Categorized | Opinion

Exigence de compétitivité dans la microfinance

cmsLe modèle des Gramen banks indiennes prospère dans l’Ouest africain francophone. Les structures spécialisées dans la microfinance qui s’en sont inspiré ont, en effet, largement tissé leur toile dans la région et réduit, dans une mesure appréciable, l’exclusion financière des hommes et des femmes évoluant en marge de la sphère économique classique, tout au long de ces vingt dernières années. Durant cette période, les Systèmes financiers décentralisés (Sfd) ou Institutions de microfinance (Imf), comme on les appelle, ont permis à près de 15% de la population régionale, active principalement dans l’économie informelle, d’accéder à des services financiers, en termes d’épargne et de crédit, pour des montants annuels avoisinant, aujourd’hui, les 500 milliards de francs Cfa.

Dans une région où le taux de bancarisation n’est toujours pas arrivé à dépasser le seuil des 5%, la microfinance est un viatique alternatif ou complémentaire d’inclusion et de promotion d’acteurs économiques handicapés par la faiblesse de leur revenu. Elle leur donne l’opportunité d’initier et de développer des activités génératrices de revenus adaptées à leurs conditions, dans les villes comme dans les campagnes. Elle est la preuve qu’à travers un système d’épargne et crédit de proximité, il est bien possible, non pas de réaliser des miracles, mais d’atténuer, progressivement, la pauvreté et la dépendance économique de ceux qui sont aux bas de l’échelle.

Le secteur de la microfinance a, jusque-là, assez convenablement progressé dans l’Union et n’est pas loin de réaliser son autonomie financière. Mais il est, depuis quelques temps, confrontés à de sérieuses difficultés. Bien évidement, comme tous les autres segments de l’économie régionale, il subit les contrecoups de la crise financière internationale. Les contributions des bailleurs de fonds qui s’étaient engagés, à l’origine, à soutenir l’émergence des Sfd jusqu’à leur montée en puissance ont, comme programmé à l’origine, décru pour pratiquement disparaître. Les ressources financières résultant des transferts et dépôts des travailleurs émigrés au bénéfice de leurs parents ont également baissé. La petite épargne locale est aussi happée par le renchérissement du panier de la ménagère, du coût de la vie. La conjonction de ces situations critiques n’est pas sans déteindre sur la capacité d’octroi de crédit des Sfd, sur leur santé financière d’une manière générale, surtout quand, à l’interne, leur gestion n’est pas des meilleures.

Si un certain nombre d’Institutions de microfinance ont pu se hisser au niveau des banques, avec la prétention d’en avoir légitiment le statut, du fait de l’importance des masses d’argent qu’elles brassent, de la taille qu’elles ont prise et de la qualité de leur gestion, beaucoup d’autres semblent avoir atteint leurs limites objectives, et se trouvent sur la pente descendante. Celles-là sont, outre la morosité de la conjoncture, victimes de leurs failles et faiblesses internes. Les autorités monétaires de l’Union qui veille au grain pointent le doigt « la fragilité du système qui souffre des problèmes de gouvernance, de la dégradation de la qualité des portefeuilles, et de la faible efficacité des mécanismes de surveillance interne et externe », notamment.

Leur rentabilité est plombée par la lourdeur de leurs charges d’exploitation et le faible rendement des prêts consentis, même si les niveaux de remboursement restent corrects et que leurs taux de sortie dépassent souvent le taux d’usure qu’une banque normale n’est pas autorisée à proposer à sa clientèle. Si celle des Imf accepte, sans trop rechigner, les taux d’intérêt souvent supérieurs à 20% qui leur sont appliqués, c’est qu’ils portent sur des sommes pas très importantes prêtées à très court terme. Sur des durées à moyen et long terme, elle aurait à payer quatre fois plus que les montants empruntés, capital et intérêt réunis. Un jour viendra où les Imf devront réviser fortement à la baisse leurs taux d’intérêt, d’autant que les banques qu’elles avaient devancées dans la microfinance sont en train d’investir ce créneau avec des coûts de services financiers assez convenables et en étant plus souples sur les garanties exigées.

Les autorités administratives et monétaires de l’Union ont jusqu’ici été fort bienveillantes à l’endroit des Sfd, à travers des exonérations fiscales, la tolérance du coût élevé de leurs services et bien d’autres dérogations et facilités que peuvent leur jalouser une banque ordinaire, sur un marché qui devrait être totalement concurrentiel. La différence de traitement en faveur des Imf a été justifiée par la difficulté de leur tâche pionnière de descendre au plus bas pour canaliser une épargne diffuse dans les veines du développement et asseoir un système de crédit viable au bénéfice des populations de faible capacité financière. Elles ont donné la preuve qu’elles peuvent relever le défi et ont montré que le créneau était porteur. Il leur reste à poursuivre l’effort, sur des bases plus saines, essentiellement assises sur la bonne gestion et la compétitivité, et non plus uniquement sur des faveurs exceptionnelles, pour que le système ne sombre pas dans la lise qui le menace.

Source: le Soleil










ECOUTER LES RADIOS

Ecouter RFI Afrique

Ecouter RFM dakar

Ecouter BFM



  • Plus vus
  • News
  • Commentaires
  • Tags
  • Flux rss
au senegal le221 Senjob