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Blog de Yoro Dia

yoro dia

Wade disciple de Thomas Jefferson

Abdourahim Agne avait raison de comparer Wade aux Galeries la Fayette. On découvre chaque jour une facette de notre cher Président. Lors de la cérémonie du concours général on découvre que Wade est aussi un Jeffersonien. Le troisième Président des Etats Unis et rédacteur de la déclaration d’indépendance disait « Un peu de rébellion de temps à autre est une bonne chose, tout aussi nécessaire dans le monde politique que les tempêtes dans l’univers physique ». Wade ne dit pas autre chose en encourageant les citoyens à manifester. C’est la coté charmant de Wade, quand il cesse d’être chef de clan, il redevient un universitaire et un idéaliste. C’est l’universitaire et le démocrate, qui a constitutionnalisé le droit à la marche mais c’est le chef de clan qui laisse le préfet de Dakar l’interdire en invoquant toujours des prétextes fallacieux de troubles à l’ordre public alors qu’on sait depuis Thomas Jefferson « quand on est prêt à renoncer à sa liberté pour plus de sécurité, on ne mérite ni l’une ni l’autre ». La marche est une liberté constitutionnelle, donc on ne saurait la sacrifier à l’autel de l’ordre public ou de la sécurité. Les Etats Unis sont encore dignes de Jefferson parce que l’Etat n’a pas invoqué les raisons de sécurité pour interdire ou poursuivre en justice le site wikileak qui a rendu public les infos confidentielles sur la guerre en Irak ou en Afghanistan alors qu’au Sénégal on poursuit encore des journalistes pour recel de documents.

Les Etats-Unis, la France et nous

Alors que la France a célèbré l’ancienne Afrique des despotes qui se meurt, l’Amérique a choisi celle de la nouvelle Afrique naissante qui s’éveille à la démocratie et à la liberté. En invitant ces 150 jeunes africains à la Maison Blanche, l’Amérique confirme sa stratégie d’écrémage c’est dire ne s’intéresser principalement qu’aux élites africaines. Qu’est qui fait que nos élites presque toutes formées en France deviennent presque tous des pro-ameriacains ? La réponse simple : la France vous enferme dans une légitimation permanente ( l’ancien colonisé doit toujours prouver qu’il peut être l’égal du l’ancien colon) alors qu’avec l’Amerique, c’est l’égalité immédiate. La France se ferme, l’Amérique est toujours ouverte. En France on vous demande souvent est ce que vous rentrez chez vous à la fin de vos études alors qu’en Amérique on vous demande qu’est ce que vous attendez pour prendre la nationalité américaine. La fascination pour l’Amérique commence déjà au consulat. Etudiant à Paris, il m’a fallu moins de trente minutes pour obtenir un visa de 10 ans pour les Etats-Unis et pour peu on vous offre le café en vous donnant le sésame. Je vous laisse imaginer les douze travaux d’Hercule qu’il faut affronter dans un consulat français. C’est ça l’écrémage et cette politique fait que des purs produits de l’université française comme Souleymane Bachir Diagne Mamadou Diouf soient aujourd’hui les icones du modèle universitaire américain, sans oublier l’exemple du malien Cheikh Modibo Diarra, formé en France et qui lancé Pathfinder sur Mars aux Etats-Unis. Le Président Obama a raison. Le bilan du cinquantenaire est globalement négatif à cause des acteurs de l’ancienne Afrique qui se meurt qui ont une lourde responsabilité dans la situation du continent, de même que la France. En cinquante d’indépendance, cette connivence de la France partie des droits de l’homme s’illustre à merveille par le génocide au Rwanda et le couronnement de Bokassa. L’Amérique s’intéresse au segment la plus dynamique des sociétés africaines ( le secteur prive et la société civile) alors que la France cherche à sauver la paleo-afrique de Bongo et de Eyadema. La France et les Etats-Unis ont une prétention universaliste fondée sur leurs révolutions. L’Amérique continue d’assumer sa prétention universaliste alors que la France se ferme en refusant ou refoulant son passé coloniale comme le prouve cette loi surréaliste sur la déchéance de la nationalité aux délinquants d’origine étrangère. C’est fort regrettable pour le pays qui pour la première fois a eu pour ambition d’universaliser la liberté et la République.

La France fermée de Sarkozy

« La nation est la possession en commun d’un antique cimetière » dit Barres. En posant le débat sur la déchéance de la nationalité aux délinquants d’origine étrangère, Sarkozy admet que les africains et les maghrébins qui sont principalement visés par cette mesure n’ont pas leur ancêtre dans l’antique cimetière gaulois. On peut envisager de leur retirer leur nationalité parce que leurs ancêtres ne sont pas gaulois et ne sont donc pas dans l’antique cimetière. Comment déchoir de sa nationalité à un breton, savoyard, un bourguignon, un normand même s’il commet un crime contre l’humanité ? Le débat sur la déchéance de la nationalité est une instrumentalisation des peurs de la France fermée à des fins électoralistes. Le discours sécuritaire et l’instrumentalisation de la peur ont servi de rampe de lancement au candidat Sarkozy lors de la Présidentielle de 2007, le Président Sarkozy utilise le même refrain à deux ans de la Présidentielle. En 2007 cela a fait son bonheur parce que cette stratégie lui a permis de prendre des pans entiers de l’électorat de Le Pen mais un Président de la République ne doit pas se laisser à des amalgames aussi dangereux comme vouloir établir un lien dialectique entre étrangers et insécurité. La France depuis la révolution de 1789 en passant par les guerres napoléoniennes jusqu’à de Gaulle avait un pays ouvert avec projet universaliste, Sarkozy est entrain d’en faire un pays ferme et provincial

Le Benin donne l’exemple

Le Benin est devenu de loin la plus grande démocratie d’Afrique de l’Ouest. Comme le dit si bien Obama « Dans une démocratie, les institutions sont plus importantes qu’un individu ». Dans notre sous-région, il n’y a que le Benin qui ait atteint ce stade avec une constitution qui n’a pas été modifiée depuis plus d’une décennie et un parlement qui menace de destituer le Président de la république. L’acte que vient de poser le parlement béninois est un indicateur du niveau de la qualité et de la classe du parlement béninois qui joue son rôle en tant qu’institution alors que notre cher parlement écrit encore sous la dictée de l’exécutif. La roue de l’histoire tourne. Bientôt nos députés devraient aller au Benin pour un séminaire de mise à niveau sur le rôle et les prérogatives du parlement. Le quartier latin d’Afrique est entrain de devenir l’Athènes d’Afrique c’est-à-dire réaliser le rêve que Senghor avait pour le Sénégal, l’ancien avant garde. Qui disait encore que « l’avant-garde est toujours une illusion de l’arrière garde ».

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