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Jean-Philippe Cotis : “La crise laissera des traces”

Jean-Philippe Cotis : “La crise laissera des traces”

jean philippe cotisLe directeur général de l’Insee exclut une rechute de l’économie. Et estime que le redressement des finances publiques passe, en France, par une meilleure maîtrise des dépenses.


Plusieurs pays et instituts internationaux ont récemment relevé leurs prévisions de croissance. Votre lecture de la conjoncture est-elle aussi positive ?

La reprise reste à géométrie variable. L’Asie n’a jamais réellement cessé d’être dynamique. Son poids dans l’économie mondiale s’accroît et, même si la Chine paraît être au bord de la surchauffe, la région entière est un élément très important de stabilisation. Aux États-Unis, nous en sommes encore au stade de la “reprise technique” puisque les deux tiers de la croissance au quatrième trimestre sont liés au fait que les entreprises ont moins déstocké qu’auparavant. Mais les signes d’une reprise plus pérenne se précisent : la consommation des ménages a repris sa progression au second semestre 2009 et l’investissement, qui s’était effondré, semble maintenant repartir.

En Europe, nous sommes entrés aussi dans cette phase de reprise technique. En France, cette reprise s’appuie, en outre, sur un socle de consommation qui n’a jamais fléchi, même aux pires moments de la crise, ce qui a nous a singularisés par rapport à nos voisins. En décembre, l’Insee anticipait une reprise très progressive en France, avec une croissance de l’ordre de 0,3% à 0,4% par trimestre d’ici à l’été prochain. Cette prévision est toujours d’actualité.

Pas de risque de rechute, donc…

A priori non, mais la crise laissera des traces. Il faudra vérifier que la phase de reprise à laquelle nous assistons est bien enracinée. En France, les dernières enquêtes de conjoncture ne donnent pas de signes de détérioration, même s’il faut rester vigilant. L’expérience passée montre que, dans le cas de grandes crises comme celle que nous venons de traverser, les phases de redémarrage sont souvent lentes. Tout l’enjeu est de faire en sorte que cette phase de reprise lente ne soit pas trop longue, car si la reprise ne débouchait pas assez vite sur une période de croissance soutenue, le danger serait alors de “perdre” définitivement des personnes restées trop longtemps à l’écart du marché du travail.

Comment va évoluer le chômage ?

Avec le redémarrage de l’économie, la situation de l’emploi va s’améliorer. Mais il faut distinguer les Etats-Unis et l’Europe. Ici, les destructions d’emplois sont moins importantes qu’aux Etats-Unis en période de basse conjoncture, mais le taux de retour sur le marché du travail est plus faible en phase de reprise. En France, l’économie va continuer à détruire des emplois au premier semestre, mais à un rythme bien moins élevé qu’auparavant.

Comment continuer à soutenir l’activité tout en s’engageant dans une réduction des dépenses publiques ?

Il faut trouver le bon réglage. Il implique tout à la fois la politique monétaire et financière et la politique budgétaire. On peut raisonnablement penser que les conditions monétaires et financières resteront longtemps favorables à la croissance en Europe comme aux Etats-Unis. Des marges de manoeuvre vont donc commencer à s’ouvrir pour engager progressivement le rééquilibrage des finances publiques.

Dans le cas français, le redressement passe, pour une large part, par une meilleure maîtrise des dépenses publiques. L’enjeu est notamment de ne pas tomber dans un piège “ricardien” où le fait d’accumuler des déficits publics très importants inquiéterait les ménages et les entreprises et les pousserait à sur-épargner. Sans visibilité claire, on risquerait alors de perdre sur les deux tableaux : une croissance pénalisée par la montée de l’épargne de précaution et une absence de maîtrise des dépenses publiques.

Nicolas Sarkozy vous a chargé, avec Paul Champsaur, d’un travail sur l’évolution des finances publiques depuis trente ans et leurs perspectives sur la prochaine décennie. Quel est votre premier diagnostic ?

Sur longue période, il est évident : la politique budgétaire en France a été un problème plutôt qu’un instrument. Elle a plutôt contribué à amplifier les fluctuations économiques, notamment en phase haute du cycle. Et elle a débouché, au total, sur une dérive ininterrompue du poids de la dette publique dans le PIB. L’objectif numéro un est donc de retrouver la maîtrise de l’instrument budgétaire. Dans ce domaine, les plus grandes erreurs ont été commises dans les périodes de haute conjoncture, où les pouvoirs publics ont eu tendance à réduire les taux d’imposition et à augmenter les dépenses, en postulant que les beaux jours dureraient éternellement. Ces politiques ont contribué à exacerber les phases de surchauffe conjoncturelle. Et ont réduit les marges de manoeuvre de la politique budgétaire pour soutenir l’activité dans les phases basses du cycle. Elles ont, enfin, fortement contribué à la dérive de la dette publique que nous observons en France depuis plusieurs décennies.

L’Etat peut-il trouver 50 milliards d’euros d’économie d’ici à 2013 ?

La France a pris des engagements vis-à-vis de l’Europe en matière de réduction des déficits publics. D’autres pays européens, comme les Pays-Bas ou la Suède, ont mené, dans le passé, des opérations de rééquilibrage des finances publiques après avoir traversé des crises très graves. Une meilleure maîtrise de la dépense publique est donc possible même si l’expérience française n’a pas toujours été concluante.

Source: les Echos

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