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Ecovision: Les limites de l’ouverture du marché


Entamée dans les années quatre-vingt, dans la mouvance de la Nouvelle politique industrielle, accentuée au lendemain de la dévaluation du franc Cfa et renforcée avec l’entrée en vigueur du Tarif extérieur commun de l’Uemoa, l’ouverture tous azimuts du marché sénégalais aux produits d’origine étrangère a coûté très cher à l’industrie nationale. Fragile, dans des conditions de production point du tout compétitives, elle a très sérieusement été laminée par une concurrence internationale quasiment impossible à soutenir.

Envers elle, l’industrie sénégalaise est restée très fortement handicapée par des facteurs de production au coût onéreux et pas toujours des meilleures qualités qui puissent être, par une forte dépendance envers l’étranger en machineries et intrants, par des difficultés à renouveler ou à rénover les outils et par une main-d’œuvre, certes laborieuse, mais qui n’est pas très en phase avec les exigences d’une industrie moderne. Il s’y ajoute un marché étroit qui peine à sortir des limites territoriales nationales.

C’est tout le contraire, pour les entreprises, principalement asiatiques, qui taclent l’industrie sénégalaise sur son propre marché. Parties de quasiment rien, elles ont très rapidement domestiqué le mode de production moderne, l’ont adapté à leurs potentialités et capacités intrinsèques, pour bâtir et étoffer leur tissu industriel, afin de satisfaire les besoins locaux et conquérir d’autres débouchés, jusqu’au cœur de l’Occident développé.

Ces entreprises asiatiques ont relevé le défi de l’industrialisation avec des facteurs de production et une main-d’œuvre peu coûteuse et de bonne qualité, sous tous les rapports. Leur développement s’est produit, dans la plupart des cas, avec le bénéfice des appuis et de la haute protection des Etats. Il en est de même pour la conquête des marchés extérieurs. Elles se servent également du dumping pour briser les industries des marchés extérieurs dans leur collimateur. C’est ainsi que la concurrence asiatique a ruiné toutes les industries sénégalaises qui évoluaient dans les secteurs du textile, de la chaussure, des allumettes, du plastic, etc.

Faut-il laisser le massacre perdurer ? Il est certain qu’en dépouillant le tissu industriel sénégalais de l’infime protection résiduelle qui lui reste, et que lui concède par ailleurs les dispositions de l’Uemoa en la matière, les sarments de cette branche, qui résistent encore, vont s’étioler et tomber. L’on peut comprendre que des professionnels du négoce, dont le souci évident n’est autre que d’acheter des denrées au plus bas prix possible, pour les revendre à leur avantage, bataillent pour une libéralisation totale du marché.

Mais leur logique, purement commerciale, ne recoupe que les intérêts de leur corporation et dans une mesure évidente, ceux des consommateurs tout naturellement soucieux qu’on leur propose des produits, à des coûts d’acquisition correspondant à leur pouvoir et capacité d’achat, quelle qu’en soit, malheureusement, la qualité. Cela peut paraître normal, sans doute. Cependant, cette manière de voir les choses va dans le sens contraire de l’exigence de base de toute économie qui est le développement endogène industriel et notamment agricole, sous-tendu par des équipements de production, de transport, de communication et de services modernes et efficients. Mais encore, plus le marché s’ouvrira à une concurrence inégale, plus des industries locales tomberont et plus les destructions d’emplois seront grandes.

Que faut-il, dès lors, escompter des importateurs en question ? Qu’ils franchissent le degré commercial pour investir le champ industriel et agro-industriel. En s’inscrivant dans cette dynamique productive, ils seraient plus à même d’apprécier les dangers inhérents à une ouverture tous azimuts du marché et mesureraient les limites à ne pas franchir, au stade actuel du développement de l’économie nationale. Ils comprendraient beaucoup l’exigence du maintien d’un certain niveau de protection sur des produits qui, sans une défense organisée, disparaîtraient du menu industriel sénégalais.

Ce n’est pas pour rien que l’Accord de partenariat économique tendant à instaurer le libre-échange entre les pays de la Cedeao et l’Union européenne n’est toujours pas signé. Il se heurte au refus global de la partie ouest-africaine d’une ouverture démesurée du marché régional à la concurrence de produits européens, parmi lesquels ceux issus de l’agriculture et de l’agro-industrie sont largement subventionnés, à la production comme à l’exportation. Contre ceux-là, il convient bien d’opposer une exigence de protection des produits locaux dits « sensibles », à juste titre, ainsi que le font les négociateurs mandatés par la Cedeao.

Source: le Soleil

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