La surmédiatisation de suicides qui seraient en lien avec le travail inquiète légitimement tous ceux qui ont des collaborateurs. D’autant que certains cas semblent directement en rapport avec des actes managériaux. Un collaborateur met fin à ses jours après un entretien avec son manager et, que ce soit dit explicitement ou non, tout le monde pourrait avoir tendance à considérer que ce dernier porte la responsabilité du passage à l’acte, d’autres diront de la mort.
Mettons de côté le contexte très particulier du harcèlement moral, qui est heureusement rare mais qui crée une relation pathologique dont les effets peuvent être très destructeurs. Et intéressons-nous plutôt à la relation que chacun d’entre nous entretient avec son entourage professionnel. On sous-estime toujours l’impact émotionnel que l’on peut produire sur l’autre. Soit que l’on est soi-même sous le coup d’une émotion, soit que l’on est centré sur des messages professionnels sans réaliser à quel point ils peuvent toucher son interlocuteur.
Déception, colère, tristesse, fort sentiment de dévalorisation, etc. Tout est possible dans la multitude des échanges quotidiens et d’ailleurs chacun d’entre nous a ressenti à un moment ou à un autre ces émotions au travail. Est-ce qu’ils peuvent provoquer un passage à l’acte suicidaire ? Clairement la réponse est oui. Mais attention, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont la cause du suicide. Il est fondamental de distinguer dans le cadre du suicide le déclenchement du passage à l’acte de la cause. Rappelons que la cause du suicide est multifactorielle. Ce n’est pas un événement (ou très exceptionnellement) qui est à l’origine du suicide ; c’est lorsqu’un événement survient sur un terrain déjà très déstabilisé. Presque toujours une personne qui se suicide y a pensé à plusieurs reprises avant de passer à l’acte, elle a prévu la façon dont elle pourrait le faire. Le déclencheur n’est que la dernière goutte qui fait déborder un vase déjà bien rempli.
Ce que nous rappellent ces événements tragiques, c’est à quel point il est nécessaire d’être attentif à ceux qui nous entourent. Le rythme de la vie professionnelle s’y prête de moins en moins. Lever le nez de son écran pour regarder et écouter nos collègues est d’autant plus indispensable que l’effet conjugué des nouvelles technologies et de la rapidité tend à isoler les collaborateurs. Or, il a été clairement montré que le support social qui permet de ne pas se sentir seul, de pouvoir compter sur son entourage tant pour parler que pour trouver des solutions à ses préoccupations est déterminant pour nous aider à absorber les chocs émotionnels auxquels nous sommes soumis.
Des erreurs managériales, tout le monde en fait et continuera à en faire, elles permettent d’ailleurs de progresser. Ce qui est plus grave, c’est de ne pas se mettre dans une dynamique de progrès dans les relations que l’on entretient et dans la façon d’interagir avec ses collaborateurs.
Les Echos
Eric Albert, président de l’Ifas, eaeifas.net






