La pièce avait débuté la semaine dernière de manière solennelle, avec la déclaration commune des dirigeants européens affirmant qu’ils viendront en aide à la Grèce, si le besoin s’en fait un jour sentir. Lundi, les ministres des finances ont fixé un délai d’un mois au gouvernement grec pour démontrer le sérieux de son plan de redressement budgétaire. Le spectacle s’installe donc pour la durée. Les membres de la zone euro vont tenter de convaincre les marchés que la Grèce n’est pas en faillite, tout en essayant d’expliquer à leurs électeurs qu’ils ne s’apprêtent pas à financer à fonds perdus ces Grecs férus du farniente et qui fraudent le fisc.
Les acteurs connaissent leur rôle, et se conforment à leurs personnages. Les Allemands jouent les durs, les Français veulent réguler, les Espagnols et les Portugais s’inquiètent, les Italiens font semblant de penser que tout cela ne les regarde pas. A l’extérieur de la zone, les Britanniques se penchent avec commisération sur le sort de l’euro, tout en espérant secrètement que les marchés ne leur réserveront pas un jour le traitement qu’ils infligent à la Grèce. Les marchés nerveux font comme à leur habitude : ils tentent de deviner l’avenir.
Mais ce début de représentation a un air de déjà-vu. La déclaration des ministres des finances n’a fait que réitérer le principe d’un examen du plan grec à la mi-mars. Plan auquel la Commission européenne avait donné son blanc-seing en janvier, en l’assortissant d’exigences de mesures supplémentaires, sur tel ou tel détail, comme la rémunération des fonctionnaires.
Changement de registre…
Sur le plan macroéconomique, le plan de Georges Papandréou, qui se propose de ramener le déficit budgétaire de 13 % à 3 % du PIB d’ici 2012, a toute l’apparence du sérieux. Mais les autres Européens veulent s’assurer qu’il y a de la substance derrière ces chiffres globaux. Ils veulent comprendre comment le gouvernement grec va s’y prendre pour améliorer la collecte de l’impôt dans un contexte de fraude fiscale généralisée. Le cas échéant, ils auront des idées sur les mesures qu’Athènes devrait prendre pour améliorer le programme – telle dépense à couper, tel impôt à augmenter.
Mais les dirigeants européens connaissent aussi les enjeux politiques de ce sauvetage à hauts risques. Leurs électeurs frappés par la crise ont une patience limitée. Ils exigent que la Grèce paie le prix de ses fautes. Il faut bien qu’en retour on leur promette l’intransigeance.
Le spectacle peut continuer tant que la Grèce n’est pas confrontée à des besoins de financement immédiat. Le mois qui vient a l’air à peu près sûr, mais d’importantes échéances approchent en avril et mai. Si l’urgence survient, les dirigeants européens devront changer de registre, et passer du théâtre à la finance.
Source: le Monde






