Coris Bank International va ouvrir sa première filiale bancaire à Abidjan. Venue du Burkina, pays qui compte douze banques, elle succédera au guichet de transfert d’argent dont Coris disposait jusqu’à présent en Côte d’Ivoire. Coris sera la 21e banque ivoirienne, dans l’ordre chronologique. Et 104e ou 105e dans l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa), qui réunit les huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest. ‘Pendant des années, il n’y avait que trois ou quatre banques par pays, témoigne Abdoul Mbaye, ancien administrateur de la Banque sénégalo-tunisienne (Bst) et fonctionnaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Depuis cinq ans, leur nombre ne cesse de croître!’
Le dynamisme économique qu’a connu la région ces dernières années, avec une croissance de 3 % par an en moyenne, et la normalisation progressive de la situation politique en Côte d’Ivoire ne sont pas étrangers à ce phénomène de multiplication bancaire. En 2007, la région comptait 96 banques, note la Commission bancaire de l’Umoa dans son dernier rapport. Le prochain, consacré à l’exercice 2008, ne paraîtra qu’en août. Selon le pointage effectué pour nous par le Club des dirigeants des banques d’Afrique, il devrait valider la présence de 102 banques dans les huit pays de la région. ‘C’est beaucoup trop!’ s’exclame Abdoul Mbaye, qui déplore que la majorité de ces établissements soient en fait des Pme. À titre de comparaison, le Nigeria compte 20 banques pour 147 millions d’habitants – la population de l’Umoa est de 92 millions d’habitants – et la troisième nigériane gère autant d’actifs que les cent francophones.
Tout le monde n’est pas de l’avis de notre expert de la Banque centrale : ‘Elles ne sont pas assez nombreuses, réagit Didier Acouetey, dont le cabinet de ressources humaines, AfricSearch, est présent dans plusieurs des pays concernés. Les nouvelles banques sont dynamiques et les entreprises peuvent obtenir de meilleures conditions en les mettant en concurrence.’ De fait, les cent ont financé les économies à hauteur de 7100 milliards de F Cfa (16 milliards de dollars) en 2007, en progression de 17,7 % en un an. Les autres indicateurs bancaires affichent également une forte croissance sur l’année : 19,1 % pour le total de bilan, 23 % pour le nombre d’agences (la zone en compte un millier) et 14,4 % pour le nombre de comptes bancaires. La Commission bancaire établit le taux de bancarisation (rapport du nombre de comptes à la population active) à 6,1 % avec une pointe à 21,6 % au Togo. Là réside la principale raison de l’effervescence : ‘La marge de progression est encore très importante’, commente Gabriel Fal, Pdg de CGF Bourse, basé à Dakar. De fait, amener la Côte d’Ivoire (10,7 %) au niveau du Togo représenterait l’ouverture d’environ un demi-million de comptes dans ce seul pays.
Plusieurs banquiers l’ont bien compris et tirent leur épingle du jeu. ‘Nous sommes partis de zéro il y a trois ans exactement. Nos comptes de résultats ont atteint l’équilibre à la mi-2008, année sur laquelle l’activité a doublé’, témoigne à Abidjan Jean-Pierre Carpentier, directeur général de Bridge Bank. Filiale à 85 % du groupe Teylium, de l’homme d’affaires sénégalais Yérim Sow, très connu en Côte d’Ivoire pour y avoir lancé le premier réseau Gsm (vendu en 2005 à Mtn), Bridge Bank va ouvrir deux agences en Côte d’Ivoire cette année et des filiales dans deux pays voisins d’ici à 2010. Elle ne représente que 2 % du marché, soit dix fois moins que la première ivoirienne, la Sgbci, mais elle s’est imposée sur la frange haut de gamme de la clientèle : ‘Pour réussir sur un marché aussi concurrentiel, il faut soit de gros moyens, comme les banques nigérianes, soit partir de zéro mais avec des idées originales’, ajoute Jean-Pierre Carpentier. Bridge Bank a ouvert un département de banque d’affaires, à l’instar de consœurs plus puissantes comme Bank of Africa (BOA) ou Ecobank, deux groupes nés en Afrique de l’Ouest francophone, d’où ils ont étendu leurs activités jusqu’en Afrique de l’Est et en Afrique australe.
source walf









