Categorized | Opinion

ECOVISION: Le nucléaire en question

Dans un rapport rendu public fin avril, Greenpeace a accusé le groupe français Areva de mettre en danger la vie des populations des cités riveraines des mines d’uranium qu’il exploite dans le Nord-Niger. « Les habitants d’Arlit et d’Akokan continuent à vivre entourés d’air empoisonné, de terres contaminées et d’eau polluée. Chaque jour qui passe, les Nigériens sont exposés à la radiation, à la pauvreté et aux maladies », dénonce l’organisation internationale non-gouvernementale de défense de l’environnement. La concentration d’uranium et de gaz radioactif dans l’eau et l’air que boivent et respirent les 80.000 personnes vivant dans la zone serait très largement supérieure à la norme admise par l’Organisation mondiale de la Santé.

Bien entendu, Areva dégage en touche, en plus de promettre qu’il va organiser « d’ici fin 2010 » une inspection générale des sites qu’il exploite au Niger, pour démontrer l’absence d’exposition radioactive des populations voisines. Quoi qu’il puisse en être, les risques sont énormes d’évoluer dans un environnement proche des sources de production d’uranium, comme des centrales nucléaires les plus sophistiquées. C’est d’ailleurs ce qu’avancent des spécialistes en la matière concernant l’Epr (European pressurized water reactor), un réacteur nucléaire à eau pressurisée dit de « troisième génération », conçu par Areva et son homologue allemand, Siemens, et dont le premier exemplaire est en cours d’implantation en Finlande, à Olkiluoto.

L’Epr présente certes des avantages, puisque, avec une production de 1.600 mégawatts, il est plus puissant que les centrales de deuxième génération ; et pour une même quantité d’électricité, il utilise 17% d’uranium en moins. Mais pour les experts qui s’y opposent, où qu’on le construise, l’Epr sera dangereux. Il produirait des déchets nucléaires qu’il faudra stocker durant des millions d’années. Pour chaque mégawatt d’électricité produite en un an, une centrale Epr génèrerait de la radioactivité de la même teneur que la bombe d’Hiroshima.

Ensuite, l’organisation internationale des médecins pour la prévention d’une guerre atomique (Ippnw) dénonce la capacité de 1.600 Mw comme une croix mise sur des normes de sécurité. Elle estime que, pour éviter une explosion des prix de l’électricité, Siemens et Areva privilégient le gigantisme au détriment de la sécurité.

A l’épreuve de son édification en Finlande, Epr démontre qu’il n’est pas tout à fait le nec plus ultra que l’on pensait. Sa construction est entachée de nombreuses erreurs et malfaçons qui augmentent les appréhensions à son endroit. Elles sont dénoncées par des Ong internationales, notamment par Greenpeace qui a fait d’Olkiluoto son principal cheval de bataille contre les dangers insensés que la renaissance du nucléaire ferait courir à l’humanité. Depuis le début des travaux, Greenpeace a dénombré plus de mille « incidents » de construction ou brèches de sécurité dans les procédures du chantier.

En raison de toutes les difficultés rencontrées dans la réalisation de l’Epr-1600 finlandais depuis l’ouverture de son chantier en 2005, sa mise en service, initialement prévue en 2009, ne devrait intervenir qu’en 2013. Et le dangereux monstre sera fort coûteux, à terme. Il devra engloutir quelque 7 milliards d’euros contre une dépense prévisionnelle de 3 milliards.

Sept milliards d’euros ! Cela fait, très exactement, 4.592 milliards de francs Cfa. Les budgets africains sont peu nombreux à pouvoir engager un tel investissement. Qui plus est, les risques et dangers réels en évidence ne militent guère pour la construction et la mise en fonction d’une centrale nucléaire tout près des populations, surtout dans des pays où l’on a de sérieuses difficultés à maîtriser et à assurer la maintenance d’une simple centrale thermique.

Et pourtant, il faudra bien trouver une solution alternative, à tout le moins complémentaire, à l’énergie émanant du pétrole, une ressource de plus en plus rare et chère et qui plombe conséquemment le développement des pays en développement non producteurs. C’est pourquoi le nucléaire n’est pas à exclure systématiquement. Mais il convient d’y faire recours, en tenant compte de son coût, des risques qui lui sont inhérents et du fait que comme le pétrole, c’est également une source d’énergie fossile en voie d’épuisement.

La bonne solution intermédiaire nous semble être, à maints égards, celle que l’Etat du Sénégal est en passe de concrétiser avec la Russie. Il s’agit du projet consistant à renforcer l’approvisionnement du Sénégal en électricité à partir d’un bateau central nucléaire stationné bien au large des côtes sénégalaises, loin des populations. Un pas a été franchi dans ce sens tout récemment, avec l’envoi d’une mission technique à Moscou pour, notamment, peaufiner le mémorandum y afférent, selon le communiqué de presse rendu public par le ministère des Affaires étrangères au retour de la délégation sénégalaise. L’initiative rendrait possible la fin ou une forte régression des délestages, au bonheur des ménages et des entreprises qui en sont malades.

A plus ou moins long terme, il faudra encore plus miser sur les énergies renouvelables qui ont l’avantage d’être inépuisables, propres et sans danger. Le solaire est de celles-là. Le Sahel et le Sahara en regorgent à profusion. Mais il ne faut pas, comme un certain projet européen le laisse envisager, que ce potentiel soit exploité et valorisé pour la satisfaction des seuls besoins du vieux continent.

Source: le Soleil

Comments are closed.






Publicité

Google

Google Adsense