Les comptes définitifs n’ont évidemment pas encore été établis, mais les projections laissent croire que l’organisation du Mondial 2010 de football sera tout bénéfice pour l’Afrique du Sud. Pretoria a mis les petits plats dans les grands, investissant, sur ces cinq dernières années de préparation active de l’événement, quelque 2.250 milliards de francs Cfa, pour ne pas avoir à rougir ou faire pâle figure, à l’évocation comparative des performances de ces prédécesseurs.
Ce pactole qui égale ou dépasse le budget de nombre de pays africains a été investi dans la construction ou la rénovation de dix stades, la réalisation de nouvelles routes, la mise en circulation d’un train rapide, la modernisation du système de communication du pays et l’assurance d’une sécurité qui devrait se révéler sans faille majeure, du fait du recrutement et de la formation de 44.000 nouveaux policiers. Les neuf villes qui accueillent le Mondial et leur province respective ont, elles aussi, cassé leur tirelire pour décaisser quelque 615 milliards de francs Cfa. Ce qui porte l’investissement total sud africain dans le Mondial 2010 à 2.865 milliards de francs Cfa.
Le jeu en vaut très largement la chandelle. Si tout se passe normalement, en plus de l’important rôle économique que les infrastructures réalisées vont continuer de jouer, les probables retombées financières du Mondial à l’actif de l’Afrique du Sud seraient, selon les premières estimations, d’environ 5.900 milliards de francs Cfa, soit une plus-value de 3.035 milliards de francs Cfa. Elle résulterait des droits cumulés qui lui reviennent dans les formidables revenus que la Fifa tire, à tous les coups, de la « vente » de la médiatisation du Mondial, de ses marques et produits dérivés, mais aussi des dépenses effectuées dans le pays par les centaines de milliers de passionnés du ballon rond drainés par le Mondial.
De fait, la Coupe du monde tonifie l’économie sud-africaine, comme en atteste la manière dont elle a évolué ces derniers temps. N’ayant pas échappé à la crise financière internationale, elle a été récessive de -1,8% en 2008. Elle a repris du poil de la bête en 2009 (+3,2%) et plus vigoureusement encore cette année, pour s’être établie à +4,6% au premier semestre. Le ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordhan, voit très clairement l’effet du Mondial dans ce regain de dynamisme. Il en attend, à raison, un apport de 0,5% à la croissance du Pib sud-africain, sans compter les nombreux emplois générés par le Mondial dont au moins 50.000 vont lui survivre, assure-t-on.
Question emploi et activité industrielle, il est tout de même fort regrettable que la fabrication de Zakumi, le petit léopard en peluche aux couleurs du pays arc-en-ciel, la mascotte du Mondial 2010, ait été confiée à une entreprise chinoise la Shangai Fashion Plastic Products & Gifts. Ce marché de 63,6 milliards de francs Cfa pour 2,3 millions d’unités avait, dans un premier temps, été attribué à une entreprise locale, Ascendo Industrial, propriété de Shiaan-Bin Huang, un député sino-sud africain du Congrès national africain (Anc). Il l’a par la suite sous-traité, en arguant qu’il n’était pas possible de réaliser localement la commande dans les délais impartis. La Shangai Fashion Plastic Products & Gifts a réussi la « prouesse » en faisant travailler des gamins 13 heures par jour payées 1250 francs Cfa. Les syndicalistes du Cosatu ont eu toutes les raisons du monde de s’élever contre cette délocalisation qui a privé l’industrie sud-africaine d’un produit dérivé particulièrement rémunérateur, détruit un important potentiel d’emplois supplémentaires, mais aussi occasionné une réelle évasion de capitaux.
L’Afrique du Sud reste tout de même globalement gagnante, de par le dynamise que l’effet Mondial insuffle à son économie. Pas moins de 300.000 personnes provenant de pays dont les équipes nationales sont en joute, ou qui, pour le simple amour du football, remplissent les stades et soufflent à plein poumon dans les bourdonnants « vuvuzelas » pour leur plus grand plaisir, comme cela peut se remarquer sur les écrans de télévision qui nous renvoient leur exubérance incontinente. Le fait qu’autant de monde ait franchi le Rubicon, transcendé la hantise de l’insécurité et de la criminalité qui entache l’image extérieure de l’Afrique du Sud, boostera, à n’en point douter son tourisme.
L’excellente tenue du Mondial dans ce pays à la richesse culturelle et à la beauté naturelle incroyable en renverrait une image bien meilleure que celle foncièrement négative que l’on s’en fait en Amérique et en Europe. Le nouveau regard qui sera posé sur l’Afrique du Sud, à la faveur d’un Mondial réussi, devrait lui valoir une bonne croissance de son industrie touristique. L’on peut tabler, comme le fait le Comité sud-africain du tourisme, sur l’afflux de dix millions de visiteurs en 2011, soit 5,5% de plus qu’en 2009. Il n’est pas exclu que, par effet de proximité et d’entraînement, le reste du continent tire partie des retombées du Mondial, en suscitant plus confiance à son endroit, et d’intérêt pour un partenariat plus valorisant dans l’exploitation de ses richesses naturelles et de ses potentialités économiques.
Source: le Soleil






