La zone euro voudrait se doter rapidement d’un fonds monétaire européen, à l’image du FMI, pour pouvoir aider un de ses membres qui serait en difficulté financière. La Commission européenne assure qu’elle fera une proposition avant la fin juin, mais le projet proposé par l’Allemagne suscite déjà nombre de réactions hostiles.
L’idée a fait son chemin, étonnamment vite. « La Commission est prête à proposer, si possible avant la fin de la présidence espagnole [NDLE : fin juin], la création d’un fonds monétaire européen qui aurait le soutien des pays de la zone euro, pour aider à l’avenir les pays comme la Grèce confrontés à de graves difficultés financières », a expliqué, hier, le porte-parole d’Olli Rehn, le commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires. Un premier débat devrait avoir lieu dès aujourd’hui au sein du collège. La crise grecque a cruellement rappelé le fait que les traités interdisent aux Etats membres de la zone euro d’intervenir en faveur d’un des leurs. Mais quand la question s’est posée de recourir au Fonds monétaire international, l’idée en a été unanimement rejetée par les dirigeants de l’Union, de crainte de répercussions négatives sur la monnaie unique. « Pour la stabilité de la zone euro, nous avons besoin d’une institution disposant d’expériences et de pouvoir d’intervention analogues à ceux du FMI », a expliqué le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans une interview parue dimanche dans le quotidien « Welt am Sonntag ». Cette prise de position, rompant avec une longue parenthèse allemande de méfiance à l’égard de toute expression de solidarité financière vis-à-vis de ses partenaires, explique largement la diligence dont semble vouloir faire preuve la Commission. Celle-ci a précisé que le recours à ce fonds monétaire européen serait « lié à une conditionnalité très rigoureuse » et que, à l’image du FMI, ses interventions en faveur d’un pays en difficulté seraient liées à la mise en oeuvre de mesures d’assainissement budgétaire et de réformes drastiques. Il a été ajouté que, à ce stade, il était impossible de dire si la création d’un tel fonds impliquera une modification des traités.
Lourdeur du projet
Pour Wolfgang Schäuble, ce serait les Etats membres de la zone euro qui décideraient, à l’unanimité (moins l’Etat en difficulté) d’octroyer ou non des aides. Pour maintenir une incitation à la discipline budgétaire, le principe des aides ne devrait pas être acquis et la possibilité d’un défaut de paiement devrait toujours exister. Le chef économiste de la BCE Jürgen Stark a immédiatement rejeté le principe d’une entraide financière, qui n’est « pas compatible avec les fondements de l’Union monétaire », tandis que Paris a fait savoir hier qu’il s’agissait « plutôt d’une bonne idée », tout en soulignant les nombreuses lourdeurs du projet. Car Berlin souhaiterait parallèlement renforcer l’arsenal de sanctions contre les pays laxistes sur le plan budgétaire avec deux options possibles : la suppression des fonds structurels européens ou la suspension des droits de vote en Conseil des ministres de l’Union. En Allemagne le SPD a bien réagi, réclamant la paternité du concept.
Hostile au concept
Au sein des unions chrétiennes, un responsable de la CSU a insisté sur la nécessité de ne pas dégager le Etats laxistes de leurs responsabilités budgétaires. L’ancien ministre des Finances d’Helmut Kohl Theo Waigel s’est étonné dans le « Handelsblatt » : « Pourquoi donc les pays de l’Union sont-ils membres du FMI s’il n’aide que les pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique ? », se demande-t-il.
Du côté des libéraux, on est aussi hostile au concept. « Ce serait une catastrophe », selon l’expert ès finances Frank Schäffler, pour qui cela reviendrait à « socialiser au niveau européen les coûts d’une politique budgétaire laxiste d’un Etat ».
Source: les Echos






