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Ecovision : Lourd handicap infrastructurel

Ecovision : Lourd handicap infrastructurel

Echangeur-Vdn-X-MermozDakarL’histoire ne saurait tout expliquer. Mais ce n’est pas nécessairement chercher à se dédouaner d’un vécu calamiteux que de l’interpeller pour y trouver une part de justification tangible.

Fondamentalement, c’est la loi de finances du 13 avril 1900 qui est le péché originel des faiblesses infrastructurelles qui, depuis un siècle, handicapent l’émergence économique des anciennes colonies françaises d’Afrique. Alors que l’existant était nul, dans une acception moderne de l’économie, cette fameuse loi a fait reposer la mise en valeur, ou plutôt l’exploitation de ces espaces sous domination sur leur seule contribution matérielle, financière et humaine.

Derrière leurs parlementaires et gouvernants, les Français attendaient de profiter au maximum de leurs colonies, en y investissant le moins possible. C’était comme dire à un enfant qui vient juste de naître : « Lève-toi et marche ! ». Les colonisés s’exécutèrent, par la taille et la corvée, dans la sueur et le sang. L’important, pour le colonisateur, était que les réalisations infrastructurelles obtenues par ce biais pussent permettre d’assouvir leur dessein : aspirer les ressources minières et les produits agricoles exploités suivant les spécialisations régionales et les pomper vers les industries métropolitaines.

L’outillage sommaire mis en place y suffisait. Et, un demi-siècle après les indépendances, il n’a pas beaucoup évolué. Dans un récent rapport, « Les infrastructures de l’Afrique : le temps de transformation », la Banque mondiale en a fait faire le constat, pour souligner que le continent dispose des infrastructures les plus faibles au monde. Et, selon les experts de la Banque, l’Afrique devra dépenser 93 milliards de dollars chaque année, soit quelque mille milliards de dollars, pour se mettre à niveau, au terme de la décennie qui s’ouvre. Cela équivaut à 15% de son produit intérieur brut, à ce que la Chine a eu à investir dans les infrastructures, au cours de ces dix dernières années, avec les résultats que l’on sait.

Bien des paramètres sous-tendent le maintien du continent dans son état de sous-développement. Mais son déficit infrastructurel aggravé est celui qui se met le plus en exergue. Aucun pays au monde n’a pu et ne peut développer son économie sans une énergie disponible en quantité et en qualité, des routes et des voies et moyens de communication et de télécommunication modernes et fonctionnels, suffisamment d’eau pour l’alimentation humaine, animale et pour l’agriculture.

Comme d’ailleurs souligné dans le rapport de la Banque mondiale, le mauvais état des infrastructures en Afrique sub-saharienne – électricité, eau, routes et technologie de l’information et de la communications (Tic) – réduit la croissance économique des pays de 2 % chaque année, et la productivité de leurs entreprises de 40%. Il renchérit leurs coûts de production et les rend difficilement compétitives sur leurs propres marchés, à plus forte raison sur les débouchés extérieurs. Les faiblesses infrastructurelles du continent sont également de nature à limiter ses capacités à attirer les flux d’investissements directs indispensables au développement d’activités productives et de services compétitifs.

L’Afrique se doit donc de mettre les bouchées doubles, d’autant que le prix qu’elle a à payer pour combler son retard, suivant les toutes fraîches estimations de la Banque mondiale, fait aujourd’hui deux fois les montants qui avaient été projetés, quelques années plus tôt. Car, entre-temps, les infrastructures ont été gagnées par l’obsolescence, leur entretien a souvent été des plus médiocres et les nouvelles acquisitions et réalisations restent ténues.

Mais, avec quelles ressources combler ce gap qui, tendanciellement, se creuse ? Il est clair que, dans le contexte de la crise financière actuelle, les financements extérieurs ne seront pas des plus faciles à mobiliser, surtout que la demande potentielle est forte et plurielle. Si la conjoncture s’améliore, il y a tout lieu d’investir en priorité dans les bases fondamentales du développement, les financements étrangers qui recommenceront à répondre à l’appel, si cela se trouve.

Les gouvernements africains ont également intérêt à réajuster leurs budgets pour privilégier les dépenses qui participent au renforcement de l’ossature indispensable à l’émergence économique de leur pays sur celles de prestige et les subventions à la consommation qui n’empêchent pas les ménages de payer l’eau, l’électricité et d’autres denrées essentielles, beaucoup plus chers que partout ailleurs dans les monde.

C’est également l’occasion pour ceux d’une même région de mettre leurs moyens en synergie pour asseoir des réseaux infrastructurels communautaires viables et adaptés à leurs objectifs de développement intégré. En incluant davantage, dans cette dynamique, le secteur privé local et les marchés financiers régionaux.

Source: le Soleil

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