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Afrique subsaharienne : bon progrès dans la lutte contre la pauvreté, mais peut mieux faire

FMIMark Plant, directeur adjoint pour l’Afrique du FMI, a conduit à Dakar une délégation qui, pour la première fois, a décidé de venir présenter en Afrique le Rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne… Jusque-là, la présentation de ce rapport se faisait à Washington DC, au siège de l’organisation. Une opportunité pour Les Afriques de rencontrer cet expert du FMI.

Ce Rapport sur les perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne, vous l’avez intitulé « Résilience et Risques », pourquoi cela ?

Résilience parce que l’Afrique a eu une expérience particulière ces dernières années après la crise, le taux de croissance des pays africains ayant augmenté beaucoup plus vite que les années antérieures.

Et pourquoi « Risques » ?

Risques parce que des risques subsistent toujours en Afrique au regard de la conjoncture économique et financière mondiale.

Est-ce que l’on n’a pas plutôt un peu grossi la capacité de résilience des économies africaines, car, on le dit, les pays africains n’étaient pas totalement connectés à l’économie mondiale.

Oui effectivement, à part l’Afrique du Sud, les premiers effets de la crise n’ont pas été ressentis en Afrique. Mais il faut savoir que c’est la deuxième partie de la crise qui a touché l’Afrique, lors de sa mutation en crise financière dans les pays développés, qui est donc par la suite devenue une crise de demande pour les produits africains.

Mais même lorsque cette deuxième vague de la crise est arrivée en Afrique, une fois de plus, quelle était son ampleur réelle, si l’on sait que seuls certains pays étaient touchés ?

Les pays à faibles revenus n’étaient pas très affectés, mais tous les pays qui ont des exportations sont dépendants de la demande de leurs produits, et donc plusieurs pays africains ont été frappés en Afrique, et pas seulement les pays développés.

Peut-on dire que la croissance de l’Afrique sera plus rapide maintenant par rapport aux autres pays ?

Oui, plus rapide que dans beaucoup de pays développés. On prévoit un taux de croissance moyen cette année de 4,8% et en 2011 de 5,5%. Ce sont là des taux de croissance plutôt rapides. Dans le siècle précédent, lors des trois dernières crises, le taux de croissance était beaucoup plus faible.

Au regard du taux de croissance démographique en Afrique, ne peut-on pas dire qu’un taux de croissance économique de 4% est encore faible ?

Oui, vous avez raison, c’est encore un peu faible. Pour faire des progrès appréciables dans la lutte contre la pauvreté, il faudrait des taux de croissance de 7 à 8%.

On a beaucoup parlé dans votre rapport des pays de l’UEMOA, quelles étaient leurs spécificités face à cette crise ?

L’Uemoa est un groupe de pays ouest-africains qui a une économie plutôt agricole. Ce qui était, dans une certaine mesure, bénéfique, car les produits agricoles étaient toujours très demandés. Donc cela a aidé un peu ces économies. Mais en même temps, ce sont des pays qui n’ont pas eu une croissance très, très forte.

Si l’on fait des projections jusqu’en 2011, est-ce que les taux de croissance de l’Uemoa sont intéressants selon vous ?

C’est correct, puisque leur taux de croissance oscillera entre 4 et 5%, mais on peut faire mieux si on a des investissements dans les infrastructures, plus de transparence dans la gestion des affaires, et plus de réformes dans le cadre de la bonne gouvernance.

Quel est le pays qui, dans la zone Uemoa, vous a le plus impressionné en termes de gestion économique ?

Nous avons trouvé que le Burkina, le Bénin et le Mali ont beaucoup progressé et enregistré des taux de croissance assez importants.

Vous avez dans ce rapport beaucoup évoqué les politiques monétaires et budgétaires des pays. Est-ce que ces quelques pays de l’Uemoa ont fait des progrès réels à ce niveau ?

Oui, surtout des progrès dans le domaine budgétaire, où il s’agit de bien maîtriser les dépenses, et en même temps de réunir des financements par les recettes fiscales, ou auprès de bailleurs de fonds, pour financer le budget de façon appropriée.

L’arrimage du franc CFA de la zone Uemoa à la zone Euro, est-ce réellement un avantage selon vous ?

Oui. Cela a donné aux pays de la zone une certaine stabilité macroéconomique. Il n’y avait pas d’inflation très élevée. Et cette stabilité a été bénéfique pour toute la région.

Mais le Ghana, où la devise n’est pas arrimée à l’euro, a fait aussi bien, sinon mieux…

Mais le Ghana a d’énormes potentiels qu’il ne faut pas négliger. Il y a non seulement les produits agricoles d’exportation, mais aussi le pétrole qui va bientôt animer l’économie. On a le choix entre un taux de change fixe ou variable, ce sont des choix importants pour chaque pays, mais chaque cas de figure a ses atouts.

Au regard des conclusions de ce rapport, est-ce que le FMI se dit satisfait des performances économiques de l’Afrique subsaharienne aujourd’hui ?

Oui, satisfait, mais on doit faire mieux dans la lutte contre la pauvreté et pour l’emploi.

Les Afriques

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