A l’occasion du Premier sommet international des décideurs Ouaga 2009, le professeur Philippe Chalmin participait à la table ronde sur L’Afrique et ses matières premières et nous a confié son analyse.
Les Afriques : Peut-on penser que l’Afrique est sortie de crise ?
Philippe Chalmin : Peut-on dire que l’Afrique était en crise ? Ce continent étant à l’écart de l’économie mondiale, les conséquences de la crise de 2008 sur l’Afrique ont été relativement bénignes. Elles ont été sensibles pour les exportateurs de matières premières, notamment les pétroliers qui ont passé un très mauvais moment au premier trimestre, et même au premier semestre 2009.
Mais on est revenu aujourd’hui presque à la situation antérieure : ça ne va ni plus mal, ni tellement mieux. Les quelques pays africains qui affichent des niveaux de croissance relativement forts sont, paradoxalement, ceux qui sont les moins sensibles aux matières premières. Mais ils sont peu nombreux. Ceci étant, la hausse des prix est quand même une bonne nouvelle pour les pays concernés.
LA : Finalement, les prévisions faites dans votre rapport annuel Cyclope en mai dernier se confirment ?
PC : Je ne les ai pas totalement vérifiées. Nous avons été très bons sur le sucre, produit sur lequel nous anticipions les hausses les plus fortes. Il est clair que nous avions des anticipations qui étaient pratiquement toutes à la hausse. Mais nous n’avions pas anticipé un rebond aussi fort, rebond lié à l’importance des achats chinois, à la baisse du dollar, à un flux relativement important de volumes spéculatifs. Tous ces facteurs expliquent le « plus » aujourd’hui des niveaux de prix de l’or, du pétrole et de certains métaux dont les fondamentaux ne laissaient pas supposer des situations pareilles. Rebond oui, rebond à ce point, je n’en suis pas totalement sûr.
LA : Cette faiblesse du dollar n’appelle-t-elle pas à revoir le mécanisme du franc CFA ?
PC : Remettre en cause le système du CFA, c’est le risque de la stabilité contre l’instabilité. De toute façon il ne faut pas abandonner la notion de parité fixe. Certes, aujourd’hui, le CFA se trouve lié à l’euro, ce qui n’est pas le bon lien. De deux choses l’une, soit on se cale sur l’euro, soit on se cale sur le dollar. Ça peut être assez complexe de se caler sur un panier qui ne serait pas très compréhensible.
Le gros, tout de même, des échanges avec l’Afrique se fait Nord-Sud, avec l’Europe, du moins s’agissant de la zone CFA. Là, on a quand même une stabilité totale monétaire. Si on changeait de système, cela impliquerait de la part de tous les acteurs économiques qu’ils intègrent un risque de change qu’aujourd’hui ils n’ont pas.
Le vrai problème aujourd’hui, c’est que nous avons un système monétaire international qui ne fonctionne pas bien : il faut que nous soyons capables d’inventer un nouvel étalon monétaire. Certains se demandaient si on ne pourrait pas revenir à la vieille idée de Keynes d’un étalon matières premières. Certains ont pensé que l’étalon idéal pourrait être le crédit carbone. Si on prend l’idée que l’environnement est un bien commun, ça ne serait pas idiot de monnayer le monde sur la base de la seule ressource que nous ayons : la qualité de l’air ! Mais vous imaginez la complexité de la chose… Déjà la conférence de Copenhague risque d’accoucher d’une souris ; là, je demande un éléphant !
Pour l’instant, on est en euro – le CFA est une forme d’euro : nous contribuons indirectement à la relance de l’économie américaine.
LA : Quelles sont vos prévisions pour 2010 ?
PC : Je viens de faire un papier intitulé « Tout va bien, Madame la Marquise ! ». L’économie chinoise va faire 10% l’année prochaine, mais gare aux lendemains, car un jour il y aura une crise chinoise et celle-ci pourrait approcher plus vite que nous le pensons. L’économie américaine est sortie de récession, mais elle ne crée toujours pas d’emplois ; l’efficacité du plan de relance est largement discutée ; ceci se fait à un coût d’endettement public refinancé par une sorte de Plan Marshall venant des pays à excédent, notamment de la Chine, et ceci se paie aussi par la faiblesse du dollar.
L’Europe reste le ventre mou, même si la plupart des pays sortent de récession, mais ils vont se balader autour du pour cent de croissance, ce qui veut dire que l’emploi ne va pas redémarrer.
Les moteurs des pays émergents sont plutôt bien allumés en ce qui concerne l’Inde, mais toujours en panne en ce qui concerne la Russie et pas extraordinairement actifs du côté de l’Amérique latine.
L’économie mondiale va faire l’année prochaine entre 3 et 4% de croissance. Je n’achète pas de chiffres équivalents pour 2011, pour l’instant en tout cas.
Source: les Afriques









