La Division des études et politiques économiques (DPEE) a mis le doigt sur les pratiques spéculatives des commerçants sur les produits alimentaires, en montrant à travers une étude présentée mercredi à Dakar que ’’les variations annuelles des marges des commerçants sont en grande partie responsables des changements constatés dans l’évolution du prix à la consommation des produits alimentaires’’.
Au total, la spéculation a obligé les ménages à augmenter de 28% leurs dépenses consacrées aux produits alimentaires, a affirmé l’un des auteurs de l’étude, Alsim Fall lors de la présentation des résultats devant la presse dans les locaux de la DPEE.
L’étude, selon les auteurs, a utilisé un modèle théorique relativement récent adapté à l’analyse de ce type de phénomène pour apprécier l’existence ou non de spéculation sur les prix des denrées alimentaires. A l’issue de cette application, les résultats ont confirmé la présence de spéculation sur le riz entier, le riz brisé, le lait en poudre ainsi que l’arachide, a noté M. Fall.
Le document qui s’est cantonné à l’analyse des produits dits ‘’impérissables’’ comme les produits céréaliers, laitiers et arachidiers, montre ainsi, une ‘’évolution des marges bénéficiaires, notamment sur le prix du riz, qui n’est cohérente ni avec les prix en gros ni avec sa valeur maximale légalement autorisée’’, a souligné M. Fall.
Mieux, a-t–il relevé, entre 2006 et 2007, le prix du riz en gros à l’import a diminué de 0,4% alors que le prix à la consommation affiche une hausse de 7,1%, soit une hausse substantielle des marges de 33%.
En 2008, poursuit l’économiste de la DPEE, la flambée du prix international du riz au Sénégal a été importante et de ce fait la baisse de la demande conjuguée à un contrôle plus rigoureux des prix et des stocks de la part des services de l’Etat, a fléchi la marge des vendeurs qui est passée de 70 francs Cfa à 37 francs le kilo.
Nonobstant cette baisse, a affirmé Alsim Fall, la marge des vendeurs par kilogramme est restée largement au-delà de sa valeur maximale de 22 francs par kilogramme telle qu’elle a été fixée par l’Etat en avril 2008.
Sur les autres produits ciblés par l’étude, l’autre auteur Youssoupha Diagne a indiqué que pour le maïs, entre 2007 et 2008, la marge a augmenté de 45% correspondant à une contribution de 68% à la hausse du prix à la consommation.
S’agissant du lait en poudre, l’analyse apparaît plus difficile du fait que les frais intérieurs sont inclus dans la marge faute de pouvoir les mesurer avec précision, selon M. Diagne.
En définitive, a-t–il expliqué, la tension sur les prix internationaux des biens alimentaires intervenus en 2007 et 2008 s’est accompagnée d’un niveau de marge particulièrement élevé. Ainsi, souligne-t-il, l’augmentation du prix à la consommation ne reflète pas systématiquement la montée des prix internationaux.
Interrogé sur l’opportunité de cette étude, le directeur de la Dpee, Sogué Diarisso a précisé qu’elle a été déroulée suite au constat des prix élevés en 2007 et 2008, avec une moyenne de 6% d’inflation essentiellement due au coût des produits énergétiques et alimentaires.
‘’On avait constaté que les marges des grossistes avaient augmenté de façon exponentielle, ce qui a amené la Dpee à s’interroger sur le fait que la spéculation explique la dynamique des prix au Sénégal’’, a-t–il indiqué.
Il a ajouté que l’augmentation des prix s’est aussi traduite par une augmentation des marges bénéficiaires des commerçants et ceci occasionne des dépenses supplémentaires des ménages.
Soulignant n’avoir pas les compétences requises pour des mesures de saisine à l’encontre des commerçants spéculateurs, il a juste souligné que les résultats sont mis à la disposition du ministère du Commerce qui s’emploie déjà avec les magasins de référence à lutter contre la hausse des prix.
Source: Aps






