A la suite d’un article évoquant la possibilité d’un soutien financier des Européens à la Grèce, les marchés ont connu, hier, un nouvel accès d’inquiétude. La dette grecque mais aussi la monnaie unique sont sous pression.
A chaque jour, sa rumeur. Ces derniers temps, les marchés vivent au rythme de « bombes » médiatiques qui accentuent l’inquiétude autour de la Grèce. Mercredi, le « Financial Times » croyait savoir que la Chine envisageait de prêter 25 milliards d’euros à Athènes. Les démentis n’y ont rien fait : la crainte des marchés avait encore augmenté. Si Athènes était obligé d’avoir recours au placement privé d’une telle quantité de dette, n’était-ce pas la preuve de ses difficultés à se financer ? Le taux auquel l’Etat grec empruntait s’envolait, pour atteindre un record depuis 1999.
Hier, nouvelle rumeur : selon « Le Monde », les Etats de la zone euro se prépareraient « à aider la Grèce ». L’Allemagne et la France, en particulier, réfléchiraient à un tel scénario. Là encore, les démentis n’ont pas tardé. A Berlin, une porte-parole du ministère des Finances a déclaré qu’il n’y avait « absolument rien derrière ces rumeurs ». Même réaction à Bercy, où l’on « dément catégoriquement » ces informations. Qu’importe : les marchés, à nouveau, avaient réagi, selon un raisonnement simple. Si l’hypothèse d’une aide à la Grèce est envisagée, n’est-ce pas que cette dernière va très mal ? D’où une nouvelle chute de l’euro (voir page 31). Quant aux obligations grecques à 10 ans, elles se rémunéraient, hier, 4,05 points de pourcentage de plus que leurs équivalentes allemandes. Du jamais-vu depuis la création de l’euro.
A y regarder de près, pourtant, il y a probablement, une fois de plus, beaucoup d’exagération dans la réaction des investisseurs. Car, comme on l’explique à la Commission européenne, le plan actuel de redressement financier grec est très ambitieux. Bruxelles devrait lui apporter son soutien officiel début février. Dans ce contexte, des sources européennes donnent une vision plus nuancée du scénario qui se dessine : non pas un plan européen de soutien à la Grèce, mais des réflexions disparates, dans les différentes capitales, sur les modalités d’une éventuelle aide bilatérale.
Maillon faible
La partie que jouent les Européens est en effet complexe. Car il est essentiel, pour la zone euro, de ne pas apporter un soutien de principe à un pays en plein dérapage financier. Cela reviendrait à donner une prime aux mauvais élèves… C’est d’ailleurs pour cette raison que les statuts européens limitent la possibilité de plans de soutien à des circonstances exceptionnelles ou des catastrophes naturelles. D’ailleurs, comme le résume l’économiste Philippe Sabuco, chez BNP Paribas, « il serait étonnant que la population allemande, qui a fait d’importants sacrifices au cours de la dernière décennie, accepte de payer pour les Grecs ».
Pour autant, il est essentiel, à ce stade, de faire passer le message que le spectre qui hante les marchés -une sortie de la zone euro de la Grèce -est simplement inenvisageable. Et que les Européens feront le nécessaire pour qu’il ne se produise pas. Il en va de la crédibilité de la zone euro. Plus les jours passent et plus il semble clair que, derrière le cas grec, c’est cette crédibilité qui est testée par les marchés. C’est d’ailleurs ce qu’a sous-entendu le ministre des Finances grec, Georges Papaconstantinou, hier, à Davos. Alors que son pays est parvenu à emprunter sans difficulté lundi dernier, le « Financial Times » l’a de nouveau pris pour cible, hier. « Nous sommes attaqués en tant que maillon faible [de la zone euro]… avec un objectif au-delà », a-t-il estimé.
Source: les Echos






