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Ecovision – Dubaï sur des charbons ardents

Ecovision – Dubaï sur des charbons ardents

dubai world 2C’est comme la réplique d’un séisme. La faillite annoncée de Dubaï est le fait de l’onde de choc de la crise qui a profondément fissuré la sphère financière internationale. Alors que les économies les plus puissantes s’en remettent depuis quelque temps, apparemment, Dubaï est rattrapé par le phénomène qui sourdait en son sein depuis l’année dernière.

Relativement faible en ressources pétrolières, sans structures productives, l’Emirat a fondé sa rutilante aisance sur la dynamique de secteurs on ne peut plus sensibles et vulnérables aux secousses telluriques de l’économie mondiale : les finances, l’immobilier et le tourisme, le tout dans la démesure. Paradis pour les richards avides de plaisirs luxueux, et également pour les capitaux qui fuient la pression fiscale de leurs pays d’origine ou qui viennent se placer dans ses gigantesques programmes immobiliers et d’expansion extérieure, Dubaï est en train de subir le revers de ses options.

La crise financière a très fortement réduit les flux financiers dans ses banques et les crédits à ses affaires ; nombres de ses grands chantiers immobiliers sont à l’arrêt ; le grand tourisme de luxe est également au ralenti par la même cause : la récession qui a un peu partout comprimé la demande ; elle affecte également ses investissements et projets d’investissement à l’étranger.

C’est ce ressac qui s’est soldé, pour Dubaï, par son incapacité actuelle à honorer le service de son énorme dette extérieure évaluée à quelque 80 milliards de dollars dont une soixantaine au seul passif de Dubaï World et de ses filiales Dubaï Port World, Nakheel et Limitless, les fers de lance de son expansion boulimique in situ comme à travers le monde, dans les transports, les exploitations portuaires, l’immobilier et les loisirs. Au total, Dubaï World et les cinq autres grandes sociétés nationales de l’Emirat doivent payer au cours des trois prochaines années plus de 50 milliards de dollars à leurs créanciers de tout bord. Cela relève de l’impossible, car le montant en question équivaut aux trois quarts du produit intérieur brut de cet Etat souverain petit de taille, mais aux ambitions débridées.

Dans la crainte d’une reprise de la crise financière mondiale alors que les clignotants avaient déjà commencé à se remettre au vert, les principaux marchés occidentaux ont dévissé ces derniers jours, à l’annonce de la faillite de Dubaï. Leur crainte d’un retour de bâton est d’autant plus justifiée que les créanciers de l’Emirat ne se recrutent pas seulement dans son richissime voisinage, mais également parmi les banques occidentales et asiatiques. L’Emirat est également actionnaire dans de grandes sociétés en Europe, aux Etats-Unis, au Japon et en Russie. Il est derrière de grands programmes d’investissement au Maghreb, en Afrique de l’Ouest et de l’Est. S’il décidait de désinvestir, de suspendre certains projets et programmes, au niveau local et à l’étranger pour honorer ses engagements, il est clair que cela serait fort dommageable aux intérêts directement concernés, que les marchés financiers réagiraient encore plus négativement au choc, avec un risque certain d’effet boule de neige.

En vérité, personne n’a intérêt à ce que la faillite virtuelle de Dubaï soit réelle et définitive. Le moratoire qu’il a demandé sera assurément accepté par ses créanciers. Les grandes entreprises occidentales et asiatiques dans lesquelles il est actionnaires lui dérouleront le tapis rouge et feront tout pour qu’il n’ôte ses billes de leur capital, surtout par les temps qui courent.

Ensuite, tous ceux qui ont de l’argent à dérober aux yeux de leur fisc vont continuer de plus belle à venir le placer dans ce paradis fiscal dont la survie et la remise à flot leur sont primordiales. Mais encore, solidarité entre Emirats unis pour le meilleur oblige, l’opulent mais non moins sage Abus Dabit ne saurait en aucune manière tomber Dubaï, parce que son effondrement l’affecterait rudement. Il va garantir sa dette en s’adossant sur ses immenses richesses pétrolières, le renflouera financièrement, mais à la condition qu’il se réajuste et adopte une démarche plus réaliste et soutenable que celle qu’il a jusque là frénétiquement empruntée.

Abus Dabit a de tout temps décrié l’exubérance et les excès aléatoires de son voisin et allié fédéral, mais sans jamais avoir été entendu, puisque tous les projets pharaoniques que l’autre initiait ont été jusque là couronnés d’un insolent succès médiatisé à l’envi, à travers le monde. Il est clair qu’en contrepartie de la main financière qu’il tendra à Dubaï pour le sortir de ses déboires, Abus Dabit, en tant que capitale économique des Emirats Arabes Unis, exigera de Dubaï, et de toute la fédération, une meilleure ligne de conduite. Dubaï World va donc devoir se restructurer et, probablement, réajuster certaines de ses opérations.

A Dakar, on affiche une très grande sérénité. La concession de l’exploitation du terminal à conteneurs du port de Dakar qui lui est faite sur 25 ans, depuis 2007, en contrepartie d’un programme d’investissement de quelque 325 milliards de FCfa, ne devrait guère souffrir des déboires actuels de Dubaï World. Il serait même très en avance sur son calendrier d’implantation et d’activités dans le port.

Le vent mauvais, s’il en est, soufflerait donc vers d’autres directions. Tant mieux…

Source: le Soleil

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