La crise financière mondiale partie des Etats-Unis en septembre 2008 est la première crise globale du capitalisme et augure ’’la fin du cycle néolibéral de la mondialisation’’, analyse l’essayiste français Nicolas Baverez.
’’Le cycle néolibéral, né à la fin des années 1970 en réponse au blocage de la régulation keynésienne des pays développés, s’est refermé le 15 septembre 2008. (…) Le krach a acté la faillite de la régulation du capitalisme mondialisé’’, écrit Baverez dans ‘’Après le déluge : La grande crise de la mondialisation’’, un essai paru récemment aux Editions Perrin (France).‘’Autant qu’une crise, il s’agit d’une révolution. Révolution économique avec la fin du cycle néolibéral de la mondialisation qui débuta à la fin des années 1970 et fut placé sous le signe du retrait de l’Etat et de la déréglementation, de l’ouverture des frontières, de l’innovation financière et du primat de la politique monétaire’’, explique l’auteur, économiste, avocat et historien.
Faisant état de ‘’l’effondrement du mythe de l’autorégulation des marchés’’ dont la crise financière est la preuve, l’essayiste précise qu’’’il ne s’agit pas d’une crise américaine mais d’une crise mondiale, la première du capitalisme universel’’.
Baverez se veut pessimiste quant à l’avenir de la crise financière : ‘’Il n’y aura ni retour à la normale ni retour en arrière, car un monde est mort. La crise a clos un cycle économique, un cycle géopolitique et un cycle historique’’.
La crise du 15 septembre 2008, avec la faillite de la banque d’investissement américaine, Lehman Brothers, ‘’a dressé l’acte de décès de la mondialisation triomphante, tout comme le fit le jeudi 24 octobre 1929 pour le capitalisme de l’Etat minimal’’, note l’économiste.
Mais, cette ‘’grande crise du capitalisme mondialisé sonne comme un signal d’alerte et un appel à la mobilisation. (…) C’est la première crise globale du capitalisme’’ depuis l’apparition de ce modèle économique, au 17e siècle, commente l’auteur, partisan du libéralisme économique.
L’avenir de la finance internationale, tout comme celui de l’économie réelle, sera d’autant plus trouble que cette crise ‘’n’est pas uniquement un choc économique, mais un bouleversement stratégique qui modifiera le système géopolitique et la hiérarchie des puissances du 21e siècle’’, analyse l’économiste.
Il ajoute qu’il ’’ne s’agit pas d’un accident, mais d’une rupture historique’’.
‘’Il y aura dans l’avenir d’autres bulles et d’autres crises, prophétise-t-il, car l’avenir de la finance est ‘’indissociable de la liberté et du jeu des passions humaines’’, ‘’des folies collectives de ce début de siècle’’, des ‘’erreurs de la politique monétaire conduite par la FED (la banque centrale des Etats-Unis)…’’.
Outre une conséquence des prêts peu solvables — autrement appelés ‘’subprimes’’ — faits généreusement par les banques américaines à leur clientèle, dans le secteur immobilier surtout, la crise financière du 15 septembre 2008 est aussi née de ‘’la passion de s’enrichir poussée jusqu’à la crédulité et la déraison’’.
Elle est aussi engendrée par ’’la fascination des hommes pour faire fortune rapidement et s’émanciper de la dureté du travail grâce aux mirages du capital’’, soutient-il.
Les subprimes ‘’permirent de solvabiliser une demande supplémentaire et de favoriser l’accès des plus défavorisés à la propriété de leur logement, au prix d’une prise de risque élevée’’, explique Nicolas Baverez, auteur de plusieurs ouvrages dont ’’Les Trente Piteuses (Flammarion, 1998) et ’’En route vers l’inconnu’’ (Perrin, 2008).
Mais, cet élan de générosité des banques, écrit-il, est une conséquence directe des ‘’illusions et aveuglements collectifs et volontaires’’ et du ‘’déséquilibre mondial dans la répartition de la valeur ajoutée, à l’avantage du capital et au détriment du travail’’.
Il en appelle, pour pallier les effets de cette crise, à une réponse à l’échelle planétaire : ‘’La mondialisation reste sur le fil du rasoir et son destin est en balance. (…) Ce sont les hommes et non pas la fatalité qui décideront de son cours. Et ces hommes ne seront plus seulement des Occidentaux. Cette sortie de crise sera également placée sous le signe d’une compétition entre les idées et les valeurs’’.
‘’Les jalons du capitalisme du 21e siècle sont là. Les premières pierres de sa gouvernance ont été posées avec la création du G20. Il faut désormais leur donner une cohérence, les traduire en décisions et en architecture institutionnelle’’ au lieu de se résoudre à la fatalité, préconise-t-il.
Source: Aps






