La crainte d’une récession en deux temps – dite “à double creux” – fait baisser le taux d’intérêt porté par les titres obligataires refuges que sont le Treasury américain, le Bund allemand ou le Gilt britannique. Les détenteurs d’emprunts d’Etat auront beaucoup à perdre si la tendance s’inverse, mais pour le moment, ce sont les marchés d’actions et de matières premières qui sont les plus exposés au risque de baisses douloureuses. A l’instar des obligations, l’or et le dollar pourraient prendre de la valeur si l’économie mondiale n’affiche pas rapidement des signes vigoureux de convalescence.
L’angoisse de voir s’ouvrir une nouvelle phase de récession s’est réveillée jeudi 19 août, lorsque sont parus des chiffres américains très décevants sur l’emploi et l’industrie manufacturière. Ce ne sont pas les seules mauvaises nouvelles. Au deuxième trimestre, la croissance japonaise a faibli, pour s’établir à 0,1 %, et le rythme annuel de croissance des importations chinoises a accusé une brusque décélération entre juin et juillet. Bref, pour les trois plus grandes économies du monde, l’heure est au ralentissement. Les investisseurs redoutent le retour de la crise, la chute des prix et même une véritable dépression.
C’est ainsi que le cours du pétrole diminue tandis que le marché obligataire se porte comme un charme. Les obligations d’Etat à 10 ans allemandes, américaines ou britanniques présentent toutes un taux de rémunération inférieur à 3 %. Chose inhabituelle, l’inflation est faible aux Etats-Unis, et les rumeurs de déflation y vont bon train. Le Royaume-Uni se trouve, lui, dans une situation inédite, où le taux de l’emprunt d’Etat est inférieur au taux d’inflation. Les investisseurs préfèrent pourtant acheter des bons britanniques plutôt que d’investir dans la dette des pays de second rang de la zone euro, qui auraient beaucoup à souffrir d’une récession à double creux.
Si l’économie américaine devait replonger, la Réserve fédérale ferait sans aucun doute fonctionner sa planche à billets. C’est ce qui explique que le prix de l’or, la seule valeur sûre qui soit aux yeux de ses inconditionnels, n’ait jamais été aussi élevé depuis sept semaines. La hausse du dollar observée vendredi 20 août pourrait néanmoins se poursuivre. En effet, on a pu constater, au cours de précédentes périodes de forte aversion au risque, que le dollar était considéré comme plus sûr que l’euro ou la livre sterling.
Les marchés d’actions restent très vulnérables. L’indice Dow Jones pourrait bientôt repasser sous la barre des 10 000 points, comme il l’a déjà fait en juin et juillet. La publication de nouvelles statistiques économiques médiocres aggraverait encore la baisse et entraînerait toutes les places mondiales dans le mouvement. Tous les marchés de matières premières, pour lesquels le dynamisme de la demande et la confiance dans les circuits financiers sont primordiaux – celui du pétrole par exemple -, seraient terriblement affectés.
On peut toutefois se demander si toute cette anxiété n’a pas quelque chose de disproportionné. Le commerce international, la production industrielle, la croissance et le cours des matières premières ont tous rebondi rapidement après une période de récession très sévère. Les chiffres en demi-teinte observés récemment ne sont peut-être jamais que la contrepartie naturelle d’une vive reprise. Mais il est tout à fait possible que les investisseurs décident de délaisser les marchés d’actions et de matières premières avant l’annonce de chiffres plus rassurants. L’extrême faiblesse des taux suggère que les obligations sont survalorisées, et s’il est bel et bien question de “bulle”, on pourra dire que cette bulle-là sera née non pas de l’exubérance, mais d’un excès d’angoisse.
Le Monde






