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ECHANGES avec…Baïdy Agne, Président du Conseil national du patronat (Cnp)

ECHANGES avec…Baïdy Agne, Président du Conseil national du patronat (Cnp)

baidy agne cnpChef d’entreprise multipolaire, le patron du Conseil national du patronat a pris part hier au premier Conseil d’administration de la compagnie aérienne sénégalaise en devenir, Senegal Airlines. Il se veut rassuré et rassurant sur le business plan de ladite compagnie, et sur le rôle qu’elle pourrait jouer dans l’aéronautique africaine. Néanmoins, au-delà de ces questions, Le Quotidien l’avait interpellé, il y a une dizaine de jours, sur plusieurs questions brûlantes de l’heure – avant le rapport d’audit publié par l’Agence de régulation des marchés publics.

Vous avez toujours prôné la préférence nationale, et vous l’avez manifesté quand l’Etat a eu besoin de partenaires dans l’aéronautique. Or, dans le secteur de l’énergie, l’Etat est allé faire appel à des Saoudiens, après avoir tenté avec des Iraniens ? où étaient les nationaux ?
Comme vous avez dit, il est de coutume de m’entendre parler lors des privatisations, des concessions, de la nécessité de mettre en avant le secteur privé national, de la nécessité pour l’Etat, dans toutes les solutions possibles, d’intégrer le secteur privé national, parce que si ceci n’est pas fait, non seulement, nous n’assurons pas un transfert de connaissances, de technologies, quelles que soient les industries, et nous ne participons pas au renforcement réel de notre tissu économique, et des Sénégalais. Et c’est ce que je disais dans le cadre de la Stratégie de croissance accélérée, qu’il était absolument, important de définir des Sénégalais dans différents secteurs, d’organiser l’appui qu’on leur  donne. Que l’Etat engage des discussions avec des Iraniens, des Saoudiens, sans y impliquer le secteur privé national, ce n’est pas faute de l’avoir demandé. A chaque fois, sur les questions de l’énergie qui, je le pense bien, est la question sur laquelle nous nous sommes exprimés le plus, encore que dans ce secteur particulier, le plus important, compte tenu de son impact sur notre économie totale, c’est la résolution de la question énergétique quels que soient  les moyens.
Cependant, nous avons manifesté, à plusieurs reprises, l’intérêt que nous avons. Nous avons même, nous Conseil national du patronat, organisé lors de nos assises d’il y a deux ans, des réunions spécifiques sur l’énergie et identifié des Sénégalais ou des structures qui travaillent actuellement sur l’énergie ou sur les énergies renouvelables et qui ont manifesté leur intérêt dans le stockage. D’autres ont manifesté des intérêts de participer dans le capital de la Sar ou au niveau de la Senelec. Nous sommes en attente de propositions. Mais, il est clair que le secteur privé l’a manifesté, l’a dit et l’a redit.
Je disais même au ministre d’Etat, que les compagnies aériennes, ce sont des industries très difficiles. Et quand il a fallu se retourner vers les Sénégalais, ils se sont mobilisés pour sortir les 15 milliards de francs Cfa nécessaires pour le faire. Bien sûr, nous Sénégalais, nous n’avons pas toutes les capacités tout le temps. Mais si c’est une volonté exprimée de l’Etat, nous pouvons nous mobiliser pour faire d’énormes choses.

Au-delà de la question de l’énergie, d’autres problèmes opposent le secteur privé avec certains de ses membres, et rendent l’environnement délétère. Des banques étouffent l’initiative privée de certaines sociétés. Et on n’entend pas de propositions du patronat.

Vous dites que vous n’entendez pas le secteur privé parler de l’environnement ou de ce qui ne va pas, de ce qui va. Je pense que pour ce qui concerne tout au moins, ne serait-ce que le mois de décembre, en tant qu’organisation globale, nous avons tenu nos assises et, nous n’avons laissé aucun sujet de côté. Nous avons adressé globalement, les maux de notre environnement. Nous avons, au-delà de les adresser, indiqué parfois des solutions et demandé un renforcement des relations avec l’Etat, les travailleurs, la société civile. Je pense que nous avons adressé tout l’environnement sans complaisance aucune.
Maintenant, il faut en le disant, que nous comprenions qu’un secteur privé qu’un patronat, son rôle, au-delà de dire ceci va, ceci ne va pas, doit être tourné vers la construction et dans la construction, un acteur comme l’Etat qui est en fait, en mesure de mettre en œuvre, de décider, doit être un partenaire. Dans notre environnement global, nous l’avons dit, parce que nous sommes des acteurs responsables et conscients de notre situation et que l’entreprise ne peut pas évoluer dans un environnement d’instabilité. Nous demandons tout le temps qu’il y ait la paix sociale. Nous demandons tout le temps qu’il y ait un consensus au niveau politique national entre ceux qui sont au pouvoir et ceux qui sont dans l’opposition. Ça, c’est pour créer le cadre favorable à l’émergence de l’entreprise. Nous adressons les questions de l’environnement, qu’elles soient judiciaires, qu’elles soient de la réforme administrative et même de la relation sur le financement.
Maintenant, (…) nous pouvons demander que le mode de financement de notre économie devienne plus souple, devienne plus engagé, plus tourné vers le développement, qu’il accompagne davantage l’entreprise. Au-delà de certaines entreprises prises spécifiquement, comme sur la question de la dette intérieure que les entreprises ont connue, plus l’Etat tarde à payer, plus les entreprises qui avaient  et ont des engagements avec des banques, ceux-ci finissent par leur coûter plus cher. Donc au lieu du franc que tu devais avoir, en réalité, tu es payé sur un franc discounted. Ce n’est pas un franc, c’est peut-être 0,8 ou 0,9 franc. Ce qui constitue des pertes. Tout ceci, ce sont des choses sur lesquelles avec l’Etat, avec les banques, nous devons engager des discussions plus globales, plus compréhensives qui indiquent, quand un problème se pose, les conséquences. Et que si ces conséquences ne sont pas le fait de l’entreprise, comment elles doivent être posées et gérées.
Ce qui est clair par rapport à l’emploi, c’est que les entreprises sont dans une situation difficile, et qu’elles ne sont pas dans une situation de pouvoir employer, ça veut dire que la société va, globalement, le ressentir. Donc, à mon sens, tout Etat doit avoir comme objectif principal de préserver l’emploi dans un pays, parce que c’est ça qui stabilise, c’est ça qui permet aux populations dans leur diversité, de pouvoir se retrouver, de contribuer. Bien sûr, l’emploi est une question extrêmement grave et extrêmement essentielle. Je dis souvent qu’à chaque fois qu’une entreprise se met en difficulté, ou une entreprise ferme, il est sûr qu’un pays qui ne génère pas d’emploi, il est condamné. Et nous le disons. A chaque intervention, nous le répétons.
J’ai le sentiment que sur la question de l’emploi, il n’y a même pas de cohérence globale gouvernementale. C’est une question d’une importance capitale, qui est traitée par 50 000 personnes. Cela veut dire presque qu’elle n’est pas traitée comme cela devrait l’être.

Vous avez affirmé que la dette intérieure était épongée. Et pourtant, l’environnement économique ne s’est pas du tout amélioré et…

(Il coupe) Non ! Il y a un malentendu. Je n’ai pas dit que la dette était épongée. Je ne l’ai jamais dit. Il y a en revanche le fait que dans nos discussions, nous utilisions des termes reconnus, parce que la dette a été classée en différents types, si on veut. Il y a ce que le ministre des Finances nommait la dette budgétisée et la dette non budgétisée. La dette dite budgétisée estimée à 174 milliards dans les documents du Fmi et de ce qui a été recensé, elle a été payée en gros. Maintenant, il y a un stock important que l’on dit hors budget, mais qui constitue une dette pour les entreprises, et même encore, qui touche des entreprises parmi les plus faibles. A la date d’aujourd’hui, ce n’est pas payé. Il y avait un audit qui l’a identifiée et évaluée à 100 milliards. Nous pensions que c’est un tout petit peu plus, mais à la date d’aujourd’hui, elle n’est pas soldée. Cela constitue une dette et ça a un coût énorme pour notre économie.
Mais, cela est-il la seule raison de notre marasme économique ?
Non. On peut évoquer mille choses. On peut même évoquer l’environnement international. Si on regarde le monde entier, 2009 n’a pas été un moment de croissance au niveau mondial ; la croissance mondiale a été évaluée à presque 1%, au moment où une année ou deux ans avant, elle était à 5%. Donc dans l’environnement global, il y a marasme économique. Dans notre pays, sa manifestation peut se traduire en différentes choses. Des secteurs qui étaient toujours porteurs de croissance, notamment les travaux publics, ne l’ont pas été en 2009. En 2008, ils généraient presque 10% de croissance, de participation au Pib. Mais en 2009, c’est 1%. On voit différents secteurs qui ont été touchés  dans notre propre pays.  Donc, les facteurs sont multiples.
Qu’est-ce qui pourrait aider à relancer la machine au Sénégal ?
L’Agriculture s’est bien maintenue. Nous pouvons penser, nous espérons qu’en 2010, il y aura un léger mieux, ne serait ce que dans les chantiers, pour un secteur porteur comme les Btp. Qu’avec le Mca américain, les différents projets annoncés ou qui sont lancés, vont rendre ce secteur encore porteur de croissance. Je pense que nous devons avoir des stratégies pour l’agriculture, les Btp, au niveau des services, il faut que nous fassions plus d’efforts. Mais, tout ceci, il faut reconnaître que cela est tout le temps plombé par l’électricité. Le secteur secondaire n’a pas fourni ce qu’il devait fournir dans le pays. Les trois compagnies  la Sar, les Ics et la Senelec n’étaient pas dans leur meilleur des formes. Leur participation au niveau du Pib était réduite. Maintenant qu’on nous indique qu’au niveau de Senelec, il y aura un léger mieux, tant mieux, c’est nécessaire pour que la croissance puisse se rétablir. Les Ics sont en train de reprendre. La Sar, tout au moins, a engagé quelques réformes, elle pourra contribuer un peu mieux. Donc, 2010 sera pensons-nous, mieux que 2009.

Source: le Quotidien

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