
La grande offensive engagée, depuis des mois, par les magnats des oléagineux contre l’huile de palme remet en mémoire la virulente cabale des années quatre-vingt dix contre l’huile d’arachide. L’on avait lancé des informations exagérant sa contenance en aflatoxine pour la présenter comme dangereuse pour la santé humaine et la bouter hors des rayons des supermarchés européens. Cette campagne était alors menée au bénéfice des huiles plutôt occidentales avec lesquelles l’huile d’arachide, bien de chez nous, était âprement en concurrence.
Ce sont ces mêmes intérêts qui sont revenus à la charge, cette fois-ci contre l’huile de palme dont l’Indonésie et la Malaisie sont les principaux producteurs avec, dans leur sillage, quelques pays africains dont la Côte d’Ivoire.
Produite à partir de forêts de palmiers étendues, denses et de rendement très élevé, l’huile de palme est, des sept huiles les plus utilisées dans le monde, celle qui occupe le haut du pavé. Avec 47 millions de tonnes cette année, elle représente, à elle seule, 34,5% de la production mondiale, d’autant qu’elle est la moins chère de toutes.
Les cours de l’huile devenant de plus en plus intéressants, sous l’effet d’une demande poussée à la hausse par l’augmentation des besoins alimentaires et par la production de biodiesel, les autres huiliers concurrents cherchent à prendre le maximum de parts de marché à l’huile de palme. Non seulement les Européens accroissent les capacités de trituration de soja, de tournesol et de colza de leurs usines et mettent en route de nouvelles unités. Mais, encore, elles ont monté cette très grosse cabale contre l’huile de palme, avec le soutien d’écologistes et de scientifiques à l’objectivité douteuse.
« Greenpeace » et « Friends of the earth » en tête, les environnementalistes occidentaux jouent leur partition sur un air dénonçant les producteurs asiatiques et africains qui, pour le développement de leurs palmeraies, sacrifient de grandes forêts naturelles. Selon eux, « cette déforestation augmente les émissions de gaz à effet de serre, bouleverse l’équilibre de la faune et de la flore et a un impact négatif sur les populations locales de petits paysans ».
Ces arguties ne tiennent vraiment pas la route. Permettant de produire, dans une bonne moyenne, six fois plus d’huile que le soja, le colza ou le tournesol, les palmeraies nécessitent, comparativement, moins de terrain que la concurrence. Ensuite, si pour la constitution de palmeraies il faut effectivement déboiser, les arbres enlevés sont remplacés par …d’autres arbres. Par conséquent, le recyclage du dioxyde de carbone en oxygène continue. Par ailleurs, le palmier à huile requiert peu d’engrais. On ne peut pas en dire autant du soja, du tournesol ou du colza. En plus d’être boulimique en engrais, ces spéculations sont de plus en plus dopées aux Ogm, avec tous les risques qui s’y rattachent.
Et si l’on se soucie, véritablement, du sort des petits paysans locaux, il ne convient absolument pas de servir la soupe à ceux qui veulent le démantèlement des palmeraies asiatiques et africaines qui les font vivre. En Indonésie, le premier producteur mondial d’huile de palme, la production agricole de cet oléagineux occupe quelque trois millions de paysans à qui elle permet de se nourrir, de se vêtir et d’envoyer leurs enfants à l’école et à l’université. Là-bas, comme ailleurs, le palmier à huile contribue largement à la lutte contre la pauvreté. Alors ?
L’autre attaque menée contre l’huile de palme l’est sur le flanc très sensible de la santé humaine. Il lui est reproché d’être riche en acides gras saturés. Ils peuvent provoquer de l’hypercholestérolémie et des problèmes cardiovasculaires, notamment. Mais, ce que l’on ne fait pas remarquer est que les autres huiles, l’huile d’olive comprise, en contiennent aussi, même si c’est à des taux moindres.
Les huiles soja, de colza et de tournesol, deux fois plus sensibles à leur chaleur que les huiles d’arachide, d’olive ou de palme, dépassent très rapidement leur température critique, à la cuisson et deviennent alors indigestes. Leur grande sensibilité à la chaleur fait que leurs qualités organoleptiques se dégradent. En s’altérant sous l’effet de la chaleur, elles perdent leurs composantes bénéfiques, tels la vitamine E et les omega-3. En s’oxydant rapidement au chauffage, elles produisent des radicaux libres et des benzopyrènes. Selon des experts médicaux, ces éléments seraient impliqués dans l’apparition de nombreux maux : cancer, asthme, cataracte, maladies cardiaques, troubles articulaires et maladies dégénératives comme la sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer.
En définitive, toutes les huiles se valent, car aussi indispensables soient-elles dans l’alimentation humaine, chacune a sa part de nocivité. L’excès d’acides gras, qu’ils soient saturés ou pas, doit être évité. Ce n’est pas pour rien que toutes les publicités alimentaires sur les chaînes de télévision françaises sont obligatoirement accompagnées du conseil de « ne pas manger trop gras », notamment.
Au total, il n’y a pas d’argument écologique ou sanitaire qui puisse valablement justifier une interdiction d’importer de l’huile de palme. Sinon, ce sont toutes les huiles alimentaires qu’il faudrait prohiber, d’importation comme de production locale. La démarche qui sied est de sensibiliser davantage les populations sur les risques qu’elles encourent, par une consommation excessive d’huile.
Et qu’on cesse surtout d’affirmer, sans gêne, que les accidents vasculaires cérébraux et les maladies cardiovasculaires sont plus nombreux dans la région de Ziguinchor, zone de production et de forte consommation d’huile de palme. Ces propos orientés ne résistent pas à l’appréciation de la réalité. Ces gens dont l’huile de palme entre régulièrement dans l’alimentation sont bien plus résistants que ceux qui, dans le reste du pays, abusent des autres huiles, avec les résultats dévastateurs que l’on sait.
Nous ne sommes absolument pas contre la protection de l’industrie sénégalaise. Bien au contraire. Mais il y a un pacte communautaire à respecter, celui qui a supprimé les barrières tarifaires et non-tarifaires sur tous les produits originaires de l’Union. Il faut veiller, dans le cas d’espèce, à ce que l’huile de palme, qui pourrait à nouveau être autorisée d’importation de Côte d’Ivoire, libre de tout droit de douane, soit réellement de cette origine et non de Malaisie ou d’Indonésie.
Les produits venant de ces derniers pays et dont il est impossible de soutenir la concurrence, devraient alors être assujettis à une taxe de protection la plus satisfaisante possible et acceptable du point de vue des règles communautaires en la matière. Les huiliers locaux feraient le reste, pour en particulier, augmenter la part de la production nationale d’arachide qu’ils triturent et œuvrer pour être plus compétitifs sur ce segment, plutôt que de vouloir essentiellement faire leur beurre dans le raffinage des huiles de soja et de tournesol qu’ils importent d’Europe.
Source: le Soleil






