Le groupe des 15 pays à faible revenu a enregistré, sur la période 2006-2008, une croissance annuelle de plus de 7 %. Mais le Sénégal n’en a pas profité. L’Usaid s’interroge sur la non-profitabilité de cette embellie.
Le directeur de l’Usaid Sénégal a exprimé vendredi dernier son incompréhension sur le fait que le Sénégal n’a pas pu profiter de la croissance soutenue qu’a connue l’Afrique subsaharienne ces dernières années. ‘Le groupe des 15 pays à faible revenu a enregistré, sur la période 2006-2008, une croissance annuelle moyenne, hors pétrole, de plus de 7 %.
Pourtant, le Sénégal qui appartient à ce groupe de pays, n’a pas bénéficié d’une telle embellie’, a déclaré M. Kevin Mullally au cours des journées économiques sénégalaises, soulignant le rapport d’octobre 2009 du Fonds monétaire international (Fmi) sur les perspectives régionales.
Dans sa communication présentée aux invités ayant répondu à l’appel de l’Usaid, du Centre de recherches économiques appliquées (Crea) et du Centre d’études de politiques pour le développement (Cepod), il a fait remarquer que sur cette même période, la progression moyenne du produit intérieur brut (Pib) a été seulement de 3 %. Et que, s’appuyant sur les estimations officielles, la croissance en 2009 serait d’environ 2,5 %.
Aussi, au vu de ces performances, le directeur de l’Usaid Sénégal a-t-il trouvé légitime de se poser des questions qui lui viennent à l’esprit. ‘Pourquoi le Sénégal n’a-t-il pas bénéficié de ce contexte de croissance ? Comment expliquer l’écart important entre le Sénégal et l’ensemble du groupe ?’, s’est-il interrogé.
Les réponses à de telles questions ne sont pas simples et méritent une réflexion approfondie. M. Mullally le sait bien. Il a voulu cependant dégager quelques pistes de solutions en revenant sur 4 questions essentielles. La première porte sur le cadrage macroéconomique de la stratégie de croissance accélérée (Sca). ‘Force est de reconnaître que sur la période 2006-2008, l’aggravation temporaire des déficits publics et l’accumulation d’arriérés de paiements, n’ont pas favorisé un environnement financier stable pour la croissance’, a-t-il relevé.
La seconde préoccupation du directeur de l’Usaid est relative à la contrainte de l’énergie. ‘L’enquête récente sur le climat des affaires commanditée par la Banque mondiale (Bm), a conclu que les difficultés d’approvisionnement en énergie électrique constituaient la première contrainte identifiée par le secteur privé. Ce constat vient confirmer l’évaluation contenue dans un autre document de la Bm qui concluait, que sur l’année 2006, les délestages et la mauvaise qualité de l’énergie, ont contribué à une perte de 1,5 à 2 points de croissance du Pib’, a-t-il souligné.
La troisième question soulevée par Mullally a trait au dispositif institutionnel optimal de la Sca. ‘Les actions du gouvernement dans ce domaine ont accusé un retard préjudiciable. C’est seulement au début de l’année 2008 que la loi d’orientation et le décret relatif au cadre institutionnel ont été approuvés’, a-t-il dit.
Enfin, la quatrième préoccupation concerne l’exécution des réformes indispensables à l’établissement d’un environnement de classe internationale. ‘Le Sénégal ne saurait à l’évidence se satisfaire de la 157e place du classement du Doing Business 2010. Un tel rang reste très éloigné de l’objectif déclaré du gouvernement d’instaurer un climat des affaires comparable à celui des pays de l’Ocde’, a-t-il signalé.
En fait, ces facteurs explicatifs de la crise de la croissance de l’économie sénégalaise avaient été soulevés en 2006 par le directeur de l’Usaid de cette époque lors des journées de l’économie sénégalaise.
En revenant sur ces questions, Kevin Mullally a voulu montrer les faibles performances de l’économie sénégalaise que les différents acteurs lient, pour une large part, à une baisse de la compétitivité.
Selon lui, celle-ci doit être appréciée non seulement par les performances de ses exportations mais aussi par la capacité de la production locale d’un pays à concurrencer les importations.
Et pour une croissance forte de l’économie sénégalaise, il préconise des réformes structurelles approfondies. Lesquelles doivent figurer dans les priorités du gouvernement, dans le cadre de la préparation de la prochaine stratégie de lutte contre la pauvreté, selon lui.
‘L’élimination des barrières à l’entrée, l’exploitation et la croissance des entreprises doivent, non seulement, contribuer à attirer des capitaux étrangers, mais également aider à libérer le vaste potentiel en ressources du Sénégal. En effet, les pays qui vont prendre sérieusement les réformes seront les mieux placés pour tirer une part substantielle des bénéfices qu’offre la mondialisation’, a-t-il indiqué.
L’Usaid a été l’un des tout premiers partenaires au développement à accompagner la mise en œuvre de la Sca. Cette nouvelle stratégie marquait une volonté de rupture, en engageant le Sénégal dans la voie d’une croissance soutenue et forte d’au moins 7 % par an.
Source: Walf






