Le Japon a enregistré une sensible progression de son Produit intérieur brut (PIB) au quatrième trimestre 2009, un gain qui lui permet de conserver son rang de deuxième économie mondiale, devant la Chine. La croissance, de 1,1 % par rapport au trimestre précédent et de 4,6 % en glissement annuel, dépasse les prévisions des économistes, qui s’attendaient à 3,7 %. Entre juillet et septembre, la croissance avait été de 1,3 % en glissement annuel.
Le bon chiffre du quatrième trimestre a fait dire à Keisuke Tsumura, du Bureau du gouvernement, que “les risques de rechute s’amenuisent un peu”. Une position prudente car l’activité a beaucoup bénéficié des aides gouvernementales. “Les conditions économiques réelles restent difficiles”, a ajouté le porte-parole du gouvernement, Hirofumi Hirano.
La croissance enregistrée met fin à une année difficile pour l’archipel. Le PIB a reculé en termes réels de 5 % en 2009, un repli jamais observé depuis 1955. Il s’établit à 474 924 milliards de yens (3 871 milliards d’euros). Celui de la Chine atteignait 33 500 milliards de yuans (3 594 milliards d’euros) fin 2009.
PASSAGE DE TÉMOIN
Le passage de témoins entre les deux premières économies asiatiques est attendu en 2010, voire 2011, en raison de la vigueur de la croissance chinoise, très supérieure à celle du Japon. Cependant, cette perspective ne suscite pas de drame dans l’archipel où le discours dominant est plutôt : “qu’importe la position, du moment que nous conservons nos spécificités”.
Le rebond d’activité observé au Japon doit beaucoup à la vitalité de la Chine, qui est aujourd’hui son premier partenaire commercial. Les industriels de l’archipel bénéficient dans ce pays de débouchés qu’ils ne trouvent plus en Amérique du Nord ou en Europe. La hausse de 5 % des exportations entre octobre et décembre en est l’illustration. Une évolution qui a favorisé la progression – la première depuis le premier trimestre 2008 – de 1 % des investissements des entreprises.
La hausse du pouvoir d’achat des Chinois sert la politique touristique du Japon, qui a assoupli, en juillet 2009, les règles d’octroi de visas. En 2009, l’archipel a enregistré une baisse de 18,7 % du nombre de touristes. Seuls les Chinois ont été plus nombreux à venir.
La croissance entre octobre et décembre a également bénéficié d’une consommation des ménages en hausse de 0,7 %. Les particuliers ont accru leurs dépenses notamment dans l’automobile et l’électronique, deux domaines qui faisaient l’objet d’aides gouvernementales. Ces bons chiffres compensent le recul de 1,6 % des investissements dans les travaux publics.
Pour la Banque du Japon (BoJ), la progression du PIB est une bonne nouvelle. L’établissement central est soumis à une pression certaine pour alléger sa politique monétaire, en raison notamment du retour de la déflation depuis le début 2009. Or, son taux directeur reste à 0,1 % et ses marges de manœuvre paraissent réduites.
DÉFLATION ET RENFORCEMENT DU YEN
La question est de savoir si la bonne dynamique observée fin 2009 peut se poursuivre. Malgré les incertitudes sur la solidité de la reprise en Amérique du Nord et en Europe, le Japon peut compter sur le dynamisme chinois et des autres nations émergentes pour ses exportations. Le gouvernement mise par ailleurs sur sa politique d’octroi d’allocations diverses pour soutenir la consommation.
La déflation et le renforcement du yen risquent néanmoins de peser sur les résultats des entreprises, qui pourraient décider de nouvelles baisses des rémunérations. En 2009, le salaire mensuel moyen versé par les entreprises privées a reculé, pour la troisième année consécutive (- 3,9 %) à 315 164 yens (2 600 euros).
De nouvelles réductions, ajoutées à l’affaiblissement de l’effet des plans de relance du gouvernement, nuiraient à la consommation. Il en est de même du chômage (5,1 % de la population active) : de nombreuses entreprises reconnaissent être en sureffectif et celui-ci pourrait augmenter.
La production industrielle reste sous le niveau d’avant la crise et elle ne devrait pas atteindre les 90 % de ce niveau avant la fin de l’année.
Dans ce contexte, les économistes attendent une croissance moins soutenue aux deux premiers trimestres 2010. Pour l’exercice fiscal 2010 qui commence le 1er avril, le gouvernement l’estime à 1,4 %.
Source: le Monde






