Petit déjeuner avec Hobbes, Weber et Emerson chez le sage de Sebikotane
Quand la démocratie dégénère , elle finit par être une « aristocratie d’orateurs » nous dit Thomas Hobbes. J’ai retrouve cette vérité qu’on part chercher en Occident tout prés d’ici à Sebikotane chez mon ami le grand sage de Sebikotane. Au cours de nos discussions, le sage de Sebikotane m’a dit « Au Sénégal, on a des tisserands de la parole. Ils tissent une couverture de paroles et s’abritent derrière comme on utilise une couverture pour se protéger du froid ». Cette couverture tissée de paroles est un rempart contre la vérité car la vérité finit par être engloutie dans le flot de parole ». C’est très intéressant de savoir que malgré plusieurs siècles de différence et deux continents, un océan et une mer, le sage de Sebikotane et Thomas Hobbes, vivent sur des collines du savoir qui sont voisines. Toujours dans ses réflexions sur notre démocratie le sage de Sebikotane aime dire « tout ce qui est transparent au Sénégal, c’est ce qui n’a pas encore ete vérifié » Evidemment le mot audit n’existe pas dans le vocabulaire de ce sage pur produit du daara de Coki mais les publications des audits de l’armp donnent raison au sage. En fait les audits confirment toujours que « ce qui est clair, c’est qu’on pas audité. Ces deux maximes du sage de sebi sont en fait un faisceau lumineux pour une personne qui veut comprendre l’évolution de notre pays. Je me suis dit que pour avoir une telle pertinence il faut savoir ce que Max weber appelle « la neutralité axiologique » qu’on retrouve aussi chez lui quand il dit « la meilleure façon de faire face au pouvoir, à l’argent, au pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir est dans ce que les wolofs appellent le doylou ». Le doylou qu’on pourrait traduire par essayer de calibrer façon stoïque ses besoins à ses moyens. Eh bien ce grand sage prêche par l’exemple. Le savoir lui sert de rempart contre le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir car dit-il « chaque fois que le monde devient complexe on fait appelle au savoir » En disant que « les pensées gouvernent le monde » Emerson ne dit pas autre chose. On ne regrette jamais de s’arrêter chez le sage de Sebi car le temps d’un petit déjeuner on redécouvre non seulement Emerson, Hobbes et Weber à Sebi mais on y apprend a relativiser beaucoup de choses qui nous semblaient tellement importantes avant que ne franchissent le seuil de l’université du sage de Sebikotane.
Wade et les kassaks
Dans son livre « the lexus and the olive tree”, l’excellent chroniqueur du New York Times pose la problématique du lien entre la mondialisation et les identités en montrant les liens dialectiques entre l’extrême modernité « le lexus » et les origines symbolisées par l’olivier arbre qu’on retrouve dans la Torah, la bible et le Coran. Chez Friedman, c’est une erreur que de penser que les « identités » vont se dissoudre dans la mondialisation qui selon lui « n’est rien d’autre qu’un va et vient permanent entre les origines et l’extrême modernité ». Le Sénégal semble être une exception au postulat de Friedman. Les contes que nous racontaient nos grand-mères autour d’un grand feu de bois sont remplacés par TIJI. Nos enfants seront la génération TIJI. J’ai tressailli quand dans l’émission Tribune j’ai entendu le Président de la république insister sur la nécessité de réconcilier nos enfants avec le lebon lipon dans la case des tout-petits. Avec émotion le Président a aussi regretté qu’il y ait plus de cérémonies traditionnelles pour les circonscis comme les « kassaks ». Ah les Kassaks ! Où est ce qu’il y a encore des kassaks. A Thiaroye sur Mer où j’ai grandi ,le rite initiatique des kassaks rythmaient les vacances. Ce rite initiatique est entrain de disparaitre depuis que la circoncision se fait sous anesthésie et les circoncis dorment sur des matelas dans des salons. Ce rite initiatique ne survient plus que dans le Sénégal des profondeurs mais jusqu’à quand car le désert de TIJI ne cesse d’avancer. Il a déjà enseveli des générations de jeunes nés aux almadies, à Fann Résidence ou dans les Sicaps qui n’auront jamais le frisson de jouer au « samory Moriba ». Evidement ces jeunes ont lu les contes d’Amadou koumba de Birago Diop mais c’est tellement différent quand est comptée par ta grand mere au village au coin du feu de bois la nuit.
Plutôt Bush que Bongo
Dans l’émission Tribune, le Président de la république a aussi abordé la question de la succession en recrutant les cas de Bush père et fils au Etats Unis et celui des Bongo au Gabon. Le Sénégal est une vielle démocratie où l’on vote depuis plus d’un siècle. Notre ambition doit être d’avoir le même benchmarking démocratique que la France ou les Etats Unis et non pas regarder vers le Gabon. Rien que nous comparer au Gabon est en soi un recul démocratique et ceux qui rêvent de la transposition du modèle gabonais au Sénégal se trompent de pays et d’époque. Nous préférons de loin l’exemple des Bush à celui des Bongo car aux Etats Unis entre Bush Père et Fils, il y a un mandat de courtoisie comme fut le cas en Inde avec Ghandi ou au Pakistan avec les Bhutto. Les Bush, les Gandhi, les Bhutto sont des dynasties comme on les a dans toutes les grandes démocraties. Sans mandat de courtoisie à la tête d’un Etat entre un père et un fils, ce n’est pas une dynastie mais une monarchie. Le mandat de courtoisie rappelle que nous sommes dans une république ( le pouvoir n’est pas attaché à une famille ou sa descendance). Donc quand un fils succède à son père à la tête de l’Etat, quelque soit le mode de transmission ( vernis démocratique au Gabon et au Togo) nous sommes de facto dans une monarchie parce que le pouvoir devient attaché à une famille.
La revanche de Luther
La fermeté dont fait montre l’Europe vis-à-vis de la Grèce illustre le sérieux de l’union européenne qui est avant tout un club économique contrairement à l’Union Africaine qui n’est que géographique. Est-ce qu’on a jamais entendu l’Union africaine ou même l’uemoa rappeler à l’ordre un Etat pour cause de déficit public ? En Europe, l’Union surveille la Grèce mais aussi les pays que les anglais et les allemands appellent le club Med ( Italie, Espagne, France) parce qu’ils étaient très décontractés dans la gestion de leur finances publiques. Les pays du club Med avant tout des pays de tradition catholique alors que les pays adeptes de la rigueur budgétaire sont plutôt protestants. Sur la carte il y a une sorte d’asymptote de la rigueur qui de l’Italie aux pays scandinaves très proches de la ligne droite qui symbolise la rigueur. Ce qui a fait dire à l’économiste Pascal Morand que la « réussite de la construction européenne est avant tout la revanche de Luther »






