Force est de constater, en le déplorant vigoureusement, à la lecture du dernier classement mondial établi par Transparency international, que la corruption est plus que jamais purulente et virulente dans les pays pauvres. Surtout dans ceux qui sont secoués par des guerres et autres crises internes, voire régionales. Les nations meurtries par des conflits récurrents qui ont détruit leur système de gouvernance, les États indigents et instables sont au bas du tableau. Cela est compréhensible, car le sous-développement, la faiblesse ou l’inexistence d’institutions fiables sont propices au pillage de ressources publiques, par la corruption et la concussion.
Ce qui l’est moins c’est que pareils phénomènes prédateurs continuent de prospérer au cœur de grandes puissances, comme les Etats-Unis ou la France. En la matière, elles n’ont absolument pas la cote qui devrait être leur, au regard de l’image très propre qu’elles renvoient au monde du haut des sommets économiques et politiques sur lesquels ils se sont hissés, siècle après siècle. La corruption n’est finalement pas l’apanage des pays pauvres, comme on a tendance à le faire accroire. Ce « cancer universel », ainsi que le dénomme Peter Eigen, le fondateur de Transparency International, reste prégnant dans l’autre partie opulente du monde.
Certes, tout organisme d’aide au développement est en droit, comme l’a fait l’Usaid, de dénoncer la corruption quand elle gangrène les rouages administratifs et économiques de certains pays bénéficiaires de son appui. Mais les grands de ce monde ne sont pas toujours les mieux placés pour donner des leçons à cet égard. Les très mauvais exemples sont récurrents dans la puissante Amérique.
Des audits sur le Pentagone révèlent qu’en 2005, la société de services pétroliers Halliburton, longtemps dirigée par l’ex-vice-président Dick Cheney, a surfacturé pour environ un milliard de dollars des fournitures à l’armée américaine en Irak. En 2006, Jack Abrammoff, un puissant lobbyiste Républicain, qui risquait trente ans de prison, pour une affaire vaseuse, a fait bénéficier de ses largesses plusieurs députés, en échange d’une réduction de peine de dix ans. L’ancien commissaire de Police newyorkais, Bernard Kerik, a été inculpé, en novembre 2007, de corruption, pour avoir perçu des pots-de-vin d’entreprises suspectées d’être liées à la Mafia.
Le sénateur Républicain de l’Alaska, Ted Stevens, a été mis en examen en 2008, sur sept chefs d’accusation, pour avoir, entre 1999 et 2006, effectué de « fausses déclarations » fiscales et accepté des « cadeaux » d’une entreprise, évidemment pour « services » rendus. Rod Blagojevich, alors gouverneur de l’Illinois, a été arrêté, le 9 décembre 2008, puis destitué par la suite, parce qu’il a cherché à vendre, au plus offrant, … le siège vacant au Sénat du Démocrate Barack Obama, après qu’il a été élu président des Etats-Unis d’Amérique.
Deux magistrats américains ont perçu plus de 2,6 millions de dollars, pour avoir envoyé des centaines d’enfants et d’adolescents purger, entre 2003 et 2006, des peines excessives, dans un centre privé de détention, en Pennsylvanie, géré par PA Childcare et Western PA Childcare. Lorsqu’un jeune était admis dans ce centre, ces deux entreprises qui géraient l’établissement en question recevaient des subsides de la part du comté pour couvrir leurs frais d’incarcération. Plus le nombre d’enfants condamnés était important, plus les fonds reçus par les deux sociétés en cause étaient abondants. Et le pot-de-vin consistant versé aux juges véreux, aussi.
L’ex-président de la Banque mondiale, l’Américain Paul Wolfovitz, a été obligé, en 2007, de démissionner pour népotisme Il n’a cependant pas fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire dans son pays. On le comprend bien, car sous l’administration Bush, il faisait partie des plus virulents faucons contre l’Irak.
Accusée d’avoir versé un « paiement illégal » de 50.000 dollars à un responsable indonésien du ministère de l’Environnement pour faciliter l’adoption par l’Indonésie du coton transgénique, Monsanto a été poursuivi aux Etats-Unis, par la « Securities and exchange commission » pour corruption. La firme a accepté de payer une amende de 1,5 million de dollars.Tout récemment, en février 2010, Alcatel-Lucent a été condamné à payer 137,4 millions de dollars à l’administration américaine pour clore une enquête sur des pots-de-vin relatifs à des marchés au Costa Rica, à Taiwan, ou encore au Kenya.
Cet échantillon de cas, parmi les plus connus, n’est qu’un fragment de la partie visible d’un immense iceberg. L’on considère que les affaires scabreuses, qui ne sont pas éventées et portées devant la justice, sont bien plus nombreuses qu’il n’y parait, à l’interne. A l’externe, dans ce contexte de libéralisation débridée de l’économie mondiale, les puissants usent également de l’arme de la corruption pour défendre leurs boulimiques intérêts. C’est connu, les multinationales d’obédience américaine, mais aussi d’autres pays industrialisés, usent, à grande échelle, de ce genre de procédés pour remporter marchés. La pratique sape la concurrence et induit une déperdition massive de ressources destinées au développement. Dans les pays pauvres, plus que chez les plus riches, malheureusement
Source: le soleil






