Sommé par Bruxelles de s’expliquer avant vendredi sur le camouflage de sa dette, Athènes invoque les grèves des dernières semaines pour justifier quelques jours de retard. Selon « Der Spiegel », l’éventuel plan de soutien de la zone euro pourrait atteindre « entre 20 et 25 milliards d’euros ».
Difficile de dire, à ce stade, si les grèves à répétition qui secouent la Grèce réduiront la capacité du gouvernement à réformer. Elles compliquent, en tout cas, le maintien de ses bonnes relations avec Bruxelles. Sommé de s’expliquer avant vendredi sur l’utilisation des « swaps de change » qui, sur les conseils de Goldman Sachs, lui auraient permis de camoufler le montant de sa dette, Athènes a demandé quelques jours supplémentaires. Motif invoqué pour justifier ce retard : les grèves à répétition dans le secteur public, et en particulier, la semaine dernière, au ministère des Finances.
Or la semaine risque encore d’être « chaude » sur le front social. Après la fonction publique, qui a massivement débrayé le 10 février pour protester contre les coupes budgétaires dont elle va faire les frais, une grève générale, mêlant secteurs public et privé, doit avoir lieu mercredi. Soit le jour que le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, avait choisi pour se rendre à Athènes ! Le Finlandais est toujours attendu en Grèce cette semaine.
Les grèves ne compliquent pas seulement l’agenda d’Olli Rehn. Elles invitent le Premier ministre Georges Papandréou, à la plus grande prudence dans son calendrier de réformes. Vendredi, ce sont les chauffeurs de taxi qui ont observé une journée de grève. Quant aux douaniers, qui ont débrayé depuis mardi dernier, ils avaient décidé de prolonger leur mouvement au moins jusqu’à mercredi, avant que la justice ne juge leur grève « illégale et abusive ». Autant dire que la marge de manoeuvre politique de Papandréou, qui peut encore se prévaloir de sondages favorables, pourrait fondre comme neige au soleil.
Démenti allemand
Athènes aurait pourtant bien besoin de donner des gages à Bruxelles. Ne serait-ce que pour tenter de rassurer les marchés : alors que selon certaines estimations, le simple renchérissement du coût de sa dette pourrait coûter plus d’un demi-point de PIB à l’Etat grec en 2010, il pourrait chercher à lever, dès cette semaine, 5 milliards d’euros sur le marché obligataire. Contraint d’emprunter 54 milliards d’euros cette année, il devra en effet en avoir récolté une vingtaine d’ici avril ou mai. Or, il craint de devoir proposer des taux très élevés pour trouver preneur. Selon les estimations d’UniCredit, le taux pourrait ainsi s’élever à 7,3 % pour des emprunts à 10 ans. Georges Papandréou a toutefois indiqué, hier, que le gouvernement n’avait pas besoin d’emprunter avant la mi-mars.
Des précisions sur une éventuelle aide des pays de la zone euro permettraient-elles de relâcher la pression, comme le suggère Athènes ? Selon l’hebdomadaire « Der Spiegel », qui cite « de premières réflexions du ministère allemand des Finances », ce plan composé en partie de crédits et de garanties pourrait atteindre « entre 20 et 25 milliards d’euros », répartis en fonction de la part que chaque pays détient au capital de la Banque centrale européenne soit 4 à 5 milliards pour l’Allemagne. Hier, Le ministère allemand des Finances à démenti cette information. Signe que la gestion de la dette grecque reste en attendant particulièrement épineuse, le gouvernement a procédé, en fin de semaine dernière, à une nomination très sensible : Petros Christodoulou a été choisi pour remplacer Spyros Papanicolaou à la tête de l’agence chargée de la gestion de la dette publique. Parmi ses fonctions passées, le nouveau responsable de la dette grecque a notamment travaillé… pour Goldman Sachs.
Source: les Echos






