Nouriel Roubini a-t-il encore eu raison ? Il y a quelques mois, cet économiste américain, connu pour son pessimisme et pour avoir prédit la crise des subprimes, ne cessait d’évoquer le spectre d’un “double dip” : à savoir une profonde rechute de l’économie, où une récession succède à l’autre.
Jusqu’ici, peu misaient sur un tel scénario, mais depuis quelques semaines, les marchés semblent le redouter. A Paris, Londres, New York et Tokyo, les investisseurs prennent peur et les places boursières s’enfoncent. Aux Etats-Unis, l’indice Dow Jones, après un bon début d’année, limite ses pertes à – 2,06 % depuis le 1er janvier. Mais le CAC 40, à Paris, affiche, lui, un recul de plus 10 % depuis le début de l’année, et le Nikkei de plus de 12 %.
“Nous sommes dans un environnement qui fait peur. C’est en quelque sorte la deuxième couche de la crise”, observe Guillaume Nicoulaud, gérant chez Avenir Finance.
Les craintes des investisseurs se focalisent sur les Etats-Unis. Depuis plusieurs jours, les chiffres en provenance de la première économie mondiale ne sont pas bons. Voire franchement mauvais. Le chômage ne faiblit pas et l’activité industrielle patine. Jeudi 19 août, le département du travail a indiqué que 500 000 inscriptions pour des demandes d’allocations chômage avaient été répertoriées lors de la semaine du 14 août. Un plus haut depuis novembre 2009. L’indice reflétant l’activité de l’industrie de la région de Philadelphie a, de son côté, baissé au mois d’août.
Pour les marchés, qui pensaient voir la reprise s’amorcer, c’est une profonde déception. Seuls les Etats-Unis peuvent assumer pleinement le rôle de moteur de l’économie mondiale, pensent-ils.
Or toutes les cartouches pour redresser la situation semblent épuisées. La Réserve fédérale américaine (Fed) est, selon eux, dans l’impasse : ses taux d’intérêt sont déjà autour de 0 %. Des injections massives de liquidités ont été opérées et les sommes du plan de relance titanesque ont été dépensées. Sans succès. Faut-il aller plus loin ? Un nouveau stimulus économique serait un jeu dangereux. ” Comment le marché l’interpréterait-il ? L’accepterait-il ?”, s’interroge Gilles Moec, économiste à la Deutsche Bank.
Dans ce contexte, les offres publiques d’achat (OPA) géantes – comme celle de l’ogre minier anglo-australien BHP Billiton sur le canadien Potash à 40 milliards de dollars (31,5 milliards d’euros) – n’ont guère animé le marché. Peu importe, aussi, que les résultats des grandes entreprises américaines au premier semestre aient été bons. Les investisseurs se fichent du passé. Ils regardent l’avenir et ne voient rien de bon à moyen terme. Ni aux Etats-Unis, ni en Europe, ni en Asie.
RIEN DE BON
Certes, au sein de la zone euro, l’Allemagne a surpris en affichant une croissance spectaculaire de 2,2 % au deuxième trimestre, qui devrait permettre à l’économie du pays de progresser de 3 % en 2010. Mais l’Allemagne n’est pas l’Europe. Et Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), a prévenu que “le reste de l’année serait significativement moins dynamique”.
En outre, il n’est pas exclu que la crise des dettes souveraines, qui a frappé la Grèce et l’Europe du Sud, ne ressurgisse. L’agence de notation Moody’s n’a-t-elle pas prévenu, le 18 août, que de grands Etats comme la France n’étaient pas à l’abri d’une perte de leur note AAA, la meilleure possible ?
Enfin, si la Chine reste un îlot de croissance, son économie souffre – paradoxalement – d’un risque de surchauffe. Pour éviter l’implosion, l’Etat prend des mesures et les signes de ralentissement se font sentir. Ce qui, pour les multinationales américaines et européennes, est une autre mauvaise nouvelle.
Le Monde






