Face à des marchés sceptiques sur la cohésion de la zone euro, les dirigeants européens vont devoir convaincre du sérieux de leurs engagements et de ceux de la Grèce, au besoin en durcissant les exigences envers Athènes.
La réunion de ce soir de l’Eurogroupe, les ministres des Finances de la zone euro, et celle de demain des ministres des Finances des Vingt-Sept auront pour tâche de convaincre du sérieux des engagements européens de soutien mais aussi de la mise sous tutelle de la Grèce. Les ministres des Finances de l’Union mettront officiellement la Grèce en demeure de ramener son déficit, encore de 12,75 % en 2009, sous 3 % du PIB d’ici à 2012. Ils lui demanderont aussi de prendre des mesures spécifiques pour éviter de mettre en danger le reste de la zone euro, en réformant par exemple ses systèmes de retraite et de santé. A ce sujet, le « Handelsblatt » à paraître aujourd’hui affirme que la BCE demanderait aux ministres de l’Ecofin de durcir les conditions imposées à la Grèce, via notamment « plus de coupes budgétaires », une hausse de la TVA et une taxation plus forte des produits de luxe et de l’énergie. Toutefois, poursuit le journal, une majorité des ministres y seraient opposés. Le gouvernement Papandréou devra rendre des comptes selon un calendrier précis : il lui faudra présenter un premier rapport à la mi-mars, un deuxième à la mi-mai, puis un autre tous les trois mois.
Athènes sous surveillance
En attendant de mettre ainsi la Grèce sous surveillance, les grands argentiers de la zone euro devraient rediscuter des modalités du plan de soutien dont le principe a été arrêté par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union jeudi. Ils devraient chercher à préciser la façon dont ils se coordonneraient et, in fine, se répartiraient le fardeau, s’ils devaient se résoudre à le mettre en oeuvre. Mais, à supposer que les discussions progressent, pas question de rendre publics les résultats immédiatement. « Mieux vaut maintenir les marchés dans l’incertitude plutôt que de leur permettre de continuer à spéculer », explique un diplomate. Dire d’emblée que certains Etats apporteront leur garantie en cas de défaut de la Grèce risquerait de précipiter les choses, les investisseurs étant alors incités à remplacer le papier grec qu’ils détiennent par de la dette émise par l’Etat français ou allemand. Et dévoiler ses cartes reviendrait pour l’Eurogroupe à relâcher trop vite la pression sur Athènes, alors que c’est à la Grèce de faire l’effort dans l’immédiat. Une stratégie pleinement soutenue hier par le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, qui a estimé au « Grand Jury » RTL-LCI-« Le Figaro » que l’engagement des chefs d’Etat et de gouvernement à soutenir la Grèce de manière « déterminée et coordonnée » lui suffisait. Pour autant, il a reconnu que la « trajectoire aberrante » des comptes publics grecs « n’aurait pas dû être tolérée », mais que les Vingt-Sept n’avaient pas les moyens juridiques de « se rendre sur place et de [les] vérifier », une situation qu’il faudra changer, selon lui.
Négligence moyennement grave
Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a aussi admis samedi que l’Eurogroupe avait commis une « erreur de négligence moyennement grave » en ne s’étant pas occupé suffisamment de la situation financière de la Grèce. L’Eurogroupe « va se pencher à l’avenir beaucoup plus intensivement et sévèrement sur la compétitivité des pays », a-t-il promis. Le commissaire européen à l’Energie, l’Allemand Günther Oettinger, a estimé hier dans le « Welt am Sonntag » que « les Etats de l’Union doivent commencer à réduire leur déficit en 2011. S’ils refusent, le Pacte de stabilité doit être modifié de sorte que les instances européennes puissent mieux intervenir à l’égard des politiques nationales. La stabilité de l’euro doit être garantie ».
Pour sa part, au risque de susciter l’agacement de dirigeants européens, Georges Papandréou a dénoncé vendredi des dissensions au sein de l’Union, qu’il juge responsables du retard pris au soutien apporté à son pays. Il a accusé les institutions européennes d’avoir failli à leur tâche en ne contrôlant pas le précédent gouvernement, accusé d’avoir manipulé les statistiques.
Source: les Echos






