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Sortie de crise: le grand écart franco-allemand

En cette période de sortie de crise, les chiffres relatifs à l’état de l’économie sont scrutés attentivement. Ils font aussi – et surtout – l’objet de comparaisons. C’est le cas notamment des données sur la croissance.

Les derniers éléments disponibles en la matière ont montré qu’en France, le progression du produit intérieur brut (PIB) a été de 0,6 % au deuxième trimestre cette année par rapport au trimestre précédent.

C’est mieux que ce qui était attendu (+ 0,5 % avait dit l’Insee). Mais c’est moins bien que ce que certains des pays voisins peuvent afficher : le PIB des seize pays de la zone euro a augmenté de 1 % au deuxième trimestre, un plus haut depuis quatre ans, et en Allemagne, par exemple, le PIB a progressé de 2,2 %.

A quoi tient un tel écart ? Y a-t-il matière à s’inquiéter ? Ou à inciter à accélérer certaines réformes ? C’est la question que j’ai posée à plusieurs économistes. Après les réponses de Nicolas Bouzou , directeur de la société Asterès, et de Sylvain Broyer, économiste chez Natixis, voici les explications de Mathilde Lemoine,directeur des études économiques et de la stratégie marchés chez HSBC France.

Comment expliquer un tel écart de croissance entre la France et l’Allemagne ?

Se référer au seul chiffre du deuxième trimestre 2010 n’a pas beaucoup de sens. Si la performance allemande est meilleure sur ce trimestre, c’est que l’économie allemande est plus cyclique : quand il y a une récession, elle y est plus forte, et quand il y a une reprise, elle y est plus dynamique.

Il ne faut pas oublier que le recul en Allemagne avait été plus fort qu’en France durant la crise. Là, le deuxième trimestre est plus dynamique.

Je ne comprends pas cet emballement sur le “modèle” allemand. Quel est l’indicateur qui permet de dire que l’Allemagne fait mieux ?

En réalité, elle a une moins bonne performance que la France. La croissance moyenne en glissement annuel côté français reste supérieure à celle observée côté allemand : + 1,8 % sur la période 1998-2010, contre + 1,1 %.

Et le PIB français est actuellement plus prêt de son point haut que le PIB allemand : – 2.2 % (par rapport à un point haut qui se situait au premier trimestre 2008), contre – 2,7%.
Oui, nous aurons, en France, une croissance plus faible que l’Allemagne en sortie de crise. Mais, sur une plus longue période, cela s’annulera.

On voit, malgré tout, un meilleur comportement de l’économie allemande, notamment à l’export ?

Il est clair que la compétitivité hors prix (le fait de disposer de produits difficilement substituables et que les consommateurs étrangers réclament même si les prix augmentent) de l’économie française est très inférieure à celle de l’économie allemande. Cela tient à un manque d’investissement privé en innovation. Cela facilite le positionnement des Allemands à l’exportation.

Par ailleurs, il est vrai que l’économie française est moins ouverte que l’économie allemande et que la part des exportations vers les pays émergents y est plus faible.

En 2009, la récession a été moindre en France. On a dit que ces résultats honorables – en comparaison avec ceux des pays voisins – tenaient pour une large part à un certain “modèle social”, aux mécanismes sociaux et/ou fiscaux (les stabilisateurs automatiques). Est-ce qu’en cette période de sortie de crise, ce “modèle” ne constitue pas une sorte de handicap et dès lors faut-il le réformer ?

Notre modèle social (prestations sociales, fiscalité) limite le choc de la récession. Mais, lors de la reprise, les stabilisateurs automatiques, qui ont permis l’amortissement de la récession, jouent dans l’autre sens.

En France, le revenu brut disponible des ménages est moins cyclique qu’en Allemagne. L’ampleur de ses variations, à la hausse comme à la baisse, est limitée par les dépenses publiques (52,7 % du PIB en 2008, contre 43,7 % Allemagne). En conséquence, la consommation est aussi moins volatile à la baisse (on l’a vu pendant la crise) comme à la hausse. De même que l’emploi.

Les prestations de protection sociale représentaient 44 % du revenu disponible brut des ménages français et 29 % du PIB en 2007 en France. Par ailleurs, l’emploi public, qui n’est pas dépendant de la conjoncture, représente 23 % de l’emploi salarié en France et 21 % de l’emploi total.

Après que notre modèle social ait limité le choc de la récession sur le revenu disponible brut des ménages et donc sur l’emploi, le redémarrage économique génère une augmentation des recettes fiscales qui va limiter la croissance du revenu disponible, les transferts se réduisant par ailleurs.

Il faut s’attendre durant les prochains trimestres à une croissance moins dynamique en France qu’en Allemagne. Mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions en matière de performance économique.

Nicolas Sarkozy a évoqué la nécessité de réduire les écarts de compétitivité en Europe, en commençant d’abord par la France et l’Allemagne. La Cour des comptes a été chargée de faire un état des lieux sur les systèmes fiscaux des deux pays. La France doit-elle s’inspirer de ce qu’a fait l’Allemagne ces dernières années ?

Leur “Etat providence” est plus faible, on le sait. Avec les lois Hartz, mises en oeuvre entre 2003 et 2005, l’Allemagne a réformé l’assurance chômage, réduit les prestations sociales et les dépenses d’assurances maladie. Elle a aussi réformé la fiscalité et augmenté la TVA, réformé des retraites. L’objectif était d’améliorer la compétitivité globale de l’Allemagne et de réaliser un assainissement budgétaire

En conséquence entre 2004 et 2007, la part des dépenses publiques dans le PIB a fortement baissé en Allemagne : elle est passée de 48,5 % du PIB en 2003 à 43, 7% en 2008.

Mais, en matière de compétivité coût du travail, la France continue à faire légèrement mieux que l’Allemagne, ne l’oublions pas.

LE MONDE

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