La banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) abrite à partir d’aujourd’hui (du 16 au 20 août 2010 à Dakar), les réunions annuelles de l’association des banques centrales Africaines (Abca). La mise en œuvre du programme de coopération monétaire en Afrique (Pcma), de la Banque Centrale Africaine (Bca), du programme de Coopération Monétaire en Afrique, etc. seront au menu de ces assises sur lesquelles le gouverneur de la Bceao, M. Philippe – Henry Dacoury – Tabley, revient sur les véritables enjeux.
Monsieur le Gouverneur, nous sommes à la veille des assises annuelles de l’Abca que la capitale sénégalaise va accueillir du 16 au 20 Août 2010, quels sont les enjeux de cette rencontre ?
Les assises de Dakar sont de la plus haute importance pour notre organisation. Elles prévoient une réunion du Comité Technique de l’Abca, de son Bureau ainsi que la rencontre annuelle du Conseil des Gouverneurs de l’Abca. En marge de ces assises, un symposium est également prévu portant sur le thème « Rôle des Banques Centrales Africaines dans la régulation et la stabilité du système financier ». Ces réunions permettront de faire le point sur le processus de mise en œuvre de la future monnaie unique africaine et d’examiner les axes d’approfondissement et de consolidation du système financier du continent, au regard de la récente crise financière mondiale. Ces rencontres seront, en outre, l’occasion d’une revue du processus de convergence macroéconomique engagé par les Etats africains, dans la perspective de l’avènement d’une monnaie commune continentale d’ici à l’horizon 2021. Il est utile de rappeler que l’association des banques centrales Africaines (Abca) a été créée à la suite de la première réunion des Gouverneurs de Banques Centrales Africaines, tenue du 15 au 22 février 1965 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Cette institution est devenue, depuis lors, une organisation spécialisée de l’Union Africaine. Elle a pour objectifs notamment de favoriser la coopération dans les domaines monétaire, bancaire et financier et de préparer à l’avènement d’une monnaie unique et d’une Banque Centrale commune en Afrique. A ce jour, l’association compte trente-neuf (39) banques centrales représentant cinquante et un (51) Etats membres de l’Union Africaine.
Il est prévu à l’occasion de ces rencontres un Symposium sur le thème : « Rôle des Banques Centrales Africaines dans la régulation et la stabilité du système financier ». Pourquoi le choix de ce thème ?
Le choix du thème du symposium est dicté par les leçons qu’il convient de tirer de la récente crise financière internationale. Comme vous le savez, l’économie mondiale sort de fortes turbulences financières, qui ont ébranlé aussi bien les pays industrialisés que les pays émergents et en développement. La crise financière a mis en exergue l’importance de la stabilité du système financier, gage de pérennité du système économique dans son ensemble. Dans ce cadre, il nous est apparu important, dans un esprit de responsabilité, de tirer les enseignements des défaillances du système financier et de tracer les repères pour repositionner les banques centrales dans le domaine de la régulation et de la supervision bancaire et financière qui ont montré des défaillances à l’origine de cette crise. Au total, au-delà des mesures prises pour juguler la crise, nous avons jugé opportun de jeter les bases d’une réflexion collective sur les modalités de réorganisation de notre système financier, afin de mieux prévenir les crises futures. Ce symposium offrira un cadre propice aux dirigeants des Banques Centrales africaines pour partager leurs visions sur les voies et moyens de consolider le système financier international.
Où en est-on avec le Programme de Coopération Monétaire en Afrique dont le Conseil des Gouverneurs de l’Abca est justement chargé de la mise en œuvre ? Pouvez-vous revenir sur les enjeux de cette initiative et le projet de création d’une monnaie unique ?
Les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine ont inscrit dans leur agenda le projet de création d’une monnaie unique africaine, dont la mise en œuvre est confiée à l’Abca. Dans l’exécution de ce mandat, nous avons proposé de mettre en œuvre un cadre de convergence macroéconomique pour préparer l’introduction de la monnaie unique. C’est le but principal du Programme de Coopération Monétaire en Afrique (Pmca), adopté le 4 septembre 2002 à Alger. Ce programme vise la création, à l’horizon 2021, d’une monnaie et d’une Banque Centrale continentales comme je l’ai relevé plus haut. Sur le plan pratique, nous avons entamé la définition d’une stratégie de création de la Banque Centrale Africaine, et procédé au renforcement de l’Association, à travers l’adoption de nouveaux statuts. En outre, un Comité de pilotage a été institué, chargé de la réalisation de l’étude stratégique sur la création de la Banque Centrale Africaine. Aujourd’hui, toutes les cinq sous-régions issues du découpage géographique de l’Abca (Nord, Sud, Est, Ouest et Centre) disposent d’un programme formel de coopération monétaire tel que recommandé par le Pcma. Même si les performances des Etats membres se sont significativement détériorées avec la crise financière internationale, l’évolution du programme de convergence apparait relativement satisfaisante. Et aujourd’hui, vingt et un pays, soit 42% des pays membres de l’Association respectent les quatre critères de premier rang qui ont été définis. Il s’agit de résultats louables qu’il convient d’encourager et de consolider.
La monnaie unique africaine apparaît nécessaire au moment où nos économies font face à une vulnérabilité accentuée, qui les expose à des chocs macroéconomiques assez violents. Elle serait un moyen de corriger l’étroitesse des marchés nationaux et d’envisager le développement du continent dans une approche communautaire, plus efficace que les politiques nationales isolées. L’intégration monétaire répond aux impératifs d’exploiter les atouts des pays membres dans l’objectif de dynamiser leurs économies et de les préparer à une meilleure insertion dans l’économie mondiale.
Quelles sont, aujourd’hui, véritablement les perspectives monétaires de la région ouest-africaine au lendemain de la crise financière internationale ? Que peut-on dire exactement de la situation économique en Afrique de l’Ouest notamment ?
Globalement, au sein de l’Uemoa, la situation économique tend à se redresser progressivement, à la faveur des mesures mises en œuvre au niveau régional, auxquelles la Bceao a pris une part active et déterminante. Ainsi, le taux de croissance ressortirait à 3,6% en 2010, après 2,8% en 2009. Le taux d’inflation, en moyenne, sur les six premiers mois de l’année 2010 est en deçà de l’objectif de 2%. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que l’inflation dans l’Uemoa est sous contrôle, ce qui contribue largement à créer les conditions d’un financement sain des économies de l’Union. Le niveau des réserves de change représente plus de 6 mois d’importations de biens et services, ce qui constitue un avantage pour les politiques d’investissement des Etats et renforce l’attractivité de notre zone pour les investisseurs étrangers.
La liquidité globale de l’économie, qui s’était singulièrement réduite au plus fort de la crise, n’a cessé de s’améliorer, avec un taux de liquidité qui est passé d’environ 30% en 2008 à 33% en 2009. L’encours du crédit intérieur, qui regroupe les crédits octroyés au secteur privé et les créances nettes du système bancaire sur les Etats membres, a enregistré une progression de 18,3% durant l’année 2009 et a consolidé cette tendance haussière au cours des premiers mois de l’année 2010. Les indicateurs de crédit sont donc globalement favorable
Cela dit, il y a quand même quelques sources de préoccupation qui sont essentiellement liées à la situation des finances publiques et l’attrait encore timide des capitaux étrangers en direction de notre zone pour soutenir la croissance économique dans les Etats. Dans son rôle de Conseiller financier, la Banque Centrale attire régulièrement l’attention des Etats sur l’exigence de maintenir le cap de l’assainissement des finances publiques et de la bonne gouvernance dans nos pays. Nous appelons également à la mise en œuvre des réformes en profondeur pour le développement du secteur privé, en particulier celles qui sont relatives à l’amélioration de l’environnement des affaires et à des changements structurels de nos économies pour tirer un meilleur profit des effets de la mondialisation.
Monsieur le Gouverneur, à partir de ces Assemblées Annuelles, vous allez assurer la présidence de l’Abca, quelles seront vos priorités ?
Dans l’ambitieux programme de l’Abca de fédérer les Banques Centrales autour de la construction d’un espace monétaire unifié en Afrique, toutes les actions sont prioritaires. Néanmoins, nous nous attellerons à accélérer la cadence de notre marche vers ce noble objectif. Il s’agira d’insuffler une nouvelle dynamique à l’intégration monétaire et financière, tout en limitant les effets des incertitudes liées à la globalisation financière.
De façon concrète, nous entendons réaliser à temps l’étude sur la création de la future Banque Centrale Africaine pour fixer les repères et baliser nos actions. Dans ce cadre, nous avons déjà désigné un cadre, représentant de la Bceao à ce Comité qui siège à Abuja au Nigeria. Nous envisageons également de renforcer la coopération entre les Banques Centrales et les superviseurs et régulateurs dans le domaine de la gestion des crises financières et économiques. Enfin, la réalisation de la convergence macroéconomique au sein des sous-régions, dans les délais requis par le Programme de Coopération Monétaire en Afrique (Pcma), continuera de rester au cœur des priorités de notre association.
Le Soleil






