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Regain de tension sur le marché du riz

rizRevenu à des niveaux d’approvisionnement et de prix plus acceptables pour les consommateurs, tout au long de cette année, le marché mondial du riz est de nouveau sous la menace de très fortes tensions. D’énormes besoins sont exprimés par les Philippines, pays parmi les plus gros importateurs de riz du monde, ainsi que par l’Inde. Grande productrice de riz, l’Inde a pratiquement cessé ces exportations depuis deux ans ; elle est en ce moment contrainte d’importer massivement pour compenser des pertes subies dans ses rizières dues à une sécheresse suivie d’inondations catastrophiques. Et comme si cela ne suffisait pas, un pays comme le Japon a entrepris de détourner une partie de sa production de riz pour la fabrication de biocarburant.

Ces ponctions inquiètent d’autant plus que les quantités qui sont échangées sur le marché du riz représentent à peine 5% de la production mondiale. Elles risquent de créer une forte pénurie et des difficultés conséquentes d’approvisionnement. Surtout dans les pays qui n’ont pas l’envergure d’importer de grandes quantités et dont les demandes ne sont pas, par conséquent, sur la liste prioritaire des traders. Dans ces conditions, la rupture d’équilibre entre l’offre et la demande qui s’annonce est une voie ouverte à une flambée des prix comparable à celle péniblement vécue en 2007-2008.

Ces derniers temps, la Fao a tenté de calmer les inquiétudes, en s’appuyant sur les bonnes récoltes réalisées aux Etats-Unis et en Chine, pour dédramatiser la baisse de la production mondiale qui ne serait que de 2% par rapport à l’année dernière, alors que les stocks sont bien pourvus. Mais les importateurs qui savent à quoi s’en tenir, à la pratique assidue du marché, sont nombreux à avancer que, passé le mois de décembre, avec l’épuisement des disponibilités actuelles acquises à des coûts raisonnables, les prix vont reprendre leur tendance haussière en 2010.

De ce côté-ci du monde, la flambée des prix du riz importé n’est pas un mal en soi, si elle est mise à profit pour booster la production locale. Il en a été opportunément ainsi avec la crise alimentaire d’il y a deux ans. Les réactions positives notées dans la plupart des pays sahéliens à l’effet de réduire leur dépendance du marché extérieur ont considérablement amélioré la production rizicole dans la zone. Selon les statistiques du Comité Inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss), les récoltes de riz ont augmenté de 44%, passant de 1.853.000 tonnes en 2007 à 2.670.00 tonnes en 2008.

Au Sénégal en particulier, la production de riz blanc qui tournait autour de 100.000 tonnes, bon an mal an, avant 2007, a été triplée en 2008 pour se situer à 300.000 tonnes. A ce rythme, l’objectif fixé à 1,5 million de tonnes de riz blanc en 2015 devrait être vraisemblablement atteint. Mais faut-il qu’il reste soutenu comme il se doit. La nouvelle flambée des prix qui se profile sur le marché mondial à l’horizon immédiat doit être prise comme une incitation à ne point baisser les bras. Il est vrai qu’il faut se soucier du pouvoir d’achat des ménages grevé par le renchérissement de la nourriture qui vient d’ailleurs. Mais, plutôt que de subventionner la consommation de produits alimentaires importés, sans vraiment être sûr d’obtenir la baisse de prix escomptée, le mieux c’est de soutenir la production locale pour qu’elle se développe et soit la plus compétitive possible face à la concurrence importée.

C’est une chose que de bien et beaucoup produire et une toute autre paire de manche que d’écouler sa récolte. L’on a beau vanter les qualités réelles du riz local qui est de meilleur aloi que les brisures de riz importées et qui ne sont pas normalement destinées à la consommation humaine, mais les consommateurs sont encore nombreux à continuer à jeter leur dévolu sur ces ersatz. Les habitudes alimentaires ont la vie dure. Mais la tyrannie du riz importé peut bien être vaincue si la commercialisation du riz local cessait d’être abandonnée aux mains de ses producteurs qui se lamentent de l’important taux de mévente qu’ils accusent en ce moment. C’est en réalité un circuit de commercialisation à même de faire parvenir le riz local partout où besoin est qui fait défaut. Le riz produit au Sénégal doit être mis dans des conditions aussi bonnes sinon meilleures que celles du riz importé. Tout le monde ne peut pas se rendre dans la vallée, juste pour en acheter un ou deux sacs. Il est plus simple de se rabattre sur la boutique du coin où le riz importé est disponible à tout moment, et à des prix qui sont, pour l’instant, semblables à celui du riz local sur son lieu de production.

La compétitivité n’est pas seulement une question de prix, mais aussi de qualité reconnue. En plus de l’indispensable circuit de commercialisation animé par des professionnel, le riz local devra faire l’objet d’une bonne campagne de promotion axée sur ses qualités intrinsèques et sur l’impératif de consommer sénégalais, comme d’ailleurs les Français sont en train de le faire pour leurs produits du terroir. Plus le riz local se vendra bien sur le marché sénégalais, voire régional, plus il incitera des investisseurs à s’engager dans sa production, à la condition de pouvoir accéder aux terres de la vallée et d’autres zones de culture propices.

Source: le Soleil










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