En conférence de presse, hier à Dakar, le directeur général de l’Omc a fait le point sur les négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha. Selon Pascal Lamy, l’essentiel des points de revendication des Africains, en dehors des subventions du coton par les pays riches, est « sur la table ». En clair, le principal blocage se situe entre pays riches et pays émergeants, notamment sur la question de la réduction des droits de douanes.
Revenant sur les négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha en cours depuis neuf ans maintenant, le directeur général de l’Omc, Pascal Lamy, indique que 80 % du chemin a été fait. « Il y a déjà, sur la table, tout un paquet de concessions qui sont prêtes mais elles ne seront applicables que si l’ensemble des négociations se terminent. Des choses essentielles pour les Africains font partie de ce qui a été déjà agréé : un accès aux marchés des pays riches et dans un certain nombre de pays émergeants, une prohibition des subventions en matière d’exportation des produits agricoles (un des instruments utilisés par les pays riches et qui a endommagé l’agriculture des pays en développement), une amélioration en matière d’accès des droits de douanes, etc. Il y a déjà beaucoup d’éléments sur la table. Il reste à trouver un ajustement entre les Américains et les Européens, d’un côté, et d’un autre côté, les pays émergeants (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud) sur un certain nombre de sujets de concurrence entre ces deux groupes de pays », explique-t-il. Pour ce qui est des pas d’Afrique, Pascal Lamy renseigne que « l’essentiel de la négociation, de ce qu’ils demandaient, est maintenant sur la table, suite à des concessions faites par les pays riches et un certain nombre d’autres pays émergeants ».
Question de la subvention du coton
Selon lui, il faut que les Africains fassent la pression sur les pays riches et émergeants pour parvenir à un accord global, condition sine qua non de l’application de ces concessions. Au préalable, dans son intervention à l’Ucad hier matin, Pascal Lamy avait magnifié la position de l’Afrique dans ces négociations. « C’est la première fois, dans l’histoire des négociations, que l’Afrique est parvenue à peser de son poids », à poser sur la table la question de la justice dans le commerce, notamment en indexant les pays riches prompts à subventionner leur agriculture pour la rendre compétitive. Ceci grâce à la maîtrise des questions par ses négociateurs. A son avis, c’est entre pays riches et pays émergeants que se situent les points de blocage. Entre ces « gros éléphants », l’essentiel des points d’achoppements concerne, aujourd’hui, la question de la réduction des droits de douanes dans certains secteurs particuliers. « En plus de ce qu’il y a déjà sur la table, il y a encore des questions à régler en matière de subventions à la pêche, sur les biens et services environnementaux, sur un certain nombre d’ouvertures du marché des services, etc. La seule chose majeure qui reste ouverte, et qui concerne pour l’essentiel les Africains, c’est la réduction des subventions au coton », précise le patron de l’Omc.
Les autres points concernent l’accès des produits agricoles africains aux marchés des pays riches, la réduction des droits de douanes et la question des subventions. Sur la première partie (la suppression des subventions agricoles d’une manière générale notamment), « c’est sur la table ». « Il reste à déterminer, à la fin des négociations, quel est l’effort supplémentaire par rapport aux autres produits agricoles, que les Etats-Unis et l’Europe devront faire en matière de réduction de leurs subventions au coton », ajoute M. Lamy. Toutefois, la position du groupe africain, connue depuis plusieurs années, reste qu’il n’y aura pas de conclusion de ces négociations, à laquelle l’Afrique doit donner son accord, sans règlement de cette question de subvention du coton.
Quant à la faiblesse de la part de l’Afrique dans les échanges commerciaux internationaux, il estime qu’elle est principalement due à la faiblesse des échanges intra-africains (de l’ordre de 10 % seulement, contre 50 % pour les pays asiatiques et respectivement 60 % et 40% pour l’Europe et l’Amérique du Nord). « Le commerce intra-africain se heurte à un héritage colonial comme si, cinquante ans après la décolonisation politique, une partie de la décolonisation économique était à faire », a-t-il dit dans son discours à l’Ucad. A son avis, la dynamique d’intégration reste le passage obligé pour que l’Afrique trouve une place plus importante dans le commerce international.
Nécessité d’une surveillance macroéconomique
Dans la matinée, il a beaucoup insisté, dans son discours, sur les performances économiques du continent africain. Une économie frappée de plein fouet par la dernière crise mondiale de 2009 qui « a mis fin à la reprise sur le continent africain qui avait retrouvé le chemin du développement ». Cette crise, rappelle-t-il, a causé un repli des cours des produits de base et un resserrement de l’économie mondiale. Mais, en dépit de ce choc, ajoute Pascal Lamy, le continent africain a repris la marche vers le développement avec une croissance estimée à 5 % en 2010 et prévue à 6 % en 2011. Cette reprise de l’Afrique s’explique par le rôle des politiques contracycliques sur le continent. Le système financier africain, moins intégré à l’économie mondiale, a été un « sérum anti-contagion » lors de la crise. Sur le plan mondial, le redressement du commerce international en 2010 a atteint 13,14 % en volume, soit une remontée sans précédent. Cela a entraîné aussi une demande forte pour les exportations africaines.
Pascal Lamy a invité les Etats africains à faire de la surveillance macroéconomique un élément de gouvernance. Le directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce (Omc) a cité le Sénégal comme un bon exemple de politique progressiste en matière économique. Rappelant les effets positifs d’un commerce international ouvert, M. Lamy a déclaré que « l’expérience démontre que les pays ouverts aux échanges internationaux ont performé mieux. Le Sénégal est un bon exemple de politique progressiste, de promotion économique favorable aux investissements ». Selon le patron de l’Omc, « le commerce est le bon carburant pour la croissance et la réduction de la pauvreté ».
Le Soleil






