Candidat à la présidence de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD), Ibrahima Diagne se présente comme porteur d’une vision de rupture, d’un programme de gouvernance promouvant les ‘best practices’ et d’une approche participative impliquant toutes les parties prenantes. Industriel évoluant dans l’exploitation du marbre et du granite, M. Diagne est créditeur d’un parcours sans faute dans l’entreprenariat et la promotion du secteur privé. Et c’est cette ambition d’insuffler un nouvel élan et replacer la Chambre de Commerce au cœur de l’Economie qu’il a décidé de faire don de sa personne au Secteur privé. Portrait d’un opérateur économique plutôt atypique, un vrai self made man et gentleman charmeur.
On ne peut pas être fils d’un homme d’affaires, gérant de comptoir français, qui a été Gérant de la Chambre de Commerce de Thiés et ne pas attraper le virus du business depuis l’enfance. Pourtant, le jeune Ibrahima privilégiait des études sans histoires dans le privé catholique à Dakar sanctionné par un Bac G au collège Saint Michel. C’est plutôt en France, au début des années 80, où il était étudiant au Conservatoire National des Arts et Métiers, le fameux CNAM- Paris que se produisit le déclic. Par l’entremise d’un concours de sélection de jeunes talents, organisé par un certain Bernard Tapie, à l’époque le symbole d’une certaine réussite ostentatoire. C’était pendant les Années Mitterrand. Ibrahima raconte que «Tapie avait flashé sur moi. Il m’avait vraiment impressionné».
Le futur entrepreneur avait présenté un projet de transformation des produits exotiques de contre-saison en produits lyophilisés, des fruits secs et des jus exotiques. Un projet qui lui a ouvert les portes à Rungis au sein des centrales d’achat des fruits et légumes en provenance des pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). Où il gravit les échelons et devint Responsable des ventes à Banexo, à l’époque «la référence du produit exotique» puis chargé d’importation des produits ACP. Mieux, il devint même consultant pour le compte du COLEACP et de l’OCDE. Certes, Ibrahima gagnait beaucoup d’argent, menait la belle vie à Paris mais il vivait mal la dégringolade des exportations horticoles de son pays, le Sénégal.
Par un heureux concours de circonstances, il rencontra à Paris Cheikh Tidiane Ndiaye d’Express Transit, surnommé en ces temps, «le Bernard Tapie sénégalais» tellement il était réputé dans la reprise des entreprises en difficultés. C’était pendant les durs moments des programmes d’ajustement structurel. Décidemment, Ibrahima et Tapie, c’est une très longue histoire… M. Ndiaye le convainc de rentrer au pays natal, lui promit la direction d’une de ses multiples sociétés et pris en charge tous les frais lie a son retour.
L’apprentissage de l’entreprenariat
Rentré au pays avec ses diplômes de Gestion et de management et son expérience dans les fruits et légumes, il ne reverra pas de sitôt son bienfaiteur mais rencontra plutôt son staff. En désaccord, il décida de créer sa propre société, un bureau d’études qui ne fera pas long feu. Il ira travailler comme consultant en gestion de Unimes du doyen Alla Séne. Un grand homme qu’il qualifie de «génie et de référence pour moi». Au même titre que Papa Ndiamé Séne avec qui il a cheminé en tant que président de la section Jeunes de l’Internationale du Partenariat Privé qu’il avait créée. Ou encore son oncle, Chams Eddine Ndoye, ancien Ambassadeur, qui l’a aussi encadré durant ses années d’apprentissage dans l’entreprenariat.
Il faut noter cette propension de Ibrahima à s’abreuver à la source des anciens qui ne cessent de lui prodiguer des conseils et des recommandations de sagesse.
D’ailleurs, dans son combat actuel pour la Chambre de Commerce, il affirme vouloir être le continuateur de l’œuvre des «Pères fondateurs» comme Djily Mbaye, Ndiouga Kébé, Serigne Sall, Momar Sourang et autres à qui il voudrait rendre un hommage vibrant à la dimension de leur vision avant-gardiste et de leur action d’anticipation et de promotion de l’initiative privée nationale dans un monde des affaires, jadis dominée par les maisons de commerce coloniales.
Mais ce qui est plus remarquable dans l’action de Ibrahima, c’est qu’il accorde également une place de choix à la jeune génération des Serigne Mboup (CCBM) et surtout Cheikh Amar (TSE) qui le soutiennent activement dans ce combat de redynamisation de la chambre consulaire et de promotion des nouveaux acteurs du commerce, de l’industrie et de l’agriculture. D’ailleurs, c’est parce qu’il se reconnaît dans leur parcours de self made men qu’il veut porter leur vision et leur message. Pour une alternance générationnelle à la tête de la Chambre de Commerce de Dakar. Ibrahima veut apporter son expertise managériale et son expérience réussie dans les affaires pour un nouveau challenge de l’institution consulaire.
En effet, après ces passages formateurs auprès de ces mentors, Ibrahima lança sa véritable grosse affaire, le COSEN, dans la quincaillerie industrielle et l’import- export des matériaux de construction. Un business qui a fonctionné très fort avec un chiffre d’affaires qui pouvait atteindre facilement le milliard entre 1992 et 1998. Dans le sillage du boom de l’immobilier post Dévaluation… D’ailleurs, la forte demande de carreaux et de revêtements muraux a poussé l’entreprenant à se poser la question de savoir «s’il y avait bien du marbre au Sénégal» ? Il acheta le Plan minéral du Sénégal et découvrit qu’il y en avait bien à Kédougou.
Exploiter et valoriser le marbre national
Cap alors pour un voyage de découverte. Pour un séjour programmé de deux jours, il y restera deux semaines. «Je suis tombé littéralement amoureux de la zone» confesse-t-il. En même temps, pour la petite histoire, qu’une certaine Viviane Wade qu’il a accompagne, par la suite, à construire l’hôpital de Ninéfesha…
A Bandafassi, le néo- explorateur fit sienne la leçon de son prof d’économie du CNAM, Louis Attali, frère de l’autre, «un an d’expérience vaut cinq ans d’études».
Il passa son temps à apprendre le métier part le bas, à identifier les roches, à se
faire accompagner par des ingénieurs sortis de l’Institut supérieur de la Terre (IST), par des experts italiens, de haut niveau, du marbre, «leur spécialité», à se former dans des domaines pointus du métier et aussi le management minier. M. Diagne raconte que «la difficulté, c’est que, hors Afrique du Sud, il n’y a aucune société africaine intervenant dans l’exploitation des marbres et granites. Certes, les Italiens ont une expertise dans ce domaine mais ils ignorent l’Afrique. Pour rendre la roche utilisable comme pierre ornementale, c’est tout un processus allant de l’extraction, le transport, le traitement… ». Il trouve auprès de l’Union européenne des interlocuteurs qui le comprennent et soutiennent cette initiative.
Aujourd’hui, les marbres d’Ibel et de Bandafassi sont référencés au sein d’une marmothéque (conserverie de marbres) en Italie avec une cotation permettant à n’importe quel prescripteur, de par le monde, à pouvoir faire sa commande de marbres du Sénégal. La consécration internationale pour notre vaillant marbrier national. Qui a baptisé les carrières de marbre d’Ibel et de Bandafassi du nom de Pierre le Bigre, le précurseur Français. D’ailleurs, en 2003, Mme Wade avait tenu à honorer de sa présence une exposition de marbres sénégalais organisée, en Italie, par le patron de la Nouvelle Société de mines et de travaux publics (NSMPT) et sa fille Syndjély avait confectionné les brochures de présentation. Pour dire la proximité entre Ibrahima et la famille présidentielle… Dans le même registre, M. Diagne s’est engagé dans des études et travaux de protection côtière à la demande du Chef de l’Etat qui témoigna à, son égard «tu fais partie des rares personnes à qui, chaque fois que je leur demande une chose, le font avant même que je ne termine…». Sans commentaire !
Militant et Candidat du Secteur privé
Quant à son engagement au sein du Secteur privé, il le doit à son ami depuis la Fac, Baïdy Agne, Président du Conseil national du Patronat (CNP). Il est coopté Président de la Commission Environnement et Négociations internationales du CNP. Et, commence à collectionner les titres de représentation. Administrateur au Conseil des Chargeurs (COSEC), au Conseil des Routes, au Fonds Routier… Il est membre de la Commission nationale de lutte contre la non- transparence, la corruption et la concussion et last but not least, Vice- Président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (CCIAD).
Son amitié avec Baîdy ne lui a pas empêché d’entretenir les meilleures relations avec son «grand frère, Mansour Cama, que je respecte et apprécie beaucoup» et qui, avoue-t-il, «me le rend bien». Il dit de lui : «Ibrahima ne fait rien sans m’en parler au préalable». Chaque fois qu’ils voyagent ensemble, à la sortie de l’avion, Ibrahima lui dit souvent : «Grand, c’est moi qui porte ton bagage…». Pour rester dans la pure tradition africaine du droit d’aînesse…
Aussi, Ibrahima clame haut et fort qu’il est «le candidat de tout le Secteur privé sans exclusive». Le candidat du rassemblement de toutes les composantes de la grande famille des affaires. Depuis les marchands ambulants qui, pour lui, «sont les futurs gros bonnets de l’informel». A tous ces commerçants, agriculteurs et artisans, il préconise de les encadrer et les accompagner à se formaliser, à les aider à migrer vers des petites et moyennes entreprises, par la formation et la mise à niveau. M. Diagne voudrait que la «Chambre de commerce soit le porte- étendard des PME. Nous voulons ainsi les accompagner dans l’analyse et la certification de leurs bilans en collaboration avec les experts-comptables et permettre aux banques d’avoir la visibilité nécessaire pour financer l’investissement et la croissance des entreprises».
Pour ce faire, le candidat de la rupture entend ériger, en règle d’or, les principes de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des deniers publics et privés de même que l’obligation de rendre compte à ses mandants. D’où le besoin de restaurer le prestige de la Chambre de Commerce et son repositionnement sur l’échiquier des affaires en tant que pivot et relais du monde des affaires, de trait d’union entre l’Etat et le Secteur privé. Pour lui, il s’agit de «représenter et défendre les intérêts des entreprises, les accompagner dans toutes leurs activités, pas seulement dans la création d’entreprise mais aussi dans des activités aussi importantes telles que la cession ou la reprise d’entreprise, être à l’avant-garde des innovations en manière de management pour partager ces best practices avec les entrepreneurs dans le cadre de la formation continue».
D’autre part, le candidat cherche à promouvoir une amélioration des capacités internes, des revenus et moyens de l’Institution, créer davantage d’infrastructures destinées à la promotion du Secteur privé pour redorer le blason de la Chambre de commerce. «Nous allons aussi travailler à avoir des structures de proximité, des personnes disponibles pour fournir les documents, les informations nécessaires au secteur privé. On aura des journées thématiques de promotion. Dans le domaine de la formation, le plus gros problème de l’entreprise sénégalaise, c’est d’avoir des formations intermédiaires pour son personnel. Aujourd’hui, même pour trouver un bon plombier, c’est difficile. Ils sont souvent formés sur le tas. Nous devons mettre en place un institut avec plusieurs filières qui permettra de régler le problème de l’emploi. Nous avons besoin de services à haute valeur ajoutée…»
Source: Reussir









