L’ingénieur statisticien économiste campe ici le contexte et les raisons du recours aux bons du Trésor. Ayant analysé la conjoncture économique marquée par la crise financière et économique, M. Lô ne manque pas d’exhorter à la tenue d’une Conférence nationale pour la relance de l’économie sénégalaise.
Pour l’ingénieur statisticien économiste, Moubarack Lô, l’introduction des bons du trésor dans le système financier ouest africain se justifie pour une double raison : théorique et pratique. En théorie, explique-t-il, le fait de dire aux Etats qu’ils peuvent financer leur déficit budgétaire en faisant directement appel à la Banque centrale peut les conduire à laisser filer leur déficit et à générer de l’inflation, empêchant ainsi la Banque centrale de réaliser ses objectifs en termes de hausse du niveau général des prix. Un tel système, qui voit l’autorité budgétaire (ici l’Etat) exercer une domination sur l’autorité monétaire qu’est la Banque centrale, poursuit-il, est encore pratiqué dans plusieurs pays africains qui ne sont pas membres d’une zone monétaire, y compris dans l’espace Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). Dans son entendement, les pays qui choisissent cette option ont, très souvent, des niveaux d’inflation plus élevés que les autres pays qui n’en font pas usage et pour lesquels c’est l’autorité monétaire qui domine et qui, suivant l’évolution des dépenses publiques, peut décider, sans prévenir, de sanctionner l’autorité budgétaire en augmentant ses taux d’intérêt directeurs, coupant ainsi court aux risques de surchauffe dans l’économie. Il estime que la politique de surveillance et de convergence mise en œuvre par la Commission de l’Uemoa s’inscrit en droite ligne des choix orthodoxes en matière de politique monétaire. « La conséquence en est, qu’en dehors des stabilisateurs automatiques qui ont pour effet d’aggraver ipso facto le déficit budgétaire en cas de choc conjoncturel, les Etats de la zone Uemoa n’ont quasiment pas de marge de manœuvre pour engager une régulation conjoncturelle et aider activement la relance de l’économie », reconnaît-il.
L’abandon du découvert statutaire découle de l’existence d’opportunités de financement sur le marché financier
A l’en croire, il n’existe guère de consensus sur la priorité que les pays doivent accorder respectivement à la lutte contre l’inflation et à la promotion de la croissance par la stimulation de la demande globale. Les banques centrales ont l’habitude de dire que c’est un leurre de penser qu’on peut augmenter la croissance à moyen et long termes en tolérant un niveau assez élevé d’inflation. Tel est l’avis de la Banque centrale européenne (Bce) qui inspire également la position de la Bceao. Il y a, soutient-il, impossibilité de pratiquer deux politiques monétaires différentes dans une même zone monétaire (ici la zone euro qui inclut de facto la zone CFA) dans le cas où il y a une relative liberté de circulation des capitaux. D’après lui, certains néo-keynésiens battent en brèche cette option orthodoxe et défendent que pour un pays pauvre et en développement, la priorité des priorités c’est l’accélération de la croissance économique et de la création d’emplois. Moubarack Lô estime que, dans ce cadre, un taux d’inflation de l’ordre de 6 à 8 % est tolérable et est très loin de la cible implicite retenue aujourd’hui dans la zone Uemoa, qui est de 2 à 3%. Dans les faits, souligne-t-il, cette politique monétaire restrictive génère certes un peu moins d’inflation pour les pays de la zone franc, en comparaison avec les autres pays africains, mais les travaux empiriques ont également montré que le niveau de croissance y est historiquement et globalement moins élevé ; même si certains pays de la zone Uemoa, y compris le Sénégal, ont pu expérimenter, dans les quinze dernières années, des périodes de croissante forte non inflationniste. D’après M. Lô, c’est ce qui ne peut qu’encourager la Bceao à maintenir sa politique implicite de ciblage d’inflation à des niveaux proches de zéro. Du point de vue pratique, explique-t-il, l’abandon du découvert statutaire découle de l’existence d’opportunités de financement sur le marché financier ; les banques et les investisseurs ayant beaucoup de ressources non employées et étant à la recherche de placements sûrs et rentables à court terme. Le caractère négociable des bons du trésor, la défiscalisation proposée et le rôle d’arrangeur que joue la Banque centrale ajoutant à leur attractivité.
Identifier des pistes pour diversifier les possibilités de financement offertes aux Pme
Pourtant, les taux d’intérêt sur les bons du trésor ont évolué au fil des années, en corrélation justement avec divers facteurs dont la liquidité des banques. « En principe, les taux d’intérêt devraient diminuer avec l’importance des ressources non employées au niveau des banques, celles-ci étant pressées de leur trouver des emplois », fait remarquer M. Lô. De son point de vue, les taux appliqués aux clients ont plutôt baissé dans la dernière décennie, représentant entre 8 et 12% aujourd’hui. Un fait qu’il attribue à la concurrence bancaire. Pour une entreprise, note-t-il, le choix de prendre un prêt au détriment d’un financement innovant est souvent dicté par la nécessité ; cette dernière modalité étant peu usitée sur le marché financier de l’Uemoa. Il pense que la Bceao, en relation avec les banques et les trésors nationaux, devrait sans doute y réfléchir et identifier des pistes nouvelles pour diversifier les possibilités de financement offertes aux entreprises et notamment aux Petite et moyenne entreprise (Pme), et encourager notamment le capital-risque et les systèmes de garantie.
Source: le Soleil






