Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), ne laissera pas dire que son institution pratique une politique irresponsable et dangereuse. Alors qu’une vague de critiques a accueilli la récente décision de la Fed d’injecter 600 milliards de dollars dans le circuit financier pour relancer l’économie, M. Bernanke, invité d’honneur d’une conférence de banquiers centraux, vendredi 19 novembre, à Francfort, a préféré prendre le problème dans l’autre sens.
Selon lui, ce sont d’abord la Chine et d’autres pays émergents qui, en freinant l’appréciation de leur devise, contribuent aux déséquilibres mondiaux. Et aggravent le phénomène d’une reprise mondiale “à deux vitesses” : lente dans les économies avancées, comme les Etats-Unis “où le taux de chômage stagne depuis dix-huit mois à près de 10%”, rappelle M. Bernanke, mais très rapide dans le monde émergent.
MENACE DE REPRÉSAILLES
Dans ces conditions, “pourquoi les autorités de nombreux pays émergents ont-ils empêché l’appréciation de leurs devises à des niveaux plus adaptés à leurs fondamentaux économiques ?”, a interrogé le banquier central américain dans un discours académique mais au ton très direct.
L’annonce d’un nouvel assouplissement monétaire par la Fed, début novembre, avait soulevé une véritable fronde en Chine, en Corée du Sud ou au Brésil. Tous ces pays accusent les Etats-Unis de pratiquer une stratégie du dollar faible et de provoquer un afflux de capitaux vers leurs économies.
Certains n’ont pas hésité à brandir la menace de représailles, entre contrôle de capitaux et intervention sur le marché des changes. L’objectif : tenter de contrôler l’évolution de leur devise et préserver leurs exportations. M. Bernanke prône la stratégie contraire.
“ASSOUPLISSEMENT QUANTITATIF”
Les pays émergents, selon lui, doivent laisser leur monnaie s’apprécier pour limiter la surchauffe de leur économie, accompagner le rééquilibrage de la croissance mondiale et prévenir la déflation dans les pays en convalescence. Ces derniers sont loin d’être sortis de l’ornière. Quant aux Etats-Unis, a rappelé le patron de la Fed, “on ne peut exclure que le chômage continue à grimper à court terme”.
En lançant une nouvelle vague d’”assouplissement quantitatif”, la Réserve fédérale chercherait “à soutenir la reprise économique, à promouvoir une croissance plus rapide de l’emploi, et à réduire les risques” de déflation, affirme son président. Et M. Bernanke de souligner que l’économie américaine n’est pas là seule en jeu : “Une forte expansion des économies émergentes dépendra, au bout du compte, du rétablissement des économies plus avancées”.
Le Monde






