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Ecovision : Les biocarburants ne sont pas la panacée, mais…

A l’origine, après qu’il eut découvert et domestiqué le feu, c’est avec le bois et le vent que l’Homme produisait l’énergie vitale à son existence. Il y eut ensuite les formidables progrès réalisés, au fil de ces derniers siècles, grâce au charbon, au pétrole et au gaz. Maintenant que les sources d’énergie fossiles courent à leur épuisement, non sans faire courir à la planète les pires catastrophes climatiques et écologiques, le monde tend à se retourner vers la nature, comme par le passé très ancien, pour se construire un nouvel avenir énergétique.

Sur tous les continents, c’est la ruée vers les biocarburants ainsi nommés parce qu’ils sont d’essence naturelle et sont renouvelables jusqu’à l’extinction du règne végétal sur terre. Il s’agit du bioéthanol produit par la fermentation des sucres contenus dans les plantes riches en sucre ou en amidon et du biodiesel constitué d’huiles végétales. La production et la consommation en quantité importante de ces produits de subsistance à l’essence et au gasoil réduiraient considérablement les émissions de gaz à effets de serre. La filière éthanol en produirait 2,5 fois moins et celle du biodiesel 3,5 fois moins, comparativement aux carburants classiques. Ensuite, leur rendement serait largement supérieur.

En l’état actuel des choses, le monde est encore très loin d’en produire suffisamment assez pour contrebalancer la prépondérance du pétrole dans les intrants énergétiques des industries et des transports et dans la consommation des ménages. La production de biocarburants progresse de façon remarquable et devrait se situer, cette année, à 22 millions de tonnes pour le biodiesel et à 91,5 millions de tonnes pour l’éthanol, selon l’Ocde. Mais cela représente moins de 3% des besoins mondiaux en carburants.

Il faudra bien du temps, mais surtout énormément de terres pour que les biocarburants puissent être à un niveau de production réellement significatif. Pourra-t-il d’ailleurs en être ainsi si, à en croire les experts de la Fao, pour répondre de manière satisfaisante à la demande mondiale en denrées alimentaires et en biocarburants, la surface agricole utile requise équivaudrait à … trois planètes terre. Autant dire que le projet est tout simplement utopique, dans une optique de substitution radicale aux énergies fossiles.

La production de biocarburant n’en est pas moins dans une très forte propension lourde de menaces de déséquilibres préjudiciables à l’environnement, à la biodiversité et à l’agriculture alimentaire. Les cultures destinées aux biocarburants sont nombreuses à être fortement consommatrices d’engrais et d’espaces avec l’impact dégradant que cela a sur les écosystèmes ; elles sont de plus en plus en concurrence avec les cultures vivrières en termes de consommation d’eau et d’occupation de terres arables. Dans la tendance présente, plus la production de biocarburants prend de l’ampleur, plus celle destinée à la production alimentaire animale et humaine est mise en difficulté, comme en attestent la flambée de prix incidente aux crises alimentaires de 2004 puis de 2007-2008. Les biocarburants détournent de l’alimentation d’énormes quantités de produits vivriers, car pour fabriquer 50 litres d’éthanol, il ne faut pas moins de 225 kilogrammes de maïs, de quoi nourrir une personne pendant une année.

Pour Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’Onu pour le droit à l’alimentation, « consacrer des terres agricoles fertiles à la production de denrées alimentaires qui seront ensuite brûlées pour fabriquer du biocarburant constitue un crime contre l’humanité ». Le bouchon est peut-être poussé un peu loin. Toutefois, il serait plus économiquement et humainement correct de développer la production de biocarburants, non pas avec des plantes nourricières accaparant les meilleurs terres, mais de végétaux non-alimentaires qui ne soient pas boulimiques en eau et qui puissent pousser et se développer sur les sols les moins fertiles, voire dégradés.

La fermentation de ce genre de plantes ainsi que des résidus agricoles permet de produire les biocarburants les plus prometteurs, ceux dits de deuxième génération. Ils ont l’avantage de n’avoir pas emprise phagocytaire sur les terres dévolues à l’agriculture vivrière et de lui être complémentaires. Les biocarburants de troisième génération renforcent cette donne positive, puisqu’ils sont fabriqués à partir de micro-organismes contenus dans des matières naturelles comme les algues.

Le développement des biocarburants de seconde et même de troisième génération pourrait augmenter la part de ces énergies renouvelables dans la consommation mondiale, à la condition que leur technologie de production soit parfaitement maîtrisée. Ce qui n’est pas encore le cas, en l’état actuel de la recherche dans ce domaine. Les experts les plus au fait des avancées en la matière estiment que les procédés industriels rentables de production de biocarburants de deuxième et troisième générations ne seront pas disponibles avant 15 ans.

D’ici là, les biocarburants de première génération continueront à tenir le haut du pavé, avec les travers qui leur sont inhérents dans l’approche surdimensionnée qui est de mise. Certes, les pays africains non producteurs de pétrole sont presque tous enclins à jouer à fond la carte des biocarburants dans le souci légitime d’alléger le fardeau étouffant de leurs importations en hydrocarbures. Mais le risque évident est que cette quête d’indépendance énergétique se fasse au détriment d’une autre exigence, leur souveraineté alimentaire.

Les biocarburants sont loin d’être la panacée, mais il est fort possible de faire en sorte qu’ils ne soient pas antinomiques à la production vivrière, au développement agricole au sens large, dans ce continent. En effet, produits localement, pour la stricte couverture des besoins du milieu en énergie, les biocarburants pourraient minorer le handicap que constitue le coût élevé des énergies fossiles pour la mécanisation motorisée de la production agricole et l’électrification rurale.

Source: le Soleil

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