Les traits tirés par la fatigue et la sueur mouillant abondamment sa chemise, Pape Diouf, marchand ambulant, n’a cure de la fatigue. Debout des heures durant le long de l’avenue Lamine Guèye, il propose sans arrêt et ce sous un chaud soleil ses articles aux passants.
’’C’est grâce à mon commerce d’habillement que je gagne de quoi nourrir ma famille, donc je m’inquiète peu de la fatigue et des tracasseries y afférentes en allant à la rencontre des clients qui tournent autour de 15 à 20 par jour’’, explique Pape Diouf.
Le tiers de ces derniers lui achète quelque chose, après quelquefois des heures de marchandage, révèle le jeune commerçant qui se désole du fait que d’autres, la majorité, touchent, déplient et salissent les vêtements, avant de s’en aller sans mot dire.
Installé entre les rues Lamine Guèye et Blaise Diagne à Sandaga, Ibrahim Diop vit également le même calvaire.
Durant toute la journée, il fait des va-et-vient incessants entre son étal (à même le sol) et ceux de ses voisins à la recherche de paires de chaussures réclamées par les clients et dont on ne dispose pas. Une gymnastique à laquelle il se livre chaque jour pour satisfaire la clientèle et gagner ainsi sa vie.
‘’J’aime mon travail, mais quelquefois, je voudrais changer de commerce parce que certains clients sont énervants’’, s’emporte le marchand qui squatte la devanture d’un autre commerce aux abords du rond-point de Sandaga.
Histoire de trouver la bonne paire de chaussures, les clients peuvent lui faire faire plusieurs recherches sans pour autant se décider à acheter, relève Ibrahim qui souligne que le plus frustrant c’est quand après plusieurs recherches il voit certains désister au motif que la chaussure est trop petite ou de couleur non désirée.
Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le commerçant ne se laisse pas démonter par les caprices des clients et espère toujours leur refiler ses chaussures, même s’il s’agit d’une seule paire. Ainsi, lance-t-il dans un sourire, ‘’il est préférable de se soumettre aux caprices des clients que d’être réduit à rentrer à la maison sans un sou en poche’’.
A propos de caprices, les clients sont plus exigeants à l’approche des fêtes, souligne-t-il avant d’ajouter : ‘’nous les supportons, car les fêtes sont l’occasion pour nous, de fructifier nos gains en attendant la période des vaches maigres’’.
’’Les fêtes, explique le jeune homme, sont les seules périodes où le commerçant peut fixer un prix que le client ne se permet pas de trop marchander et finit généralement par acheter’’.
A la question de savoir pourquoi la flambée sur le prix des articles à la veille des fêtes, il souligne qu’il s’agit là une manière de combler un déficit d’offre et d’achat, accumulé pendant la période des vaches maigres. Sur un ton revanchard, il indique : ‘’les autres mois, nous gagnons peu et quelquefois presque rien du tout’’.
Etabli sur la voie opposée, Alioune Badara, vendeur de chaussures, ne sent pas le temps passer du fait qu’il est assailli par une foule d’acheteurs. ‘’Pendant les fêtes souligne-t-il, nous recevons plus de monde que d’habitude et chacun vient avec ses exigences’’.
’’Certains, nous pressent de les servir, sans tenir compte des premiers arrivants, tandis que d’autres vont jusqu’à nous manquer de respect’’, déplore Alioune Badara qui soutient que malgré tout, ‘’on fait fi de cette indiscipline’’.
’’La plus grande peur pour nous, renchérit son voisin Moussa Sakho, vendeur de pagnes, c’est de ne pouvoir vendre ne serait-ce qu’un seul article’’.
Pour Aïssatou Fall, vendeuse de prêt-à-porter féminin, certains clients sont parfois difficiles et exigeants. En effet, souligne-t-elle, ils donnent une avance sur des vêtements et restent des mois avant de venir solder le reste.
Assis à l’intérieur de sa boutique de produits cosmétiques, Cherif Sylla, estime que c’est aux vendeurs de se montrer plus tolérants à l’endroit de la clientèle.
Certains clients ont certes un caractère difficile, mais il appartient toujours au commerçant de garder le calme pour ne pas les effaroucher et perdre l’occasion de vendre ses produits, souligne-t-il.
Source: APS






