Un consommateur sur quatre étant musulman, le surcroît de consommation de sucre induit par la pratique du ramadan va très fortement peser sur la demande en cette denrée, dans les semaines à venir, et très fortement pousser ses prix à la hausse sur le marché mondial. Cette tension se dessinait déjà, depuis le mois de mai dernier, le sucre blanc étant passé de 438 dollars la tonne à la mi-mai pour pousser une pointe jusqu’à 544 dollars la tonne à la date du 25 juin.
De bonnes récoltes sont certes attendues chez les plus grands producteurs que sont notamment le Brésil et l’Inde, mais elles n’interviendront qu’en août-septembre, alors que la demande immédiate est on ne peut plus pressante parce que le Ramadan est imminent et que des pays parmi les plus gros consommateurs qui n’ont pratiquement plus de réserves sont en train de les reconstituer massivement. C’est ainsi que le Pakistan et l’Indonésie, quoi que grands producteurs de sucre, sont en train de pomper les disponibilités du marché mondial. Toujours selon les informations distillées par les spécialistes de ce marché, la Thaïlande devrait soustraire de son offre internationale 100.000 tonnes pour la satisfaction des besoins de sa population en la matière ; l’Indonésie a émis un appel d’offres pour l’achat immédiat de 500.000 tonnes ; et les Etats-Unis ont décidé d’augmenter de 300.000 tonnes leurs importations, cette année.
Les consommateurs de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, majoritairement musulmans, risquent fort de faire les frais de l’étranglement du marché réel, sous la pression aux effets inflationnistes exercée par d’autres régions du monde. Malgré une population riche de 80.340.000 habitants, l’Union ne compte que quatre raffineries : la Compagnie sucrière sénégalaise (115.000 tonnes), les ivoiriennes Sucreivoire (90.000 tonnes) et Sucaf (94.000 tonnes) et la malienne Sukala S.A. (26.000 tonnes). Elles totalisent une production tournant, bon an mal an, au tour de 325.000 tonnes, laissant au marché extérieur une demande de quelque 345.000 tonnes à la quelle elles sont dans l’impossibilité de répondre.
Les stocks résiduels de sucre local n’étant pas suffisants pour satisfaire l’augmentation ponctuelle de la demande, à ce stade de l’année, il y a fort à craindre que les importations nécessaires ne se fassent au prix fort. La flambée extérieure des prix du sucre va nous brûler les poches, nonobstant l’effet relativement atténuateur du maintien de ceux du sucre local à des niveaux plus acceptables. Faut-il encore que les importateurs daignent faire le nécessaire, faire les achats indispensables au comblement du gap et enrayer les risques de pénurie et la frénésie spéculative qui lui est habituellement corrélative. L’on n’est présentement plus au temps où le différentiel de prix entre le sucre local et le sucre étranger était en faveur des importations. C’est le contraire qui prévaut plutôt.
Si cette situation reste de mise, la Taxe conjoncturelle à l’importation et tout autre mécanisme appliqués à l’échelle de l’Union pour conférer un certain degré de protection aux produits locaux sensibles, dont le sucre, contre ceux fortement subventionnés en provenance du Nord, pourraient être levés, temporairement à tout le moins. Dans la situation actuelle du marché, en termes de rapport qualité/prix, le sucre local est nettement plus compétitif que l’importé. Ce serait une excellente chose si la suspension du Tci pouvait pousser les importateurs à faire l’effort complémentaire d’approvisionnement du marché.
Mais l’enjeu véritable, à moyen et long termes, est plutôt de développer la production locale pour une autosuffisance régionale en sucre. La demande est très importante, dans les pays qui en produisent déjà et surtout dans ceux qui en sont des importateurs nets. Les terres requises sont abondantes le long des fleuves Sénégal, Niger et autres qui ne demandent qu’à être davantage valorisées. Le reste est question d’investissements efficients, avec le soutien avisé des Etats et de la Commission dans le cadre de la Politique agricole commune. Aider conjoncturellement les consommateurs à supporter l’incidence de la flambée des prix des denrées vitales importées dans le panier de la ménagère est une pratique compréhensible. Mais la démarche la meilleure est de soutenir la production locale pour qu’ils s’affranchissent durablement de la tyrannie des importations avec, à la clé, une génération conséquente d’emplois et de valeur ajoutée agro-industrielle.
Source: le soleil






