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Portrait de l’homme d’affaires Sérigne MBOUP

Il n’a pas beaucoup de temps. Toujours entre deux avions, il rentre tard à la maison. Pour le coincer, une seule solution se rendre nuitamment chez lui. Ce que nous avons tenté sans succès. Finalement nous n’avons pu le coincer que sur le bateau Aline Sitoé Diatta, lors de sa première liaison commerciale. Et c’était au retour sur Dakar dans sa cabine aux environs de 21 heures. Heure à laquelle il était encore en train de travailler alors que tout le monde s’apprêtait à se rendre au restaurant.
Serigne Mboup est en fait un maniaque du travail. Pourtant, il n’a pas fait l’école française. Mais en discutant avec lui, on remarque rapidement qu’il n’a rien à envier à ceux qui ont fait leurs études dans la langue de Molière. Serigne Mboup est ce qu’on peut appeler un initié en langue arabe.
C’est vrai qu’on ne peut pas être à la tête d’un aussi grand Holding que le Comptoir Commercial Bara Mboup, avec plus d’une dizaine de filiales, sans avoir un minimum de formation. Cette formation, le patron du groupe CCBM l’a reçue en arabe. A 10 ans déjà, il avait commencé à parler couramment cette langue venue d’Orient. Parce que contrairement à ses autres frères, son père, Bara Mboup, avait décidé de l’inscrire à l’école primaire arabe à Kaolack au quartier Ndorong chez Ouztaz Bassirou Bousso.
Passé cette première étape, Serigne Mboup, toujours sur décision de son père, va rejoindre le célèbre Daara de Koki, dans la région de Louga, c’était en 1976. Dans cet établissement réputé pour son sérieux, il a au bout de trois années seulement, réussi à mémoriser tout le Coran. Ce qui lui avait valu à son retour à Kaolack dans la demeure familiale d’être accueilli avec tous les honneurs.
Son père lui avait en effet organisé une grande fête à laquelle il avait invité des Égyptiens venus spécialement pour mesurer le degré de connaissance du jeune Serigne Mboup. Mais ce n’était qu’une étape dans sa formation. Puisqu’il retournera à Koki pour y poursuivre ses études. Il y décrochera d’ailleurs son certificat, son brevet et ira jusqu’au niveau du baccalauréat, un examen qui n’était pas alors organisé au Sénégal. Il ne restait qu’au brillant élève d’aller approfondir ses connaissances à l’extérieur, en Arabie Saoudite par exemple. Son père en décidera autrement puisqu’il va le rappeler à Dakar, on était alors en 1989 et Serigne venait juste d’avoir 23 ans. Ce rappel avait une grande signification.
En réalité, trois années plutard, en 1992, le vieux Bara Mboup retournera auprès de son seigneur. Laissant ainsi à ses enfants un héritage fruit d’un dur labeur qu’il fallait conserver et fructifier en même temps. Serigne avait donc la lourde tâche de conduire désormais les affaires avec son frère Moussa dont il va se séparer quelques années plus tard. Ce dernier ayant préféré monter son propre business, mais aucun nuage ne plane sur leurs relations, tient à préciser Serigne Mboup.
Réussir l’exercice consistant à conduire les affaires de son père était loin d’être évident en raison d’une expérience pour le moins insuffisante. Même s’il a eu le temps de découvrir le monde du business avec les nombreux stages qu’il a eu à faire. Peut-être aussi que le Coran qu’il cite souvent, comme étant à la base de tout, a été pour beaucoup dans sa réussite dans le business.
Le départ des commerçants mauritaniens à la suite des événements malheureux de 1989 et le vide qu’il fallait combler était réellement une rampe de lancement pour lui. Son père avait en effet décidé d’investir dans les produits alimentaires et c’était à lui de gérer ce business. Et là, va débuter une grande aventure dans le monde des affaires pour l’ancien élève de Koki. Le coran en bandoulière, Serigne Mboup part à la conquête du pouvoir économique.
Créateur d’Entreprises
Inconnu du grand public avant 2000, cet homme de 42 ans marié à deux femmes se révélera au Sénégal avec son imposant centre commercial Touba Sandaga construit en plein marché Sandaga à Dakar. Et il aura le privilège d’avoir comme invité pour inaugurer ce bijou, le président de la République en personne. C’était en novembre 2001. Son initiative sera vite imitée par d’autres promoteurs. Ce qui fera pousser comme des champignons et un peu partout en centre ville des centres commerciaux. Il s’attaquera à d’autres secteurs et diversifiera ses activités.
Master office pour le bureautique ; SBMA pour les produits alimentaires et d’entretien ; Pridoux, spécialisé dans l’implantation et l’exploitation de supérettes ; Espace Auto dans l’importation et la vente de véhicules ; CCBM immobilier qui doit s’occuper de la construction d’un immeuble ultra moderne à la place Soweto, projet qui, d’ailleurs, tarde à se concrétiser ; Africa transit, CCBM voyages, Digital planet qui connaît apparemment quelques problèmes puisque beaucoup de showrooms ouverts un peu partout ont fermé leurs portes. Sans oublier son implication dans le renouvellement du parc des taxis avec son projet de 50 taxis confiés à des femmes et inauguré par la première dame, Viviane Wade.
Toutes ces entreprises, créées depuis le début de cette ascension vers le sommet du groupe CCBM ont permis à Serigne Mboup d’employer plus de 800 personnes. Et il se glorifiait dans un entretien qu’il avait accordé au journal Le Quotidien en janvier 2006 de verser 5 milliards de francs CFA à l’Etat sous forme de taxes. Aujourd’hui, même s’il ne veut pas aborder la question des bénéfices de son holding, il déclare faire un chiffre qui tourne en moyenne autour de 30 milliards de francs CFA. Ce parcours pour le moins exemplaire lui a peut-être facilité son intégration à la Confédération nationale des entrepreneurs du Sénégal (CNES) de Mansour Kama. Il y a aussi sa position concernant le statut qui doit être celui de l’homme d’affaires sénégalais. Il croit dur comme fer que ce sont eux qui feront du Sénégal un pays développé. Peut-être que c’est ce qui lui vaut d’être présent parmi les membres du Conseil présidentiel de l’investissement au titre des Sénégalais investisseurs au Sénégal. Au sein du CPI, les avis donnés par Serigne Mboup sont bien pris en compte. Un privilège certainement pour un pur produit de l’informel qui a réussi une bonne intégration dans le secteur formel.
L’homme d’affaires préféré du président ?
« Je n’ai jamais gagné aucun marché de la part de l’Etat ». Cette déclaration du patron de CCBM date de janvier 2006. Elle ne serait certainement pas valable par les temps qui courent. En réalité, le nom de ce capitaine d’industrie est cité dans les marchés les plus juteux qu’octroie l’Etat. Et d’après lui, la cote qu’il a réussie à avoir auprès des plus hautes autorités de ce pays n’est en rien le résultat d’un quelconque appui qu’il leur aurait apporté.
C’est tout juste la reconnaissance d’un parcours qui impose en ce moment qu’il soit associé à certaines affaires. Même la limousine offerte au chef de l’Etat n’y est pour rien. N’empêche le patron de CCBM bénéficie depuis quelque temps de « faveurs » et semble être écouté par le président de la République.
Le marché pour l’équipement en véhicules des députés de la présente législature a atterri dans la besace de Serigne Mboup. 150 véhicules 4×4 Hover d’un montant global de 2,5 milliards de francs CFA. Il y a également le marché pour la construction du futur siége du Sénat,10 milliards de francs CFA. Et last but not least, c’est à lui que le président s’est adressé quand il a fallu trouver un opérateur pour s’occuper de la gestion du nouveau bateau Aline Sitoé Diatta après la mise à l’écart de la SOMAT. Le président disait à la réception de ce bateau au mois de décembre 2007 qu’il allait confier ce « bijou » qui a coûté la bagatelle de 17 milliards de francs CFA à des Sénégalais bien assis financièrement. Et parmi ces Sénégalais, il y a Serigne Mboup. Ce qui peut laisser croire que contrairement à ce qu’il affirme, Serigne Mboup est bel et bien un homme assis sur une grosse fortune.

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