économique » organisé par la Dpee.
La monnaie doit servir de baromètre à une économie et s’apprécie si les conditions générales de l’économie s’améliorent. Or, lorsqu’on a une économie qui a des problèmes de croissance et de déficit commercial en plus d’une monnaie forte, la rigidité du système de change ne peut qu’aggraver ces problèmes.
Ces problèmes ? Faiblesse de l’épargne, faiblesse de l’investissement notamment privé, productivité faible, revenus faibles, c’est le cercle vicieux dans lequel baigne le Sénégal à l’instar certes d’autres pays pauvres dont la croissance économique est limitée par ces contraintes. Et ce n’est sûrement pas le commerce extérieur dans son état actuel qui peut influer sur la croissance économique du Sénégal dont le constat du profil affiche : « erratique » et ce, depuis les indépendances. Avec seulement 20 à 22% à peu près de la production nationale qui est envoyée à l’extérieur, la tendance des exportations dans le PIB est nettement orientée à la baisse.
On l’aura compris, le bilan est loin d’être élogieux et si l’on s’en réfère aux différents constats faits hier, jeudi 26 mai par les spécialistes sénégalais de la question, dans le cadre du « point économique »initié par la Dpee (Direction de la prévision et des études économiques) sur la question du « commerce extérieur, croissance et développement économique : bilan et perspectives », il faudra agir sur bon nombre de facteurs pour prétendre renverser la tendance.
Parmi ces facteurs, le taux de change qui est beaucoup revenu dans le débat, au cours de la rencontre d’échanges présidée par El hadji Ibrahima Sall, ancien ministre du Plan et animée par Birahim Bouna Niang, professeur à l’Ucad, et qui a ouvert un boulevard de réflexions sur la politique sénégalaise du commerce extérieur, alors que la relation de causalité entre commerce extérieur et croissance économique est établie
Selon le conférencier qui s’est beaucoup appesanti sur les exemples des pays émergents notamment asiatiques et qui soutient que l’économie mondiale a connu une croissance beaucoup plus forte dans la période de libéralisation, les pays qui ont adopté une stratégie qui tirent la croissance de l’ouverture aux échanges « ont mieux réussi ». En d’autres termes, il y a nécessité pour le Sénégal de mettre en place un secteur d’exportations beaucoup plus dynamique et pour cela, de l’avis du Pr Niang, il est impératif de relancer le secteur manufacturier au lieu de se borner à exporter des produits primaires qui plus est, ne sont pas très demandés sur le marché mondial et pêchent par leur manque de compétitivité eu égard aux facteurs de production.
Rigidité bloquante
Certes le Sénégal est un pays ouvert, la question est : que fait-il de cette ouverture avec une faible diversification des produits exportés, une compétitivité souvent plombée notamment par un taux de change fixe et une productivité qui se cherche ? Il est d’ailleurs ressorti des débats suscités par la question, que la configuration de l’économie sénégalaise ne se prète pas au développement des échanges. Dans un système de change fixe, « si les élasticités ne sont pas adaptées, ça ne marche pas », a estimé un des intervenants au débat. La question du taux de change est ainsi relancée et la notion de flexibilité est restée en surface.
L’expérience des pays asiatiques est ainsi invoquée pour dire que ces pays, en l’espace de vingt cinq ans, ont réussi là où les pays développés ont mis cent ans, simplement en agissant sur beaucoup de leviers parmi lesquels, le taux de change.
D’où la nécessité, selon le Pr Niang, « de réfléchir sur la possibilité d’introduire dans notre système, un peu plus de flexibilité. »
Il reste entendu, comme le reconnait le Pr Niang, que c’est plus difficile à concevoir qu’à appliquer, le Sénégal faisant partie d’un ensemble communautaire. La question ne manque cependant pas de pertinence, bien au contraire, surtout si l’on considère qu’aujourd’hui et depuis des années maintenant, les pays faisant partie de la zone euro dont le CFA arrimé, souffrent énormément de la concurrence d’un dollar déprécié.
Pour le Directeur de la Dpee, dans les échanges extérieurs, le problème du taux de change est très important, mais il n’est pas le seul facteur déterminant sur lequel intervenir au Sénégal. Pour lui, le vrai problème, « c’est la productivité », même si, reconnait-il, un régime de change flexible ne devrait pas être exclu.
En revanche, El hadji Ibrahima Sall, lui, met l’accent sur ce qu’il appelle le « manque de politique publique dédiée à l’entreprise ». Il n’est pas étonnant, selon lui, que « la contribution la plus importante à notre PIB soit une contribution des services.» Le secteur tertiaire contribue en effet à 60% du PIB. Pour dire qu’ « il n’y a pas de politiques de l’entreprise au Sénégal », estime M. Sall.
SUD QUOTIDIEN