Rencontré il y a un mois environ à Marrakech, au Maroc, lors d’un séminaire sur le Partenariat public-privé sur les infrastructures, le président du conseil des routes du Sénégal, homme de grande discrétion, a bien voulu se lâcher
un moment pour «Le Quotidien», et se prononcer sur les questions brûlantes, de son secteur.
«Entre Bara Tall et l’Etat, un arrangement aurait mieux valu qu’un procès»
Peut-on connaître la mission exacte et les attributions du conseil des routes, que vous présidez ?
Le conseil des routes est l’un des organes de l’Agence autonome des travaux routiers qui en compte deux, l’autre étant la Direction général, qui s’occupe sur le terrain, de la réalisation des travaux routiers. Le conseil des routes est l’organe de supervision et de contrôle des activités de la Direction générale.
Une sorte de Conseil d’administration ?
C’est un Conseil d’administration. Peut-être un peu plus qu’un Conseil d’administration, du fait d’un certain nombre de missions spécifiques aux travaux routiers.
Sur les travaux routiers, on note au Sénégal, plusieurs structures qui semblent s’investir des ce domaine. L’exemple de l’Apix avec l’autoroute à péage, l’Anoci dont on a vu les travaux à Dakar, l’Aatr, et même les communes pour certains travaux. Cette masse-là ne crée-t-elle pas un frein à l’avancement des travaux ?
Je ne le dirais peut-être pas comme ça. Il faut simplement souligner que l’Agence autonome des travaux routiers a une mission de maîtrise d’ouvrage déléguée, de l’entretien et du développement du réseau routier national. Donc, l’Etat, le maître d’ouvrage, a confié la gestion du réseau routier national à l’Agence autonome des travaux routiers. Rien n’empêche à l’Etat, par ailleurs, d’initier un certain nombre de programmes d’investissement et de les confier à d’autres maîtres d’ouvrage délégués. L’idéal serait que l’Agence autonome des travaux routiers puisse fédérer tout ce qui est travaux routiers dans le pays, parce que l’Agence et sa mère, la Direction des travaux publics, recèlent le plus grand nombre de ressources humaines spécialisées en travaux routiers. Ce serait l’idéal que l’Agence autonome puisse chapeauter tout cela. Cela ne gène pas pour l’instant parce que peut-être beaucoup d’initiatives sont prises par-ci et par là. Mais vous avez raison de vous inquiéter d’une possible confusion, si l’on sait par ailleurs que pour un réseau routier de qualité, il faut une certaine cohérence dans la réglementation, dans le type de structure de route qu’il faut mettre en place et cela ne peut se faire que par le biais de la structure dont l’Etat a décidé qu’elle devait s’occuper de la gestion de cette partie des infrastructures du pays.
L’actualité est le financement que le Sénégal a obtenu de la part du Mca américain pour la réalisation des infrastructures à caractère national. Quel rôle pourrait jouer selon vous l’Aatr dans ce financement en sachant que les Américains veulent contrôler l’amont et l’aval de tout ce qui se fera ?
Dans ce financement par le biais du Mca, vous aurez remarqué que près de 60 ou 70% du financement vont dans le secteur des infrastructures routières. L’Aatr a déjà joué une partie de son rôle car toutes les études préalables au choix de ces infrastructures, pour leur réalisation, ont été faites par l’Aatr. Donc, le dossier qui a servi à l’acceptation de ces projets provient de l’Aatr. Ce qui montre le rôle non négligeable joué par notre institution. Je signalerais par ailleurs, que quand toutes ces routes auront fini d’être reconstruites, elles seront versées au patrimoine de l’Aatr pour son entretien. Donc, l ’Aatr est au début et sera à la fin. Quel que puisse être le schéma choisi pour conduire ces travaux, je pense qu’il est de bon ton que l’Aatr soit partie prenante à ce processus.
Vous avez parlé de maintenance et d’entretien, ce qui est un sujet très important, parce que l’opinion publique a souvent le sentiment qu’on réalise des travaux d’infrastructures routières d’envergure, mais que l’on ne se préoccupe pas de leur durabilité. On a donné des exemples de routes qui se gâtent très rapidement. Y a-t-il une stratégie mise en place pour veiller à la qualité des travaux ?
Stratégie avec deux têtes. La première, c’est justement la mise en place de l’Agence autonome des travaux routiers parce qu’en réalité, l’avènement de l’agence était de pouvoir mettre en place une structure de référence pour s’occuper principalement de l’entretien du réseau routier national. L’expertise est là et les outils doivent être là pour que cette mission d’entretien et de maintenance du patrimoine routier du Sénégal puisse se faire sans anicroche. La deuxième tête de cette stratégie, c’est l’avènement du fonds d’entretien routier autonome. Ce fonds est un pendant naturel de l’agence qui, je le rappelle, s’occupe d’exécution. Le fonds s’occupe de chercher les moyens d’avoir une bonne politique de maintenance des infrastructures. Un fonds d’entretien routier autonome devrait permettre d’avoir plus de ressources, de pouvoir en disposer à temps pour que les travaux d’entretien ne souffrent d’aucun retard. C’est donc vraiment une stratégie à deux têtes que l’Etat a décidé de mettre en place. Et cette stratégie n’attend que d’être soutenue de manière un peu plus décisive pour que les objectifs souhaités soient atteints. Pourquoi je parle de manière un peu décisive ? Parce que mettre en place un fonds d’entretien routier, c’est bien, mais permettre à ce fonds d’entretien routier de collecter ses ressources et de pouvoir les mettre à la disposition de l’agence qui doit réaliser les travaux, c’est mieux.
Comment devrait se financer ce fonds d’entretien ?
Le fonds d’entretien routier devrait avoir comme principale ressource, une redevance d’usage de la route, qui est indexée à l’utilisation des produits pétroliers. Selon le nombre de litres de carburant vendus dans le pays, il y a une indexation sur chaque litre de carburant qui permet au fonds routier de collecter ces ressources. Donc, s’il y a suffisamment de routes de qualité, les usagers seront bien enclins à les prendre pour s’occuper de leurs activités. Donc, la consommation de carburant en sera d’autant plus élevée et cela engrangera plus de ressources pour faire face, parce que si nos routes sont sollicitées, il va bien falloir trouver des moyens pour les entretenir pour que le niveau de service reste toujours adéquat, afin que les usagers sénégalais continuent à circuler sur nos routes.
Qu’est ce qui retarde la mise en œuvre de ce fonds puisque la loi a été déjà votée ?
Le fonds routier est déjà en place cette année, donc la collecte a commencé. Je ne saurai dire en ce moment à quel niveau la collecte a pu se faire déjà, parce que je ne dispose pas des dernières informations, mais depuis le début de l’exercice budgétaire 2009, les choses se déroulent normalement. Je disais tout à l’heure que l’une des sources principales des ressources de ce fonds est la redevance d’usage. Il y a une autre source pour l’instant, qui est le créneau budgétaire. Donc le fonds reçoit à la fois des crédits provenant de la loi de finances et des ressources provenant des redevances d’usage. Ce qui est prévu, c’est qu’à terme qu’on n’ait plus besoin d’avoir recours aux crédits de la loi de finances pour permettre au fonds de financer lui-même l’entretien des routes.
En matière de maintenance des travaux routiers, il y a un débat très profond entre l’Aatr et la société Jls concernant le tronçon qui a été réalisé par Jls sur la route Kaolack-Fatick qui est totalement abimée. Quel est votre sentiment en tant que président du conseil des routes ?
Je ne suis pas très content qu’un contentieux de cette nature naisse de la réalisation de ces travaux. Jls et Aatr sont partenaires, parce que le métier principal de Jls, est de construire et de faire l’entretien des routes. Le donneur d’ordres dans ce secteur est l’Etat, par le biais de l’Aatr. Donc les deux devraient être des alliés naturels. Et comme le dit souvent l’adage, un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu’un bon procès. Nous sommes malheureusement allés au procès. Est-ce la bonne solution ? Personnellement, je ne le crois pas. Je pense qu’on aurait pu continuer à dialoguer pour trouver les meilleures solutions pour l’usager. Ce qu’il faut retenir à la fin, c’est que, c’est l’usager qui souffre de cette situation. Parce que tant que le dossier est pendant devant la Justice, rien ne peut se faire sur ce tronçon. Pendant ce temps l’usager souffre de passer sur une route qui est dégradée. Je pense qu’il faut trouver une solution par le dialogue. Ce n’est pas trop tard. Je pense qu’on peut proposer des solutions à l’amiable au juge.
Donc l’Etat ne peut pas lancer d’appel d’offres sur ce tronçon tant que la question n’est pas épuisée été en Justice ?
Eh oui ! Parce que si l’Etat décidait de lancer des travaux sur ce tronçon, il faut prendre la décision de décaper ce qui ne va pas, qui est dégradé. Qui prendrait la responsabilité de mettre du neuf sur quelque chose qui est déjà dégradée et dont les raisons sont contestées par les uns et les autres ? Personne ne prendrait ce risque-là.
Donc les usagers devront attendre et souffrir encore pendant longtemps ?
Malheureusement. C’est pourquoi je disais tout à l’heure qu’un contentieux judicaire peut durer pendant tellement longtemps que les grands perdants dans cette situation, ce sont les usagers.
Vous êtes à Marrakech, au Maroc, à la clôture du forum africain des infrastructures. Le Sénégal a été beaucoup cité en exemple au cours des sessions. Personnellement, quelle leçon tirez-vous de ces travaux ?
J’en ai tiré des débats enrichissants, une diversité d’exemples parmi lesquels celui du Sénégal des bonnes pratiques décelées par ci et par là qui nous permettent de réfléchir à que faire pour notre pays en matière d’infrastructures. Un secteur auquel le président de la Ré-publique a donné une certaine priorité en matière de développement. Comme il s’est dit lors du forum, le partenariat public-privé n’est pas une panacée, mais il peut permettre de régler des problèmes dans le secteur des infrastructures. L’expérience de l’Autoroute à péage doit nous servir, parce que c’est un projet qui est arrivé à maturité, mais qui a pris du temps. L’une des recommandations qui nous a été faite, c’est que pour les partenariats public-privé, il faut du temps pour bien les préparer. Cela a-t-il été le cas pour l’autoroute à péage ? Peut-être a-t-il a été un peu long, parce que tous les acteurs qui ont initié le projet n’étaient pas suffisamment outillés pour que cela aille plus vite. Je pense que c’est un succès, malgré toutes les difficultés que cela a eues. L’une des leçons de ce forum, c’est de dire que les Ppp dans les infrastructures sont une bonne chose. Il faut prendre le temps de la réflexion et de la préparation. J’aime bien l’une des formules qui a été retenue, d’optimiser la dépense publique, parce que le Ppp et le marché public sont des outils. Quel est le meilleur outil pour optimiser la dépense publique ? L’argent qu’on met à la disposition de ces projets est notre argent à tous. Il ne faut pas faire n’importe quoi avec. Il faut optimiser la dépense publique.
Source: le Quotidien









